Coopératives

Librairie : la Scic, c'est chic

Réunion des coopérateurs de L'Hirondaine. - Photo DR/HIRONDAINE

Librairie : la Scic, c'est chic

Inconnue en librairie il y a encore cinq ans, le statut de Société coopérative d'intérêt collectif y fait une percée remarquée depuis une grosse année. Il permet de donner une forme aux mobilisations citoyennes autour des librairies tout en leur apportant un soutien bienvenue à la gestion. _ par Cécile Charonnat

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Par Cécile Charonnat,
Créé le 22.02.2019 à 00h00,
Mis à jour le 22.02.2019 à 13h30

Qu'est-ce qui relie La Cavale - 100 m2 en plein cœur de Montpellier -, L'Hirondaine - 70 m2 à Firminy -, Points communs - 65 m2 à Villejuif -, Caractères libres - librai-rie rurale de 80 m2 à Aups -, Colibri (ex-Chemain) - 170 m2 à Voiron - ou la future Folle Aventure - 110 m2 à Trévoux - ? Récemment créées ou reprises, ces librairies ont toutes adopté le statut de Société coopérative d'intérêt collectif (Scic). Si L'Hirondaine fait figure de pionnière puisqu'elle est passée sous ce format en 2015, les cinq autres ont vu le jour sous ce statut, en moins d'un an et demi.

Les libraires de Points communs : Nathalie Brossaud, Jacqueline Angers et Catherine Weber-Seban. - Photo DR/POINTS COMMUNS

Largement méconnue il y a cinq ans, la Scic attire un nombre croissant de créateurs et de repreneurs de librairies même si ce statut reste encore marginalement utilisé. Elle permet de cristalliser ces élans de mobilisation qui se créent de plus en plus souvent autour des librairies, notamment lorsqu'elles sont en danger ou qu'elles font face à des reprises difficiles. « Lorsque des particuliers veulent s'impliquer dans un projet, au-delà du simple don financier, la Scic constitue l'une des formules les plus appropriées, témoigne Jean-Louis Béal, qui préside la coopérative de L'Hirondaine. Elle seule leur permet d'y prendre des responsabilités tangibles. »

Contrairement à la Société coopérative de production (Scop), où les salariés sont obligés de détenir 51 % du capital de l'entreprise, la Scic ne fixe pas de seuil : les coopérateurs non salariés peuvent être majoritaires. Elle permet en outre de faire entrer au capital de la librairie des associations ou des collectivités territoriales. « Ce qui en fait quasiment le seul véhicule juridique d'entreprise capable de réunir ces différentes parties », plaide Sylvain Bertschy, chargé de cours en sciences politiques et président de la coopérative à l'origine de La Cavale.

Avantages multiples

En résonance avec l'air du temps, qui valorise l'action collective et l'engagement citoyen, la Scic représente bien plus qu'un habillage juridique. Elle offre, dans le fonctionnement quotidien des librairies, en particulier petites et moyennes, de multiples avantages. Financièrement, l'apport en capital se révèle non négligeable. Pour L'Hirondaine comme pour Caractères libres, la transformation en coopérative, qui a rassemblé respectivement 200 et 300 coopérateurs, a apporté 30 000 euros, rendant possible le maintien de l'activité et des emplois. « Sans cet apport, la librairie fermait », reconnaît Romain Chaffard, libraire à Caractères libres et dont le poste a également été créé grâce au passage en Scic.

L'intégration à la Scic de collectivités locales ou d'associations, comme à Firminy (Loire) ou à Aups (Var), assure en outre un ancrage dans le territoire. Pour L'Hirondaine, les commandes des médiathèques, la visite des écoles ou l'invitation dans les manifestations organisées par les municipalités se trouvent facilitées par la présence de trois collectivités publiques dans le capital. « En milieu rural, intégrer à la coopérative des communes ou des communautés de communes fait sens. Plus qu'une autre activité, la librairie participe à la structuration du territoire », confirme Roman Chaffard.

Au-delà des aspects financiers ou de réseau, l'organisation en coopérative apporte aux libraires un accompagnement très apprécié. Les coopérateurs, qui ont souvent une expérience préalable dans le milieu associatif ou l'économie sociale et solidaire, disposent pour certains de compétences variées qui soulagent les libraires : gestion d'entreprise, comptabilité ou ressources humaines, mais surtout communication, animation des réseaux sociaux, aide logistique et coups de main ponctuels pour des salons ou lors de périodes hautes comme la fin d'année. « La Scic rend possible l'implication concrète des gens qui participent à la vie de la librairie mais n'en sont pas salariés », témoigne Catherine Weber-Seban, qui a repris Points communs à Villejuif (Val-de-Marne) avec Nathalie Brossaud et Jacqueline Angers. Elle évacue en effet le risque de travail dissimulé, un avantage indéniable par rapport aux associations de particuliers adossées à des librairies.

L'aide n'est pas seulement matérielle. Thierry Ponset, qui a choisi en janvier 2018 de transformer sa librairie, Chemain, en Scic et d'en devenir salarié (1), apprécie « ces ressources supplémentaires » qu'apportent les coopérateurs. « Tout le fardeau du quotidien du métier est désormais partagé, que ce soit dans les prises de décisions comme les tâches banales, souligne le libraire. Discuter avec nos coopérateurs actifs nous sort la tête du guidon et nous donne une hauteur de vue bienvenue. Nous sommes toujours quatre libraires mais nous avons acquis la puissance des 500 associés de la Scic. »

Un équilibre délicat

Reste que la confrontation entre coopérateurs non professionnels et libraires n'est pas toujours chose aisée. Trouver la place et l'espace d'expression de chacun constitue, selon la majorité des libraires concernés, un chantier en constante expérimentation pour conserver un équilibre forcément délicat. « Nous avons parfois le mauvais rôle : rappeler à nos associés que l'objet principal de la librairie reste le commerce et que nos actions doivent être régies par ce principe », relève Marion Floris, de La Cavale, à Montpellier. Ce défi s'impose aussi à Swann Rougier, de L'Hirondaine. « Travailler avec une armada de bénévoles, qui sont toujours contents d'être là, mais pas toujours au fait des contraintes du métier, n'a rien à voir avec le management d'employés, relève la libraire. Mais la différence, avec la forme coopérative, c'est que si ce n'est pas toujours facile, ça l'est ensemble et pas les uns contre les autres. »

Des collectifs actifs

La Cavale à Montpellier comme La Folle aventure à Trévoux (Ain) n'auraient pas vu le jour sans un collectif de particuliers. Mobilisés à la suite de la disparition d'une librairie, L'Ivraie à Montpellier et La Plume rouge à Trévoux, une poignée d'habitants se sont réunis avec le projet d'en recréer une. « La fermeture a été si brutale que nous avons été pris de cours, raconte Sophie Davy, présidente de la Scic de Trévoux. Nous aurions pourtant aimé réunir nos moyens pour lui venir en aide, mais cela n'a pu se faire. » Aussi se sont-ils rassemblés autour d'un nouveau projet. « Très vite, la forme coopérative s'est imposée. Elle a l'avantage de ne pas laisser le libraire seule face à la gestion d'entreprise, d'apporter un capital et de s'appuyer sur cette dynamique existante », précise Sophie Davy. Après deux ans et demi de gestation, et le recrutement d'une libraire professionnelle, La Folle Aventure verra le jour courant avril sur 110 m2 avec un assortiment généraliste de 6 000 titres.

22.02 2019

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