Essai

Brit Bennett, « Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs » (Autrement) : Clamer la dignité

Brit Bennett - Photo © EMMA TRIM

Brit Bennett, « Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs » (Autrement) : Clamer la dignité

Brit Bennett bataille pour la reconnaissance de la souffrance des Noirs et pour l'égalité au sein d'une société américaine clivée. Tirage à 4000 exemplaires.

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Par Kerenn Elkaim,
Créé le 28.02.2021 à 15h00,
Mis à jour le 01.03.2021 à 15h32

« La littérature noire américaine remonte à ces hommes et à ces femmes, nés esclaves, qui se sont battus pour le droit à l'alphabétisation et qui ont écrit dans le but de nous libérer. » Brit Bennett s'inscrit clairement dans cet héritage, comme elle l'explique dans la nouvelle édition de son essai, Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs. Si l'affaire George Floyd a secoué le monde entier l'an dernier, elle ne fait que se rajouter à une longue liste d'injustices liées à un phénomène qui ne dit pas toujours son nom : le racisme. Celui-ci semble si ancré dans les mentalités que l'auteure du roman Le cœur battant de nos mères replonge dans les racines du passé pour l'expliquer. « Dans ce combat contre la souffrance des Noirs, le souvenir est une arme. » À commencer par celui de l'enfance, car même un objet innocent, comme des poupées, peut avoir une connotation politique. Elles « n'ont jamais été de simples jouets, surtout dans l'histoire raciale de l'Amérique ».

Quand Brit était petite, elle a rapidement compris sa différence. Sa mère ne lui a jamais caché les difficultés de son époque ségrégationniste. L'école, la piscine, l'église ou même le cimetière séparaient les Noirs des Blancs. Sa fille se sentait une privilégiée, mais le quotidien est venu lui rappeler le vrai visage de son pays. Dire que son père, procureur adjoint, s'est fait arrêter uniquement à cause de la couleur de sa peau... Bennett avait « conscience de la réalité du racisme, mais [elle croyait] au progrès ». Un progrès mensonger qui ne cesse de diviser l'Amérique, comme le dénoncent désormais les réseaux sociaux. Le ton est ferme, voire sarcastique, pour décrire ces discriminations permanentes et ces révoltes grandissantes. Certaines plumes, comme Ta-Nehisi Coates, pointent ces actes qui plongent la population noire dans une peur qui se transmet de père en fils, de mère en fille.

D'après l'autrice de cet essai fracassant, le changement risque de prendre du temps. « Les femmes noires demeurent en marge de l'Histoire. » Aussi apporte-t-elle un regard complémentaire sur la question. Selon Brit, l'inégalité est double, puisqu'elles sont discriminées en raison de leur sexe mais aussi de leur race. Toni Morrison, que Brit admire, a essayé de tendre un miroir à cette partie de la population qui souffre de ce poison. Son roman Beloved est d'ailleurs enseigné à l'école, mais bon nombre de parents s'opposent à cette lecture choc. Jusqu'où faut-il aller pour éveiller les consciences, se demande cet essai-ci, composé de neuf textes clairs et courageux ? « Quand j'écris, je pense toujours à ces générations de femmes noires qui m'ont précédée. La mère de ma mère ne savait ni lire ni écrire. Et aujourd'hui, je suis devant vous, pour vous parler de mon livre. » Ces pages prennent évidemment en compte les années Trump, qui n'ont fait que jeter de l'huile sur le feu racial. À l'heure où l'Amérique entrouvre dangereusement ces failles, Bennett défend sa cause : « Nous voulons paraître dignes de vivre. »

Brit Bennett
Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch
Autrement
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 12 € ; 128 p.
ISBN: 9782746755680

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