Le compte à rebours est lancé pour la deuxième édition du Festival du Livre de Paris au Grand Palais, qui se tiendra du 17 au 19 avril 2026. Lors de la conférence de presse de présentation ce mardi 10 février dans les salons du ministère de la Culture, les acteurs institutionnels et professionnels ont détaillé les ambitions d'un événement qui se veut à la fois une vitrine de la diversité éditoriale française et un rempart face aux défis structurels que traverse la filière.
Un format amplifié et un invité d'honneur stratégique
Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition (SNE), a annoncé la présence de plus de 450 maisons d'édition et l'attente de plus de 100 000 visiteurs. La manifestation proposera plus de 300 rencontres avec « les plus grandes autrices et auteurs français, mais aussi les talents émergents », selon Pierre-Yves Bérenguer, directeur du festival. L'événement reste gratuit pour les moins de 25 ans, avec déjà plus de 8 000 élèves inscrits, soit une hausse de 15 % par rapport à l'édition précédente.
Pierre-Yves Bérenguer, directeur du festival du livre de Paris- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
La bande dessinée sera l'invitée d'honneur de cette édition, un choix qui répond à une double urgence. « Cette invitation nous a semblé indispensable dans le contexte actuel, a expliqué Vincent Montagne. Elle répond autant à la situation particulière du secteur avec des ventes en retrait dans toutes les catégories qu'à la regrettable annulation du festival d'Angoulême ». Florence Portelli, vice-présidente de la région Île-de-France, premier partenaire de la manifestation, a confirmé que « mettre à l'honneur la bande dessinée est quelque chose de particulièrement appréciable » dans un contexte où le neuvième art « connaît des difficultés qui sont bien évidemment regrettables ».
Le voyage comme fil conducteur international
Malgré l’absence de pays invité d’honneur, le thème du voyage structurera la programmation à travers la présence d'une dizaine de pays invités, dont la Géorgie et Abu Dhabi comme « invités spéciaux », ainsi que l'Unesco. Pierre-Yves Bérenguer a précisé que cette thématique permettra « d'évoquer ce que l'authentique rencontre de l'autre nous enseigne sur nous-mêmes, ce que le langage et nos sociétés nous disent de nos cartographies mentales ». Le festival proposera notamment une nocturne le vendredi 17 avril « consacrée au dialogue entre les arts culinaires et les littératures ». Illustration de la volonté de renforcer le volet international de la manifestation, le prix franco-allemand Frenzel, remis alternativement en France et en Allemagne depuis 2010, sera décerné pour la première fois au festival.
Renaud Lefebvre, directeur général du SNE, Pierre-Yves Bérenguer, directeur du festival du livre de Paris, et Vincent Montagne, président du SNE- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Les défis structurels de la filière au cœur des débats
Au-delà de la célébration, la conférence a mis en lumière les fragilités de l'écosystème du livre. « Le temps dévolu à la lecture baisse un peu plus chaque année. Ce doit être évidemment le premier de nos combats », a alerté Rachida Dati, ministre de la Culture qui devrait laisser sa place dans les jours prochains pour se consacrer à la campagne des municipales de Paris.
Vincent Montagne a dressé un inventaire des « thématiques qui ne manqueront pas d'être discutées » sous la nef du Grand Palais : la défense de la propriété intellectuelle face à l'IA, « la réponse collective à apporter face à la progression du livre d'occasion qui déstabilise la chaîne du livre », la transition écologique et la protection « des valeurs communes de la liberté d'expression et de publier ».
La ministre a rappelé les mesures prises il y a 15 mois pour défendre la liberté de création, avec le déploiement de référents dans toutes les DRAC et la création d'un guide dédié consacrant « deux chapitres aux librairies et aux bibliothèques ». Elle a toutefois reconnu que « ces outils ne sont pas encore très identifiés par certains acteurs du livre ».
Soutien renforcé aux auteurs et dispositifs d'accompagnement
Le ministère de la Culture a fait le bilan de son action en faveur des auteurs. Rachida Dati a rappelé plusieurs mesures : le financement à hauteur de 300 000 euros de la plateforme Filéas (Fil d’information libraires éditeurs auteurs) « qui doit permettre aux auteurs et aux éditeurs de mieux connaître les chiffres de vente des livres », la création fin 2025 d'une commission de médiation « pour régler les éventuels différends entre les auteurs et les éditeurs », et un nouveau plan de 150 000 euros pour faciliter « le développement des rencontres entre les auteurs et le public sur l'ensemble du territoire » via quatre pôles de référence.
L'affiche et les partenaires du festival du livre de Paris- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Une mission d'inspection a également été lancée sur « l'amélioration de la protection sociale et de l'accès aux droits », qui doit rendre ses conclusions « fin avril, début mai ». Vincent Montagne a salué le succès de Filéas, qui compte désormais 8 000 auteurs inscrits après son lancement lors de la précédente édition du festival et dont la deuxième phase partageant des données de ventes au quotidien devrait être lancée prochainement.
L'urgence de la jeunesse et le pass Culture préservé
La question de la transmission aux jeunes générations a occupé une place centrale dans les interventions. Florence Portelli a souligné « une désaffection vis-à-vis du livre dans les jeunes publics, liée évidemment à l'écran, liée au fait qu'on a des jeunes qui sont de plus en plus attirés par l'immédiateté ». La région Île-de-France finance un stand de 112 mètres carrés pour 45 éditeurs indépendants et remettra son prix littéraire des lycéens avec trois catégories : poésie, roman et bande dessinée. Une lecture à voix haute par la comédienne Ophélia Kolb (Dix pour cent, Ce que Pauline ne vous dit pas…) est prévue devant 3 000 lycéens bénéficiant de 18 euros d'aides pour leurs achats.
Rachida Dati a défendu la refonte du pass Culture, qui a représenté « 89 millions d'euros d'achats de livres en 2024 », avant celle-ci donc. La ministre a révélé s'être « battue pour qu'il soit préservé au budget. Certains n'en voulaient plus. Les mêmes qui n'en voulaient plus souhaitaient qu'on le préserve » a-t-elle martelé. La ministre candidate à la mairie de Paris a justifié la réforme du dispositif « pour qu'il soit véritablement un outil d'accès à la culture, mais aussi d'égalité des chances qui ne soit pas uniquement un outil de reproduction sociale ».
Carine Rolland, adjointe à la maire de Paris, a salué la remise du prix des lectrices et lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris lors du festival, rappelant que « dans cette chaîne, déséquilibrer un maillon, c'est risquer qu'au final des populations entières perdent le bénéfice » de l'écosystème du livre.
À l’instar du monde du livre, le rendez-vous parisien montre sa résilience face aux difficultés conjoncturelles et malgré tous les sujets d’inquiétude qui traversent la profession, l’organisation fait la promesse de faire du livre une fête au Grand Palais.



