3 OCTOBRE - ESSAI France

En ces temps de crise financière, la philosophe Nathalie Sarthou-Lajus propose de repenser la notion de dette et de ne pas la restreindre à son acception économique. Une réflexion déjà élaborée avec L'éthique de la dette (Puf, 1997) et l'entrée "Pardon" dans le Dictionnaire de la violence dirigé aux mêmes éditions par Michela Marzano. L'auteure souligne d'ailleurs que cette "crise des dettes" n'est pas uniquement d'ordre pécuniaire mais "témoigne plus profondément d'une crise identitaire de l'individu contemporain et de l'échec du désir d'indépendance radicale qui constitue le logiciel néolibéral". Car la dette, ainsi que l'entend la rédactrice en chef adjointe de la revue Etudes, est avant tout une dette symbolique. Elle n'est pas ce dont on peut s'acquitter à bon compte. Ici, pas de symétrie du prêt et du remboursement (fût-il avec intérêts), comme dans l'économie capitaliste du libre-échange. Ce qui nous est échu dans l'héritage de notre humanité dépasse ce que nous ne pourrons jamais rendre. Rien ne saurait épuiser notre dette à autrui, nous désengager de ce lien à l'autre et au temps (ce que l'homme doit, c'est qu'il doit mourir). On ne naît pas ex nihilo, mais dans un environnement familial, social, dans une culture et une histoire. Le self made man (l'homme qui s'est fait tout seul) est un fantasme.

La dette dont il est question ne tient pas tant de l'avoir que de l'être : elle "relève d'une éthique où la relation à l'autre prime sur la souveraineté du sujet". Cependant, ce n'est pas parce qu'elle est "originaire" et offense par là même nos aspirations démocratiques à l'autonomie et à l'égalité que la dette nous aliène. La dette n'est pas impayable, elle ne s'identifie pas à cette culpabilité trop lourde décriée par Nietzsche - comment serait-il possible de rendre à ce Dieu jaloux qui, pour le salut de l'humanité, sacrifia son propre fils ? Elle implique au contraire le don et le risque : "La capacité de conduire soi-même son existence passe par la reconnaissance de cette dette, autrement dit par l'aveu de sa propre fragilité, puis la découverte de son aptitude à recevoir et à croître pour devenir celui ou celle que je suis."

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