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De l'ordre dans la jungle numérique

Dans les bureaux d'Albin Michel, pendant l'édition d'un beau livre au format ePub. - Photo OLIVIER DION

De l'ordre dans la jungle numérique

Portée depuis 2015 par les éditeurs et les pouvoirs publics, EDRLab, en sommet à Paris les 25 et 26 juin, normalise peu à peu la technologie du livre numérique pour libérer le marché du contrôle exercé par une poignée de revendeurs.

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Par Hervé Hugueny,
Créé le 21.06.2019 à 00h00,
Mis à jour le 21.06.2019 à 10h42

Les 25 et 26 juin au Digital Publishing Summit organisé à la Bibliothèque nationale de France par EDRLab (European Digital Reading Laboratory), on mesurera le chemin parcouru par l'association depuis sa création en 2015. Portée par la volonté conjointe des pouvoirs publics et du monde du livre, qui la financent, présidée par Virginie Clayssen (Editis), elle travaille à la « recherche, développement et promotion d'un écosystème de lecture numérique ouvert, interopérable et accessible, basé sur les standards ePub », selon son objet, à l'exact opposé de la situation créée par les revendeurs dominants du marché, Amazon, Apple, ou Kobo-Fnac.

Par rapport à d'autres projets collectifs (1001Libraires, MO3T) lancés par le passé par les acteurs de la chaîne du livre pour reprendre le contrôle de leur destin numérique, celui-ci tient plutôt bien sa feuille de route. Des changements concrets restent toutefois à venir du côté des librairies indépendantes. Ce sont elles qui justifient ces efforts : il s'agit de leur donner les moyens de prendre leur place dans le numérique, comme elles l'ont dans l'imprimé, pour ne pas laisser ce marché sous le contrôle d'un quasi-monopole.

« La technologie de protection LCP est opérationnelle, nous y ajoutons maintenant des modules pour assurer sa pérennité, et Readium 2 sera achevé cet été », explique Laurent Le Meur, directeur technique d'EDRLab, à propos des deux projets essentiels de l'organisme, adaptés à la norme ePub. LCP (Licensed Content Protection) est une solution de gestion des droits (DRM, en version anglaise) attachés aux livres numériques. Elle est ouverte (open source) et mise à disposition de ceux qui souhaitent l'utiliser, contrairement aux systèmes propriétaires dont le plus connu, Adobe content server (ACS), a fait l'unanimité contre lui en raison de sa complexité d'utilisation et de ses coûts, notamment pour le droit de prêt en bibliothèque.

Conserver ses livres

LCP comprend à la fois une liste de spécifications définissant cette norme de protection, et une suite logicielle développée par EDRLab pour les distributeurs de livres numériques et les concepteurs de liseuses ou les créateurs d'applications de lecture pour smartphone, tablettes et ordinateurs. « Plus d'une vingtaine de sociétés, serveurs de livres ou développeurs d'applications, ont adopté LCP », indique le directeur technique d'EDRLab.

En France, Tea a fait partie des premiers utilisateurs en déploiement complet, serveur et application de lecture. Numilog s'est rallié après avoir tenté de lancer une solution alternative avec Sony. Immateriel et Interforum sont aussi certifiés de même que DeMarque, fourniseur d'Eden. ePagine est prêt, et le partenariat avec Bookeen permettra aux deux entreprises de proposer une solution complète aux libraires indépendants : serveur, application et liseuse compatibles LCP.

LCP moins cher qu'Adobe

« Lorsqu'il créera son compte chez un libraire utilisant LCP, le lecteur indiquera un mot de passe, qu'il saisira une seule fois, lorsqu'il ouvrira son premier livre dans son application de lecture ou sur sa liseuse. Ce sera le même principe pour le prêt en bibliothèque, avec le numéro d'adhérent en mot de passe, précise Laurent Le Meur. LCP est un système décentralisé, dont la clé n'est pas rattachée à un serveur, mais à l'application ou l'appareil de lecture : si le fournisseur disparaît, le lecteur conserve ses livres, contrairement à ce qui se passerait avec Adobe. »

L'objectif est de fournir cet accès fluide qui fait le succès d'Amazon, Apple ou Kobo dans leurs univers fermés respectifs. Mais cet écosystème ouvert autour de l'ePub, Readium et LCP trouvera sa place via les nouveaux adeptes du numérique. Ceux qui ont déjà un compte chez ces fournisseurs ne pourront pas transférer leur bibliothèque, sauf si une réglementation les contraint à l'interopérabilité. La France a tenté d'introduire cette obligation dans la directive droit d'auteur, sans succès.

« Pour le prêt, la première mise en service de LCP démarrera cet été avec les bibliothèques de la Ville de Paris », annonce Laurent Le Meur. Les distributeurs sont prêts, de même que Baobab, l'application de lecture développée par Dilicom, l'opérateur de PNB (Prêt numérique en bibliothèque), mais il restait à mettre en conformité Syracuse, le portail qui équipe le réseau parisien, produit par Archimed. Selon l'équipement des lecteurs, la DRM Adobe ou LCP sera proposée, mais les bibliothèques ont intérêt à pousser la seconde : à Paris, l'économie peut dépasser 5 000 euros, en raison du nombre de prêts.

Développer de nouvelles versions

Cet été, EDRLab mettra à disposition en open source Readium 2, la seconde version du kit numérique (SDK) qui permet aux développeurs de créer des applications de lecture de l'ePub3. « Composée de morceaux de codes d'origines différentes, la première était très complexe d'utilisation. Nous avons entièrement réécrit ce kit pour le rendre plus accessible et démocratiser son usage auprès de petites structures », souligne le directeur technique.

Le Lab diffusera aussi dans les prochaines semaines, cette fois pour le public directement, une application de lecture pour navigateur baptisé Thorium, qui fonctionnera sur Windows et Mac. A plus long terme, le Lab veut développer un format d'ePub adapté à la bande dessinée et un standard pour le livre audio, qui normalisera ses métadonnées. Il s'agit d'en faciliter l'accès pour les handicapés via les nouvelles enceintes connectées.

EDRLab

500 000 € de budget annuel (ministère de la Culture, membres fondateurs, adhérents, ressources propres)

5 à 7 collaborateurs en fonction des projets

50 adhérents dont 35 français

De 500 à 5 000 € de frais de licence LCP en fonction du chiffre d'affaires de l'entreprise


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