On a chopé la puberté: l'univers des Pipelettes s'arrête | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 08.03.2018 à 13h44 (mis à jour le 12.03.2018 à 17h44) Jeunesse

On a chopé la puberté: l'univers des Pipelettes s'arrête

La lettre ouverte de l'illustratrice d'On a chopé la puberté, Anne Guillard, annonce l'arrêt de la collection "Les Pipelettes" chez Milan Jeunesse. Une pétition a été lancée par l'auteur Vincent Cuvelier pour défendre la liberté d'expression.

L'illustratrice d'On a chopé la puberté, Anne Guillard, a publié une lettre ouverte sur son site Buzz. "En tant qu’illustratrice du livre On a chopé la puberté, j’ai le regret d’annoncer qu’après les proportions sidérantes de la polémique, et suite à l’arrêt de commercialisation de l’ouvrage qui en a découlé, j’ai décidé de stopper intégralement l’univers des Pipelettes, aussi bien les livres dérivés que la BD mensuelle dans le magazine ; et ce malgré l’insistance des éditions Milan pour continuer cette collection", explique-t-elle.

On a chopé la puberté, livre écoulé à 2 000 exemplaires, a fait l'objet d'une polémique aussi virale que fulgurente dès le 1er mars. Les accusateurs se plaignaient des stéréotypes et de la sexualisation des jeunes filles dans l'ouvrage publié par Milan Jeunesse. 150000 signatures ont été recueillies en moins de 48 heures dans une pétition qui réclamait le retrait de l'ouvrage. L'éditeur a finalement cédé et décidé de ne pas le réimprimer.

Au Moyen Âge

"Des gens qui n’ont pas lu ce livre avant de le critiquer accusent l’éditeur de ne pas avoir lu ce livre avant de le publier, et estiment devoir empêcher les autres de le lire", constate Anne Guillard.

"Le résultat de cette polémique éclair sera donc la disparition de toute une collection créée, écrite, et éditée par des femmes, et publiée par un éditeur jeunesse qui s’est publiquement engagé pour l’égalité des sexes", précise l'illustratrice, qui remercie les soutiens individuels et se désole pour les jeunes lectrices fidèles. Mais, ajoute-t-elle: ils "ne feront pas le poids face à la mobilisation et la pression qui pèse sur l’éditeur pour ne pas réimprimer l’ouvrage."

Sa lettre s'avère plus grinçante dans sa seconde partie: "Vous avez le droit de trouver que les auteures auraient pu donner des conseils plus judicieux, ou que les extraits que vous avez vus tourner ne sont pas adaptés ; vous avez le droit de trouver ce livre idiot, ringard ou inapproprié… Mais si vous réclamez qu’on fasse disparaître un ouvrage parce que vous n’en approuvez pas le contenu, alors c’est vous qui vivez au Moyen Âge." Elle conclut ainsi: "C’est bien d’avoir à cœur de préserver l’âme de nos petites filles contre les livres dangereux. Et comme vous êtes des adultes vigilants, vous n’oublierez pas non plus de les mettre en garde contre les dangers des réseaux sociaux et des lynchages collectifs."

Liberté d'expression

L'auteur jeunesse Vincent Cuvelier, qui vient de publier le volume 16 de sa série Emile, Emile et le joint de culasse (Gallimard Jeunesse-Giboulées) a lancé une pétition "pour interdire les pétitions! Non à l'interdiction des livres qui nous déplaisent". "Encore une fois, un livre pour enfants est pris pour cible. Une nouvelle fois, une pétition demande l'interdiction d'un ouvrage. Que ce livre soit bon ou mauvais, ce n'est pas la question. Qu'il soit sexiste ou non, ce n'est pas la question. Il y a plein de façons de combattre un livre avec lequel on n'est pas d'accord, à commencer par le non-achat et le débat", explique l'auteur, qui s'inquiète pour la liberté d'expression.

"La seule mesure à la liberté d'expression doit être la loi et rien que la loi", rappelle-t-il. Il lance un appel : "Ecrivains, illustrateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, c'est à nous de réagir et de combattre clairement toute demande de censure." Pour l'instant, cette pétition a été signée par 350 personnes.
 

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