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Betty Mialet : « Avec cet ouvrage sur Louis XI, Jean Teulé a confirmé sa fascination pour la mort »

L'écrivain Jean Teulé et son éditrice Betty Mialet. - Photo Olivier Dion

Betty Mialet : « Avec cet ouvrage sur Louis XI, Jean Teulé a confirmé sa fascination pour la mort »

L'écrivain Jean Teulé était en pleine rédaction d'un nouvel ouvrage lorsqu'il s'est éteint le 18 octobre 2022. Un an après, jour pour jour, est publié l'inachevé L'histoire du roi qui ne voulait pas mourir (Mialet-Barrault), auquel ont contribué des amis proches de l'auteur. Son éditrice, Betty Mialet, nous raconte. 

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Par Elodie Carreira,
Créé le 17.10.2023 à 11h15

Livres Hebdo : Avant de disparaître soudainement le 18 octobre 2022, Jean Teulé était en pleine écriture d’un nouvel ouvrage intitulé L’histoire du roi qui ne voulait pas mourir.  À quel point le projet était-il avancé ? 

Betty Mialet : Jean en était à la moitié. Heureusement, il avait laissé derrière lui une importante matière : la trame de l’histoire, des documents d’époque mais aussi des dessins, dont la couverture qu’il avait demandé à Dominique Gelli et qu’il avait, comme à son habitude, accroché au-dessus de son bureau pour un face à face permanent. Lorsqu’il avait un sujet, Jean devenait obsessionnel. Il se documentait, lisait énormément et surlignait chaque chose qui l’intéressait. On en parlait aussi très souvent. Nous étions extrêmement proches… Par miracle, il venait tout juste de finir son chapitre avant de nous laisser. « Heureusement que j’avais fini mon chapitre » fut la dernière phrase qu’il ait adressée à sa compagne Miou-Miou.  

Une dernière phrase terrifiante, presque « prémonitoire », confiez-vous il y a quelques mois à RTL...  

Avec cet ouvrage sur Louis XI, Jean a confirmé sa fascination pour la mort. Tout au long du récit, elle rôde autour du personnage du roi comme elle rôdait apparemment autour de Jean. Avec le recul, c’est extrêmement troublant. Par exemple, Jean ne modifiait jamais son titre une fois trouvé. Cette fois-ci – fait très inhabituel – il a changé d’avis huit jours avant sa disparition pour préférer L’histoire du roi qui ne voulait pas mourir. Des dizaines de fois, il est venu nous voir, Bernard (Barrault) et moi, pour nous dire que jamais il n’irait à notre enterrement, qu’il s’y refusait. Finalement, il est parti avant nous. Sa mort imbécile a été une très mauvaise blague.  

LireUn inédit posthume de Jean Teulé un an après sa mort

Justement, comment poursuivre un livre de Jean Teulé sans Jean Teulé ?  

Nous nous sommes torturés durant de longs mois mais ses amis ont été formidables. C’est eux qui nous ont poussés à faire de ce manuscrit inachevé quelque chose comme un livre hommage, un dernier au revoir. Six de ses amis, tous des artistes, ont contribué bénévolement à ce projet. Enki Bilal a pioché quelques phrases du manuscrit et les a illustrées, Dominique Gelli a réalisé une bande dessinée d’une dizaine de pages centrée sur l’avatar de Jean, qu’on reconnaît distinctement avec sa cigarette à la bouche. François Delebecque nous a envoyé des photographies des effrayantes sculptures qu’il avait réalisées lorsqu’il travaillait, lui aussi, autour de Louis XI. Philippe Druillet nous a confié certains de ses dessins et Florence Cestac, dont Jean était très proche, a mis en images leur première rencontre et raconté le soutien inébranlable de Jean, qui avait préfacé toutes ses œuvres. Enfin, Philippe Jaenada, un de nos auteurs phares avec qui Jean était très lié par le travail, l’écriture et notre maison, a livré un extraordinaire portrait de son ami, entremêlé avec le personnage de Louis XI.   

N’y avait-il pas sept contributeurs prévus ?  

Si, mais je gardais la surprise pour la fin ! Un seul des artistes ayant participé à ce projet a osé finir à sa façon l’ouvrage de Jean. Et il s’agit du talentueux Benjamin Planchon, dont le deuxième roman figure au programme de la rentrée littéraire. Il ne connaissait pas très bien Jean, qu’il avait seulement croisé une fois à l’occasion du Salon du livre. Ce qui ne l’a pas empêché d’avoir eu le culot de poursuivre le livre et d’y représenter Jean, penché sur sa propre histoire comme dans une pièce de théâtre. 

« Ses amis nous ont poussés à faire de ce manuscrit inachevé un livre hommage »

Charles Baudelaire, Hélène Jégado, Charles IX, Montespan... Jean Teulé a-t-il toujours eu une certaine fascination pour les figures du pouvoir qui ont jalonné l’Histoire ?

C’est vrai qu’il s’est toujours attaché à de grandes figures françaises. Je crois qu’il était captivé par l’idée du pouvoir. Lorsqu’il n’avait pas de sujet, Jean était très mal en point, surtout à la suite d’un gros succès. Il était alors persuadé que sa réussite ne durerait pas. Et puis finalement, le sujet s’imposait à lui comme venu de l’extérieur. Jean n’était pas historien mais il se passionnait pour l’histoire de France, qu’il revisitait façon Hara-Kiri. Il aimait surtout découvrir les pans les plus noirs de l’histoire et les parts les plus sombres de ses personnages. Plus c’était abominable, plus Jean était satisfait. À cet égard, l’histoire de Louis XI est particulièrement horrifique, et Jean s’est attardé presque avec délectation sur des détails épouvantables liés à l’agonie du roi. C’était déjà le cas avec Charly 9 ou Le Montespan. Il faut dire que Jean était un provocateur-né, il lui fallait toujours tester la bienséance.  

Son talent de « show-man », dont raffolaient médias comme public, participait aussi beaucoup à la notoriété de son œuvre. Appréhendez-vous la réception de ce nouveau titre, tiré à 60 000 exemplaires ?  

Jean était un vendeur de sa propre personne et de ses livres. En plus de la partie créative, il s’investissait énormément dans la promotion de ses ouvrages avec des tournées de trois à quatre mois, dans plusieurs villes de France. Évidemment, ce travail jouait un rôle important dans ses ventes, qui frisaient les 200 000 exemplaires. Sans lui, ce sera certainement plus difficile, mais nous avons toujours été frappés par la ferveur que lui ont toujours manifestée ses lecteurs.  

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