C’est avant tout une histoire familiale. Emmanuelle Bonardi, 57 ans, et Zoé, 28 ans, sa deuxième fille d’une fratrie de quatre enfants, se sont associées pour ouvrir la première librairie-café du quartier des Batignolles, dans le XVIIe arrondissement de Paris. Baptisée Froufrou, la nouvelle enseigne qui entend, outre son activité de vente de livres et de boissons, intégrer à son modèle économique un important pôle d’ateliers créatifs, a ouvert ses portes au public mardi 1er septembre.
Une aventure qui, pour Emmanuelle Bonardi, débute à la fin d’une première carrière. « Il y a un an, j’ai eu l’opportunité de négocier dans de bonnes conditions mon départ, au bout d’une vingtaine d’années, d’un grand groupe de cosmétique, où j’assurais la direction des opérations », retrace-t-elle. Depuis tout ce temps, la codirigeante de Froufrou rêvait, en réalité, d’ouvrir un jour sa propre librairie. « J’avais repéré une librairie-café, Mille feuilles, qui donnait sur la forêt de Bièvres, où on allait parfois se balader en famille. Pendant 20 ans, ce petit paradis m’a fait rêver ! », confie-t-elle.
Un projet familial et un rêve commun
De son côté, Zoé Bonardi travaillait depuis près de cinq ans pour Louis Media. Faute de perspectives d’évolution, la jeune femme entend alors changer de voie. C’est à ce moment-là que mère et fille échangent pour la première fois sur leurs envies profondes. « Zoé suivait beaucoup, sur les réseaux sociaux, des blogueuses britanniques qui ouvraient leur librairie-café. Je lui ai alors confié que c’était aussi mon rêve depuis de nombreuses années. C’est fou, on ne s’en était jamais parlé ! », explique Emmanuelle Bonardi.
Ce moment de convergence marque un véritable point de bascule. Disposant désormais du temps et des moyens nécessaires à l’élaboration de ce projet commun, le duo décide de s’associer. Pendant un an, elles multiplient et enchaînent les formations. Emmanuelle Bonardi, qui porte en grande partie l’élaboration du business plan, est d’abord accompagnée à la création et à la gestion d’entreprise avant de suivre, avec sa fille, une formation au métier de libraire délivrée par Book Conseil, ainsi qu’une formation de barista.
Aujourd'hui, l'enseigne accueille 4500 références. Elle souhaite en atteindre 6000 pour les fêtes de fin d'année.- Photo FROUFROULIBRAIRIEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Une formation HACCP, obligatoire pour lancer une activité de restauration, ainsi qu’un coaching d’associés permettant de formaliser une charte relationnelle et de gouvernance, ont également complété l’ensemble. Dans la continuité de cette préparation, le duo mère fille a cherché un local, d’abord dans le Xe et le XIe arrondissement de Paris, avant de faire marche arrière, jugeant ces secteurs trop concurrentiels en matière de maillage de librairies.
Les ateliers créatifs, un pilier économique de la librairie
Le local « idéal » s’est finalement présenté rue Legendre, dans les Batignolles, quartier « très dynamique et familial », indique Emmanuelle Bonardi. Acquis le 15 juin dernier, cet espace de 90 m² a ensuite fait l’objet de travaux de rafraîchissement, longs de huit semaines. « On est la première librairie-café du XVIIe », se réjouit aujourd’hui la codirigeante. Désormais, le lieu qui accueille aujourd'hui 4 500 références et en vise 1 500 supplémentaires, se divise en deux zones complémentaires : une grande salle de vente consacrée principalement à la littérature et à l’espace café, et une seconde pièce, plus au fond mais éclairée par des verrières, dédiée à la jeunesse, qui représente actuellement environ 35 % de l’activité librairie.
Avec cette organisation spatiale, Emmanuelle et Zoé Bonardi ont avant tout pensé à l’accueil de différents publics. Car au-delà de la vente de livres et de boissons, les deux associées souhaitent inscrire leur projet dans une logique d’animation culturelle plus large. Elles prévoient ainsi des rencontres littéraires, des clubs de lecture, mais surtout le développement d’un pôle d’ateliers créatifs pensé comme un pilier économique à part entière.
Outre l’animation plutôt conventionnelle, faite de rencontres littéraires et de clubs de lecture, Emmanuelle et Zoé Bonardi ont également prévu de développer des ateliers créatifs en lien avec l’univers du livre, mais intégrés comme un pôle à part entière à leur modèle économique. « C’est précisément à cause de l’insécurité financière liée au métier de libraire qu’on a souhaité un business articulé de trois pôles. Les marges nettes sur l’espace café et sur les ateliers seront en effet plus rémunératrices que la partie librairie », détaille Emmanuelle Bonardi.
« Créer des passerelles entre les trois activités »
Les ateliers seront donc progressivement déployés, en commençant par « L’heure du conte », un rendez-vous hebdomadaire destiné aux enfants, prévu les mercredis après-midi et les samedis matin. Formées à différentes pratiques manuelles comme le tricot ou la fabrication de papeterie, mère et fille souhaitent également des ateliers de jaspage ou encore de « old book crafting », cette pratique qui consiste à transformer de vieux ouvrages abîmés en objets décoratifs.
« Ce pôle d’ateliers nous permettra à la fois de faire de la librairie un espace culturel de vie, mais aussi de créer des passerelles entre les trois activités, par exemple en mettant en avant nos livres pratiques sur la partie loisir créatif », explique Emmanuelle Bonardi. Enfin, la programmation s’enrichira de soirées événementielles, prévues une fois par mois. La première, qui mettra en scène sur place un Comedy Club, se tiendra en octobre à l’occasion de la sortie du nouveau tome de Gaston Lagaffe.

