15 SEPTEMBRE - PHILOSOPHIE France

Cézanne qualifiait sa peinture de "couillarde". On pourrait en dire autant de la philosophie de Gustave Courbet. Une pensée "couillarde". Pas étonnant chez ce bourgeois rebelle à qui l'on doit l'audacieuse Origine du monde. L'ami de Proudhon, qui aimait tant se vanter d'être orgueilleux, avait suivi de 1837 à 1838 au collège royal de Besançon le cours de Charles Bénard, jeune agrégé de philosophie et disciple de Victor Cousin, l'homme qui instaura cet enseignement dans le secondaire.

De cette année pénible pour le futur grand peintre mais élève laborieux, il reste deux cahiers - l'un d'histoire, l'autre de notions de philosophie - retrouvés dans les archives du Musée national de l'éducation de Mont-Saint-Aignan et qui sont aujourd'hui publiés et présentés par Roger Bruyeron.

Ce document, dont la lecture pourra sembler bien plus austère que l'Enterrement à Ornans, a le mérite de nous renseigner sur l'enseignement de la philosophie en classe terminale au XIXe siècle et surtout de voir ce que l'artiste avait compris ou cru comprendre chez ce prof réputé froid et distant.

Ainsi que le remarquait Max Weber, le plus important se trouve naturellement dans les notes. C'est donc dans celles-ci qu'on trouvera les précisions, les erreurs de compréhension ou les indications sur la manière dont fut consigné ce cours. On ne sait si Bénard fut un professeur ennuyeux, mais le faible enthousiasme du peintre nous le laisse supposer. En tout cas, voilà qui rompt à tout jamais avec un Courbet fruste et ignare incapable de saisir quoi que ce soit dans un débat d'idées. Il s'y dessine au contraire la formation d'un robuste anticonformisme.

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