Celia Levi n'avait jamais pensé écrire un jour des romans. Elle voulait faire des films. D'ailleurs, Les insoumises, son premier livre, un roman d'apprentissage sous forme épistolaire, était à l'origine un scénario qui s'est révélé irréalisable. Cela l'a poussé vers l'écriture littéraire, alors qu'elle n'était qu'une grande lectrice d' auteurs morts . Ce sont les circonstances , se souvient-elle, en grande partie le désœuvrement, la révolte, l'abattement dans lequel je me trouvais, causé par l'échec du mouvement social contre le CPE . Ce fameux Contrat Première Embauche, le grand coup de sang de sa génération. Sa première grande désillusion politique. On était en 2006. Elle avait 25 ans.

Une fille en colère

Quatre romans plus tard, elle écrit toujours. Et elle est restée fidèle à ses éditeurs des débuts, Tristram, à qui elle avait envoyé son manuscrit par la poste. A la sortie, pourtant saluée, de ce premier roman, le doute subsiste et la jeune femme envisage de s'en tenir là mais, pour pouvoir postuler à une bourse, entame toutefois Intermittences. Elle n'obtiendra pas le financement mais terminera ce deuxième roman, le journal d'un jeune artiste peintre, figurant dans le cinéma, lentement laminé par un système qui l'exclut.

Ne pas se fier à son ton posé, Celia Levi est une fille en colère dont les livres portent sur la société et l'époque un regard très critique et plutôt noir.

Echapper à la représentation et avoir une action directe sur le monde est de plus en plus difficile , constate-t-elle. Cela explique sans doute son peu de goût pour l'exposition personnelle et l'ironie aussi mordante que discrète de ses livres.

Politiquement, Debord, l'Ecole de Francfort, sont pour elle des références. Esthétiquement, ce serait plutôt la littérature réaliste du XIXe, famille Balzac et Zola. Même son roman chinois , Dix yuans un kilo de concombres, sélectionné en 2014 pour le prix du Roman des étudiants France Culture/Télérama, inspiré d'un séjour à Shanghai où elle a passé un an pour essayer de comprendre la Chine et se rapprocher ainsi de ses origines familiales, contient une forte dimension sociologique.

La confrontation entre des idéaux révolutionnaires et un quotidien prosaïque, la précarité matérielle et existentielle, l'intermittence du spectacle..., Celia Levi a eu l'occasion de les observer de près, dans le monde du travail où elle effectue des travaux alimentaires depuis douze ans. Après avoir passé cinq ans comme assistante d'administration chargée des relations avec le public dans un centre culturel, elle a mis un terme à cet emploi : il m'empêchait d'écrire et j'y étais exploitée . Expérience à laquelle La Tannerie, son quatrième roman, le plus ample, peinture abrasive d'une grande institution culturelle installée dans une usine reconvertie de Pantin, doit son caractère documentaire.

Situé entre 2015 et 2017, le roman pointe à travers le regard candide d'une jeune Bretonne embauchée comme

accueillante dans ce lieu emblématique, les postures et impostures, l'hypocrisie des discours qui maquillent la violence des rapports sociaux. Mais qu'on ne voit pas en Celia Levi une écrivaine militante. Dans ses fictions, la dénonciation passe par l'incarnation, par des personnages, témoins à distance, agités de conflits intérieurs. De Renée et Louise, les deux jeunes Insoumises à la moins armée, Jeanne, la prolétaire de La Tannerie, ce sont des personnages qui n'ont pas un accès direct au réel, qui rêvent leur existence plus qu'ils ne la vivent , décrit-elle. Pas vraiment le profil de la très lucide romancière.

Celia Levi
La Tannerie
Tristram
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 21.90 euros
ISBN: 9782367190785

En dates

1515

Marignan

03.07 2020

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