Crise à la Nouvelle Quinzaine Littéraire | Livres Hebdo

Par Pauline Leduc, le 07.10.2015 à 17h28 (mis à jour le 09.10.2015 à 13h03) Presse

Crise à la Nouvelle Quinzaine Littéraire

Après avoir survécu, en 2013, à la mort de son fondateur, Maurice Nadeau, le journal est aujourd'hui au bord de l’implosion.

Dans un communiqué du 5 octobre intitulé La fin de la Quinzaine Littéraire ?, la direction éditoriale du titre fondé en 1966 par Maurice Nadeau, dénonce "une succession d’événements ayant fait exploser la structure du journal". Le texte signé par Tiphaine Samoyault, Pierre Pachet et Jean Lacoste – trio de directeurs bénévoles coopté par les collaborateurs du bimestriel après la mort de son fondateur en 2013 – met en cause Patricia De Pas, directrice de publication et gérante de la société de la Nouvelle Quinzaine Littéraire (NQL).

"Nous avons appris par mail qu’elle souhaitait renouveler la direction éditoriale, sans qu’il n’en ait jamais été question auparavant et sans que notre éviction nous soit signifiée concrètement. Il y a eu une assemblée houleuse où la discussion n’a pas été possible et le lendemain nous avons été empêchés de réaliser le numéro à venir, privés de notre droit de regard", explique Tiphaine Samoyault. L’universitaire et romancière ne se dit pas opposée à un débat sur les orientations éditoriales de la NQL, mais dénonce des méthodes de management violentes qui "n’ont absolument pas laissé le temps de la réflexion".

Pour Patricia De Pas, qui a repris en 2013 les actifs de la société en faillite de la Quinzaine Littéraire – 9000 exemplaires en moyenne par numéro – le problème est que "le comité éditorial [35 personnes, ndlr], à quelques exceptions près, a tendance à travailler dans l’entre soi, n’a pas l’habitude de se remettre en question et n’accepte pas que je fasse des choix de gestion".

Choc de culture

Cette défiance est nourrie, selon la directrice de publication du bimestriel, par le système de bénévolat existant à la Quinzaine qui "amène une forme d’autonomie, quelque chose qui se veut un peu à l’extérieur de toute forme de gérance". Pour faire face à "cette contrainte managériale" et développer le journal, en visant notamment un lectorat étudiant, Patricia De Pas explique avoir voulu créer un poste de direction éditoriale salarié qu’elle souhaite confier à Eve Charrin, collaboratrice régulière de la NQL et d’autres publications comme la revue XXI. "Le trio éditorial s’est senti évincé, il y a eu une action de solidarité autour et nous sommes maintenant dans un moment de trouble, la situation est bloquée", estime-t-elle tout en espérant "une sortie de l’impasse".

Pour l’heure, c’est la colère qui domine chez les collaborateurs du journal. "Nous n’étions pas contre des changements, mais il y a un choc des cultures : avec ces méthodes Patricia De Pas disloque complètement l’esprit et la structure de la NQL", soupire Tiphaine Samoyault. Des tentatives de médiation sont en cours, à laquelle elle acceptera de participer. Mais, si le conflit ne trouve pas d’issue, "90% des effectifs de la Quinzaine quitteront la publication". Le prochain numéro de la NQL, réalisé par de nouvelles plumes et une petite partie de l’équipe, sortira, comme à son habitude, le 15 octobre prochain.
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