Coup double pour la foire jeunesse de Shanghai | Livres Hebdo

Par Fabrice Piault, à Shanghai, le 11.11.2013 à 22h40 (mis à jour le 12.11.2013 à 10h54) Chine

Coup double pour la foire jeunesse de Shanghai

Photo FABRICE PIAULT/LH

La nouvelle manifestation créée à marche forcée par les autorités locales avec Reed China a affirmé son ambition professionnelle tout en gagnant un authentique succès public.

Préparée en moins de six mois par la Shanghai Press and Publication Administration (SPPA, branche locale de l’administration d’Etat de la presse et de l’édition) et Reed Exhibitions China, la première China Shanghai International Children’s Book Fair (CCBF) a pu regrouper sur 3000 m2 pendant trois jours, du 7 au 9 novembre, 154 exposants dont la moitié étrangers. La manifestation, qui visait d’abord un public de professionnels du livre de jeunesse et d’éducation, est parvenue à en attirer quelque 4900 selon les organisateurs, dont, selon notre estimation, environ 300 étrangers. Toutes les rencontres et conférences ont fait salle comble.
 
Surtout, la CCBF, qui a invité une demi-douzaine d'auteurs reconnus dont la Française d'origine américaine Susie Morgenstern, et a bénéficié d’une large promotion dans les médias locaux et en librairie, a fait coup double avec sa dernière journée ouverte au grand public. Ce dernier a très largement répondu présent et assuré le succès des animations organisées par les exposants le samedi 9 novembre. Dès l’ouverture le matin, un public très familial s’est pressé dans les allées et sur les stands qui se sont vite révélés trop petits. Le cap des 15 000 visiteurs, un chiffre déjà très important par rapport aux dimensions de la manifestation, a été franchi dès 14h.
 
Photo FABRICE PIAULT/LH

Publics et privés
Outre la plupart des 36 maisons d’édition publiques chinoises spécialisées jeunesse, la CCBF, à laquelle Livres Hebdo était invité, a rassemblé certains autres des 583 éditeurs officiels, dont la très grande majorité développent un catalogue jeunesse plus ou moins important. Quelques « ateliers privés » (qui doivent établir des partenariats avec des maisons publiques pour obtenir des numéros d’ISBN) avaient également été autorisés à réserver un stand, tels 99 Kids, le label jeunesse du très dynamique Shanghai 99, ou Dandelion.
 
“Pour une première foire, je suis très content“, indique le P-DG de Shanghai 99, Huang Yuhai. “La foire nous permet de promouvoir notre activité vis à vis de nos confrères et des jeunes lecteurs“, précise Lu Weizhen, directeur général de l’un des deux principaux éditeurs de jeunesse chinois, China Children’s Press & Publication (CCPPG). “La CCBF nous sert à faire connaître notre maison d’édition aux éditeurs et au public, et aussi à vendre des droits pour répondre à la stratégie gouvernementale d’orientation vers les marchés étrangers“, renchérit Solène Fengbei Xie, directrice des droits de Jieli, l’une des maisons spécialisées les plus qualitatives. Pour Kan Ning Hui, directeur adjoint de la SPPA, la foire se justifie par le fait que “Bologne est actuellement la seule foire dans le secteur jeunesse, pourtant le plus solide et le plus dynamique“.
 
Sur des stands plus modestes, seulement deux mois après la foire internationale du livre de Pékin et un mois après le grand rendez-vous mondial de Francfort, l’édition internationale étaient honorablement représentée, surtout avec des maisons anglaises et américaines (Hachette UK, HarperCollins, Oxford University Press, Macmillan Education, Penguin Random House, Cengage, McGraw Hill, Scholastic…), mais aussi venues de Corée (Kyowoon), du Japon (Kodansha), de Thaïlande ou encore de Malaisie. Au total, une petite quinzaine de pays étaient représentés.
 
La France sans Thorgal
Pour la France, le Bureau international de l’édition française (Bief) représentait sur un stand de 36m2 une trentaine d’éditeurs avec 360 titres, dont un – un titre de la série BD pour adolescents Thorgal (Le Lombard) – a  toutefois dû être retiré à la demande des autorités chinoises au motif qu’on y voyait des femmes nues. Les représentantes de Casterman et d’Auzou et une agente de Dakaï Agency ont multiplié les rendez-vous le premier jour, et en partie le second. “Pour moi, qui vient d’entrer en fonction, c’est l’occasion d’un premier contact avec un marché très orienté jeunesse, où nous sommes très présents avec Tintin et où nous relançons Martine, indique Jérôme Baron, directeur des droits de Casterman, également présent.
Photo FABRICE PIAULT/LH

“Beaucoup d’éditeurs de Pékin sont présents, et la foire confirme leur intérêt pour la production française, qui se situe au 3e ou 4e rang pour les livres jeunesse traduits en Chine“, se réjouit le directeur général du Bief, Jean-Guy Boin. Cependant, poursuit-il, “je m’attendais à une présence anglaise et américaine plus importante, et il y a très peu de Coréens et de Japonais. Pour 2014, les dates annoncées, du 21 au 23 novembre, juste avant le salon de Montreuil et de Non/Fiction, à Moscou, et dans la même période que Guadalajara, peuvent représenter un véritable problème pour les responsables de droits français.“
 
Pour 2014, le directeur de la CCBF, Randy Wang, chef de projet senior chez Reed, promet une foire plus importante dans un lieu plus vaste, Shanghai World Expo, dans le quartier récent de Pudong. “Nous avons prévu d’améliorer l’aménagement et la décoration, de constituer une véritable plateforme de rencontre en ligne et un catalogage facilitant la promotion des livres des exposants, notamment auprès des bibliothèques, annonce-t-il. Pour les éditeurs européens et nord-américains, dont les marchés piétinent, le marché chinois, en plein développement, est attractif, poursuit Randy Wang. A la CCBF, ils ont l’occasion de rencontrer les “decisions makers“ chinois, qui ne se déplacent souvent pas à Bologne ou Londres pour des raisons linguistiques ou par manque d’habitude des longs voyages. Et la partenariat entre la SPPA et Reed est la garantie d’un certain niveau de qualité.“

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