BnF: une indifférence vertigineuse (1/2) | Livres Hebdo

Du côté des lecteurs ?

Claude Poissenot

Claude Poissenot est sociologue, enseignant-chercheur à l'IUT "Métiers du livre" de Nancy, membre du CREM (Centre de Recherche sur les Médiations - http://crem.univ-lorraine.fr/) à l'Université de Lor raine. Ses travaux portent notamment sur les publics des bibliothèques mais aussi sur la lecture et ses représentations. Depuis plusieurs années, il cherche à mettre les bibliothèques plus en phase avec la population desservie. Il a tissé des pistes dans La nouvelle bibliothèque (Territorial Editions). lire la suite

Il y a 4 ans 11 mois - 12 commentaires Blog

BnF: une indifférence vertigineuse (1/2)

Un escalier. Oui, au départ de cette chronique se trouve un escalier. Celui qui permet d'accéder à la Bnf et que doivent emprunter désormais depuis un an les visiteurs de cet établissement public. Il avait vocation à remplacer l'accès initial par un tapis roulant défectueux autant que dangereux. Et si la préciosité d'un trésor se mesure à la difficulté de son accès, la Bnf est alors particulièrement remarquable. Là où la Bibliothèque et Archives Nationales du Québec est simplement accessible depuis le métro sans même sortir à l'extérieur, le visiteur de la Bnf doit sortir des profondeurs du métro et rejoindre l'esplanade qui se révèle une patinoire par temps humide (et pire par fort vent). Ce danger est devenu de notoriété publique sans que la BnF n'ait à publier le chiffre noir du nombre d'accidents recensés. L'institution a d'ailleurs fini par mettre en garde le visiteur dès son arrivée sur le site à travers une signalétique plus inquiétante que rassurante.

En lieu et place d'une annonce de bienvenue, voilà le visiteur prévenu. Mais il n'est  pas au terme de son aventure car il doit franchir une nouvelle épreuve, celle de l'escalier. Car pour rejoindre les salles de la BnF, il faut redescendre une douzaine de mètres. Installé depuis un an, le nouvel escalier compte 49 marches (24+25) qui sont ajourées et fournissent une profonde impression de vertige. 

Nombreux sont ceux qui s'emparent de leur courage et d'une main courante pour entamer la descente. Tous sont très concentrés non sur leurs travaux à venir mais sur la succession de leurs pas. Les talons aiguilles sont bien sûr à proscrire... Il n'est guère besoin de rester longtemps à observer les visiteurs pour prendre des photos qui attestent de leur trouble.

Pour ceux qui pensaient échapper à cette épreuve en prenant l'ascenseur, ils doivent s'en remettre à la chance car il est très régulièrement en panne comme l'atteste ce témoignage récent et ce compte-rendu de l'Association des Lecteurs et Usagers de la BnF.

Depuis sa mise en service le 29 novembre 2013, on peut estimer à 770 000 le nombre de fois que des visiteurs se sont affrontés à cette descente. Il aurait été l'occasion d'améliorer l'accès à ce lieu et c'est bien sûr un échec qui n'étonne personne. Peu après l'inauguration Le Monde émettait déjà de sérieux doutes. La fréquentation physique de ce lieu qui s'effrite depuis plusieurs années (-17% entre 2008 et 2013 pour les visites au Haut-de-Jardin) ne risque pas de s'améliorer du fait de ce nouvel obstacle. Comment est-il possible de proposer un tel ouvrage dans ce contexte ? Faut-il être sûr de soi pour imposer à tant de visiteurs une telle épreuve et pour si longtemps !

Incroyable mais vrai ! L'auteur de l'escalier est Dominique Perrault, celui-là même qui a conçu ce lieu si controversé et dangereux... Celui-ci bénéficie très probablement d'un droit de regard sur son « œuvre » et il en a usé jusqu'à l'abus et avec une rétribution à la hauteur de sa prétention. A propos de cette nouvelle entrée, il déclarait ainsi au Monde : « Je préfère m'infliger à moi-même cette réflexion plutôt que d'autres ne me l'infligent ». Il ne lui vient pas à l'esprit que c'est aux autres, à tous ces visiteurs qu'il inflige son narcissisme. N'était-il pas possible de mettre un frein à cette liberté irresponsable ? Peut-on à ce point mépriser le public qu'on lui fasse subir une « œuvre » ? Si on demande légitimement aux bibliothécaires d'aujourd'hui « d'aimer les gens », n'est-il pas indispensable de l'exiger d'un architecte de bibliothèque ? Comment accepter un « geste » d'architecte quand il porte sur un lieu très fréquenté et dont on sait qu'il sera contraire aux pratiques élémentaires des visiteurs ? Après le « geste », Dominique Perrault est autorisé à « gesticuler ».

Si les clauses du contrat qui lie la Bnf à son créateur sont insupportables, il appartenait à Bruno Racine de les dénoncer. Faut-il que les citoyens soient à jamais « victimes » de l'irresponsabilité et du désir de grandeur d'un président d'un autre siècle ? Vertige.

12 commentaires déjà postés

Elizabeth L. C. - il y a 4 ans à 18 h 45

De plus, tout ceci concerne l'entrée Est, mais l'entrée Ouest n'est pas mieux lotie. L'escalator descendant est en panne permanente depuis des années ; il faut descendre sur une sorte de tapis le recouvrant, incommode au possible. L'escalator montant n'est en panne que de manière occasionnelle... Moralité, il faut être sacrément motivé pour persévérer.

Hélène K - il y a 4 ans à 22 h 40

Comme ça me fait du bien de lire cet article ! Je ne passe plus que par l'entrée Ouest tellement je trouve cet escalier insupportable. En priant le dieu des lecteurs qu'une rénovation catastrophe ne frappe pas de ce côté là Même si je suis d'accord,la montée comme la descente de ce tapis n'est pas des plus folichonne. Mais l’escalier est lui complètement cinglé. Alors,à choisir...!

Climacus - il y a 4 ans à 01 h 44

Il y a DEUX entrées pour le public. La première est restée inchangée !

rodolphe - il y a 4 ans à 09 h 25

Moi-même bibliothécaire, je voulais visiter la BnF de passage à Paris. Non seulement l'accès est long et difficile, mais même une fois rentré, je n'ai fait qu'un rapide tour. J'ai été dérouté par le manque de signalétique, les longs couloirs à arpenter, les grandes salles semi-désertes. Je n'ai fait qu'un tour de 5 mn, mais le lieu m'a paru vide, prétentieux, incompréhensible, a part une jolie exposition sur Les Cités Obscures - et je suis bibliothécaire ! Combien sont venus et repartis comme moi ?

Susan - il y a 4 ans à 14 h 01

Je suis tout à fait de la même opinion que vous. Parisienne, je ne vais au BnF depuis son ouverture que pour des expositions ou des conférences. Je n'ai jamais compris comment consulter les livres. Aucune signalétique, pas d'accueil. J'ai l'impression que les collections de livres sont emprisonnées dans des cellules, et que nous n'y avons pas accès.

Francoise - il y a 4 ans à 10 h 43

Juste une petite précision concernant l'accès à la BAnQ directement en souterrain par le métro : l'hiver est très rude au Québec avec beaucoup de neige et la plupart des lieux publics et commerces sont donc directement accessibles par les niveaux métro. Cela n'a donc rien d'extraordinaire. En revanche l'été, l'accès en surface de plein pied facilite bien les choses pour tout le monde

Claire - il y a 4 ans à 18 h 28

Souvenir ému d'un séjour de recherche à la BAnQ, où la qualité des services, les horaires étendus, l'accessibilité des salles, mais aussi... des toilettes, faisaient de ce lieu une bibliothèque nationale très agréable à vivre. Je vais toutes les semaines à la BnF, parce que c'est mon outil de travail, je trouve le bâtiment visuellement plus beau que la plupart des bibliothèques que j'ai fréquentées, mais le geste architectural est vraiment réalisé en dépit de l'utilisation par les lecteurs et les chercheurs, ce qui compte en définitive davantage au quotidien.

CGT BnF - il y a 4 ans à 10 h 51

Un article sur le sujet : http://the-argument.fr/cgtbnf/wp/?p=8987 où l'on retrouve les remarques d'autres lecteurs...

Isabel - il y a 4 ans à 19 h 51

Une fois qu'on a dépasser toutes les épreuves -glissade, escaliers, rampes, fouille tous les jours au cas ou vous portez une arme ou une bombe (surtout quand la BNF possède tous vous infos ou quand vous y travaillée depuis 1989), portes hiper lourdes, parcours de quelques kilometres,...- sont dépassés on est très bien à la BNF...

Cécile B. - il y a 4 ans à 20 h 26

Ajoutons qu'une fois franchi le parvis glissant, puis l'escalier vertigineux, on peut être barré à l'entrée pour cause de bagage à main! Universitaire, vivant en province, je souhaitais passer quelques heures à la BNF entre deux soutenances, qui m'obligeaient à loger à Paris. Las! il n'est plus possible d'y venir avec son léger bagage, que la consigne prenait pourtant de manière très accommodante jusqu'alors. La bibliothèque nationale de France serait-elle en passe de devenir la bibliothèque nationale des seuls parisiens?…

Robert - il y a 4 ans à 17 h 54

Le pire bâtiment jamais construit à Paris, on aurait dû emmurer l'architecte dedans pour faire un exemple d'une telle stupidité.

Simonne Dumont - il y a 4 ans à 10 h 06

Je souhaiterais illustrer cet article il y a deux ans je suis allée avec mon mari à la BNF un samedi mation il pleuvait j'ai glissé frature très important du coude nous avons dû téléphoner nous-mêmes aux pompiers pas de téléphone à l'accuei la suite : opération deux broches et duex habans le plâtra, six semanines puis six mois jusqu'à une nouvelle opération pour retirer le matériel et entre temps et après rééducation je souffre toujours artrose, tendinite... La BNF a refusé toute indemnisation car j'étais dans l'incapacité de présenter un témoin ce jour là j'avais autre chose à faire. Je reste furieuse fatiguée de toutes ces souffrances et fragile psychologiquement j'ai toujour peur de tomber J'ai fait un appel sur face book pour créer un cotmité de personnes accidentées comme moi pas de réponse Je reste avec cette douleur persistante dans le bras!

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