Édito par Fabrice Piault, rédacteur en chef

Photo PHOTO OLIVIER DION

Le plafonnement des ventes d’ebooks dans le monde ne marque certainement pas la fin du livre numérique. Mais il pourrait marquer l’essoufflement de sa version la plus primitive. On peut le dire, maintenant : à l’aune des espoirs suscités il y a dix ans par les nouvelles technologies numériques, le produit homothétique en noir et blanc dont Amazon s’est fait, via son Kindle, le principal zélateur, reste assez décevant. Il permet aux gros lecteurs d’alléger leur valise lorsqu’ils partent plus de huit jours en vacances, et aux malvoyants d’accéder plus facilement aux textes. Mais c’est finalement surtout son discount massif, jusqu’à la vente à perte, qui l’a implanté solidement dans le monde anglophone. Et il n’a pas plus élargi ou rajeuni le lectorat qu’il n’a généré de nouvelles formes de création.

Pour cela, qui demeure le défi le plus enthousiasmant du numérique, il faudra encore quelques sauts technologiques. Et c’est tout le mérite de l’ePub Summit organisé pour la première fois en France, à Bordeaux, les 7 et 8 avril, d’affirmer clairement l’ambition de réfléchir à "la lecture numérique de demain". La réunion organisée dans la salle de conférences de la librairie Mollat rassemblera d’abord des geeks, qui plus est autour d’une question éminemment technique puisque l’ePub n’est rien d’autre qu’un format de livre numérique. Mais, en promouvant l’ePub 3, un standard ouvert, riche de multiples potentialités éditoriales, notamment pour l’illustré, elle ouvre la voie à des innovations qui concernent toute l’édition. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si cet ePub Summit se tient en France où, à la fin des années 2000, les éditeurs concentraient leurs expériences digitales sur l’illustré - bande dessinée, pratique, beau livre, jeunesse -, avec déjà en tête un livre numérique "enrichi", quand leurs confrères américains sacrifiaient au livre "noir" homothétique.

Le sommet de Bordeaux renouera-t-il avec cette fièvre innovatrice ? La série de Daniel Garcia que nous inaugurons cette semaine, sur "Les joueurs" de l’édition - elle a même failli s’appeler "Les flambeurs" -, vient en tout cas rappeler que l’audace et la prise de risque ont toujours joué un rôle majeur dans le dynamisme du secteur.


01.04 2016

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