Lille

Congrès de l'ABF : haute culture et clef des plaisirs

Pascal Wagner, président de l'ABF, avec Maïté Vanmarque, secrétaire générale. - Photo OLIVIER DION

Congrès de l'ABF : haute culture et clef des plaisirs

Lille, 23, 24 et 25 juin : l'esprit d'ouverture a soufflé sur le 57e congrès de l'Association des bibliothécaires de France, où 600 professionnels se sont interrogés sur la manière de communiquer auprès des élus et des publics.

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Par Laurence Santantonios,
Créé le 01.07.2011 à 00h00,
Mis à jour le 12.02.2016 à 17h39

Six cents bibliothécaires se sont déplacés au congrès annuel de l'ABF qui se déroulait à Lille du 23 au 25 juin. Un congrès chaleureusement organisé par l'équipe du Nord - Pas-de-Calais au Grand Palais. Le thème du congrès, la communication, avait l'avantage, outre son actualité, de faire intervenir des personnalités extérieures au monde des bibliothèques - sociologues, responsables de théâtres et d'opéras, élus... Et la conférence plutôt hilarante du sociologue Olivier Badot sur la "crise du vouloir d'achat" a fait son effet sur les congressistes. Comment faire le lien, se demandaient-ils, avec cette nouvelle "consommation caressante" où il s'agit de donner aux consommateurs la "clef des plaisirs" ? Comment rivaliser avec ce boulanger anglais qui envoie des tweets à ses clients pour les avertir que le pain sort du four ? "Ce genre de conférence brillante et décalée est encore inédit dans les congrès de bibliothécaires belges", regrettait en souriant Jean-François Füeg, directeur du service de la lecture publique en Belgique francophone, venu débattre dans une rencontre internationale.

Autre joyeuse initiative venue se faufiler entre les conférences : un "défilé haute culture" de l'"Association des bibliothécaires fous" caricaturant les stéréotypes de bibliothécaires, de la dame sévère en tailleur gris à la jeune femme sexy brisant tous les tabous, en passant par le geek hyperconnecté ou la bibliothécaire en combinaison de sécurité et cagoule pour se protéger des ondes Wi-Fi et des puces RFID.

Cette volonté affichée d'ouverture, le président de l'ABF, Pascal Wagner, la revendique : "Par ces temps de mutation et de renouvellement des générations, dit-il, il est important de se remettre en question, de ne pas se refermer sur nous-mêmes. Je voudrais que l'on parvienne à dépasser les clivages et autres querelles stériles pour nous intéresser aux véritables enjeux et stratégies." Son vice-président, Dominique Lahary, dit son optimisme : "C'est une période difficile,il y a des remises en cause radicales, des incertitudes financières, un décalage entre les mécaniques statutaires et la dynamique des ressources humaines, mais au lieu d'un repli corporatiste, c'est l'inverse qui se passe, le temps des expérimentations est venu et l'on sent un renouvellement des générations très net."

200 NOUVEAUX ADHÉRENTS

Ce renouvellement se reflète dans les adhésions à l'ABF. "Depuis deux ans, l'association a recruté quelque 200 nouveaux adhérents avec deux groupes régionaux en pointe : Provence-Côte d'Azur et Nord - Pas-de-Calais", constate Olivia de La Panneterie, nommée déléguée générale ce 1er juillet. Cette tendance réconforte l'association, qui a dégringolé de 3 500 adhérents en 1995 à 2 500 en 2009. Les positions plus tranchées de l'ABF, comme celle d'annuler son congrès prévu à Marseille en 2013 (25 000 euros de perdus) après le désaveu par la Ville du directeur de l'Alcazar, Gilles Eboli, semblent avoir joué en sa faveur et suscité l'arrivée de jeunes recrues...

Le thème de la communication, du marketing, de l'image des bibliothèques a donné lieu à de nombreuses démonstrations et à des échanges d'expériences. Le directeur d'Idea Stores, Sergio Dogliani, était venu du Royaume-Uni pour expliquer la coûteuse campagne de publicité pour le lancement des Idea Stores à Londres, dont le mensuel Idea Magazine, tiré à 500 000 exemplaires et paru deux ans avant l'ouverture du premier établissement. Si des campagnes de cette envergure n'ont pas (encore) lieu en France, la plupart des bibliothèques sont bien conscientes de la nécessité de s'ouvrir vers l'extérieur et de trouver les mots pour convaincre leurs publics comme leurs élus de leur légitimité. Mais la lecture publique a beau être un enjeu pour les municipalités, il n'est pas facile de rivaliser avec les autres lieux culturels. "C'est un rapport de force inévitable, disait un congressiste, nous avons un devoir d'explication et de professionnalisation au risque de ne pas nous faire comprendre et nous laisser déposséder de nos idées." Quant à la grande campagne d'affichage nationale souvent évoquée, le directeur du service du livre, Nicolas George, a juste précisé qu'il était "prêt à porter cette question à son agenda". Patience... On en apprendra peut-être plus au congrès 2012 qui aura lieu à Montreuil (93).

Sortir de l'ombre

À L'AMÉRICAINE. Le défilé « haute culture », où l'"Association des bibliothécaires fous" se moquait gentiment avec une galerie de caricatures, du geek hyperconnecté à la bibliothécaire symbolisant l'ABF (photo), en passant par celle qui revêt - Photo OLIVIER DION

Secouant leur complexe d'infériorité face à leurs voisins culturels, certaines bibliothèques prennent aujourd'hui les choses en main avec des campagnes de communication d'envergure qui n'ont plus rien à envier à celles des musées ou des théâtres, comme l'ont démontré plusieurs expériences relatées lors du congrès. A Anzin, petite commune de 15 000 habitants dans le Nord - Pas-de-Calais, l'ouverture de la médiathèque en novembre 2010 a été accompagnée par une grosse action de communication : pub radio sur RFM, campagne d'affichage, annonces sur le site Internet et dans le bulletin de la ville, encarts publicitaires dans la presse locale. Coût de l'opération : 30 000 euros. Résultat : 2 500 visiteurs sont venus à la bibliothèque lors de l'inauguration, et 42 000 en tout depuis l'ouverture.

MISS MÉDIA, BIBLIOTHÉCAIRE VIRTUELLE

Photo OLIVIER DION

L'expérience de la ville de Metz a fait également partie de celle qui a le plus retenu l'attention. Pour redorer son image et reconquérir le public, la médiathèque messine n'a pas lésiné sur les moyens : création d'un logo, d'un nom (Bibliothèques médiathèques de Metz), d'un magazine au titre piquant (Le Barouf de Miss Média) et surtout d'un avatar, Miss Média, devenu la bibliothécaire virtuelle la plus célèbre de France. Ce personnage inventé par l'illustrateur de presse André Faber est décliné de multiples manières (strip de BD publié chaque semaine, sur les cartes de lecteurs, les sacs, etc.). Elle a même sa page sur Facebook, à laquelle se sont inscrits tous les élus de la municipalité !

Elaborer de vastes plans de communication ne représente qu'une partie de l'effort. Concernant la médiation en ligne, le portail Internet est un outil indispensable, mais il ne touche que les gens déjà utilisateurs. Comme le rappelait Lionel Dujol, responsable de la médiation numérique dans les médiathèques Pays de Romans, "environ 80 % des habitants d'un territoire n'utilisent pas la bibliothèque". A la médiathèque de Romans, 75 % des internautes sont arrivés sur le site Internet en faisant une recherche générale par auteurs ou par sujets. Tout l'enjeu consiste donc à valoriser des contenus thématiques et à toucher les usagers en fonction de leurs centres d'intérêt en allant là où ils se trouvent : sur les réseaux sociaux. D'où l'importance de créer un blog sur le polar, une page Facebook sur l'écologie ou encore un site avec des recommandations de lecture. "Cela n'a aucun intérêt de créer une page Facebook seulement pour afficher les horaires de la bibliothèque", a insisté Lionel Dujol. Ce qui nécessite un travail d'animation important de la part des équipes, mais aussi d'accepter le rôle actif des internautes. En Belgique, les réseaux littéraires sociaux tels que Babelio ou Libfly signalent les livres des bibliothèques qui leur envoient leurs notices et à l'inverse les catalogues de bibliothèques s'enrichissent des informations de ces réseaux. "Il faut penser le catalogue comme un service aux usagers et non comme un outil fonctionnel », a indiqué Alexandre Lemaire, responsable de la cellule TIC au service de la lecture publique de la Communauté française de Belgique.






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