Entretien

Covid : « Le télétravail a permis aux bibliothécaires d'explorer le numérique »

Emilie Vayre

Covid : « Le télétravail a permis aux bibliothécaires d'explorer le numérique »

Qu’est-ce que le télétravail a apporté aux bibliothécaires, pour le pire ou le meilleur ? La professeure de psychologie du travail Émilie Vayre dresse le bilan d’une journée d’étude et d’une année marquée par plusieurs confinements.

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Par Fanny Guyomard,
Créé le 16.03.2021 à 10h50,
Mis à jour le 16.03.2021 à 15h44

Un an après le confinement, l’Enssib (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques) et le centre de formation Médiat Rhône-Alpes ont proposé une journée d’étude sur l’impact du télétravail dans les bibliothèques. Émilie Vayre, professeure de psychologie du travail et des organisations à l'université Lumière Lyon 2, a rassemblé les enquêtes et les témoignages rendant compte des risques mais aussi des bénéfices du travail à distance.

Quelles conclusions ont été tirées des semaines de télétravail qui ont marqué l’année ?
Des enquêtes montrent que la culture managériale en France est souvent trop centrée sur le contrôle et le présentéisme, qui conduisent à un télétravail délétère. Les télétravailleurs ont tendance à travailler plus intensément et plus longtemps, ce qui a des incidences sur leur santé. Or, c’est difficile pour le manager d’être plus attentif à leur bien-être quand il ne peut pas les observer à la tâche et avoir des discussions informelles — ce qui se perd dans un tête-à-tête en visio. Il a aussi fallu coordonner le travail au sein des équipes, qui sont fragmentées. C’est important de réfléchir tous ensemble, et pourtant cela a pu être délaissé.

Certains télétravailleurs ont-ils plus souffert que d’autres ?
Le premier confinement, quand les enfants étaient à la maison, a mis l’accent sur le renforcement des inégalités dans la répartition des tâches domestiques et des obligations familiales entre les hommes et les femmes. Celles-ci devaient souvent davantage s’occuper des enfants. Ce qui crée d’autres inégalités : professionnelles, car plus elles avaient du travail domestique, moins elles avaient d’énergie pour accomplir leur travail pour la bibliothèque.

Quelles solutions pour que le télétravail se passe au mieux ?
La base, c’est d’être formé sur les outils numériques, et d’être bien équipé chez soi : avoir un espace aménagé et connecté à internet, ce qui demande un investissement financier. Au-delà de la formation technique, il faut aussi former aux risques du télétravail sur la santé, et à la conciliation de la personnelle et de la vie professionnelle. Car cela ne va pas de soi.

En revanche, les bibliothèques ont-elles découvert les bienfaits du télétravail ?
Oui, elles ont pu développer des projets autour du numérique, réaliser des podcasts, des vidéos, de la veille documentaire plus approfondie… Elles se sont aussi mises à interagir avec des bibliothèques d’un même territoire, à partager leur veille documentaire, à échanger des documents non numérisés… Aujourd’hui, même si les médiathèques ont rouvert, les tâches des bibliothécaires sont repensées pour leur permettre de faire du télétravail un jour par semaine, par exemple, ce qui leur permet de continuer à explorer le numérique. Le télétravail a aussi donné l’idée de proposer un espace de coworking dans la bibliothèque, pour des usagers qui veulent y faire du télétravail.

Le télétravail a-t-il pu resserrer le contact avec le public ?
Le temps de l’adaptation au distanciel, le lien s’est momentanément perdu. Mais ensuite, les activités en numérique ont permis d’offrir des services à des personnes pour qui c’est parfois compliqué de venir sur place (des familles nombreuses ou des enfants avec un handicap). Le souhait des bibliothécaires, c’est que le télétravail se déploie davantage, mais en complément des activités sur place, car tout le monde s’accorde pour dire qu’il ne remplace par le présentiel. Quoique lire une histoire avec un masque…

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