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Delmore Schwartz, "Dans les rêves" (Rivages) : Une autre Amérique

Delmore Schwartz, "Dans les rêves" (Rivages) : Une autre Amérique

Delmore Schwartz - Photo © Courtesy of New Directions Publishing Corp. From the collection of James Laughlin

Delmore Schwartz, "Dans les rêves" (Rivages) : Une autre Amérique

Les nouvelles les plus emblématiques de Delmore Schwartz, poète maudit et mentor de Lou Reed.

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Par Jean-Claude Perrier,
Créé le 03.10.2022 à 14h00

« Ô Delmore, comme tu me manques ! » écrit dans sa préface Lou Reed, lequel nous manque aussi depuis 2013. Delmore, c'est Delmore Schwartz (1913-1966), qui fut son mentor dès le milieu des années 1950 dans le New York underground. L'artiste, pourtant avare de ses compliments, le salue ainsi : « Tu as été le plus grand homme que j'aie jamais rencontré. » Il lui a dédié deux chansons, European Son, à sa mort, en 1966, et, plus tard, My House, sur l'un de ses plus beaux albums, The Blue Mask (1982). Quant à son œuvre, des poèmes, et essentiellement des nouvelles, qu'il a publiées durant une vingtaine années, en revues puis en recueils, Reed conclut : « Tu as écrit la plus grande nouvelle jamais écrite. DANS LES RÊVES. »

Justement, c'est cette nouvelle, emblématique, parue à l'origine dans Partisan Review en 1937 puis en volume en 1938, qui donne son titre à la présente collection de textes. La nouvelle, dont le titre complet est « In Dreams Begin Responsabilities », raconte le rêve d'un jeune homme, dans la nuit de son vingt et unième anniversaire. Il est au cinéma (plusieurs nouvelles de Schwartz ont pour cadre des salles obscures, comme « Screeno », et ont pour héros des jeunes gens, poètes ou écrivains. Toute ressemblance...) et voit se dérouler sur l'écran la rencontre, puis le mariage de ses parents. Comme cela s'est mal terminé, il se lève dans la salle et se met à crier : « Ne faites pas cela ! » En vain, son existence en témoigne.

Le style est limpide, le fantastique léger. Étant donné la vie de bâton de chaise qu'a menée Delmore Schwartz, qui a fini seul, alcoolique, reclus dans sa chambre d'hôtel de Manhattan, on aurait pu s'attendre à quelque chose de plus échevelé, psychédélique, rock'n'roll. Que nenni. Avant d'être « maudit », « clochard céleste », notre ami avait fait Harvard et appris le latin, comme Cornelius Schmidt, le héros de « Screeno ». A-t-il également enseigné à de futurs officiers de l'US Navy, pendant la guerre, comme M. Fish, jeune prof d'anglais timoré, juif (comme Schwartz ou Lou Reed), qui va se trouver confronté au racisme et à l'antisémitisme le plus brutal, venant d'un... Irlandais (dans « Une mauvaise farce ») ? On l'ignore. Mais l'écrivain excelle à prendre le pouls de son époque, les années 1930-1940, et à dépeindre, de sa manière minutieuse et grinçante, une autre Amérique. La vraie.

Delmore Schwartz
Dans les rêves Traduit de l'anglais (États-Unis) par Daniel Bismuth, préface Lou Reed
Rivages
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 23 € ; 416 p.
ISBN: 9782743657802

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