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Digital Publishing Summit : les moyens de savoir enfin ce que veut le lecteur

A Berlin, la première session du Digital Publishing Summit Europe (ex-EPUB Summit), mercredi 16 mai, a été consacrée aux outils d’observation du marché. - Photo HERVÉ HUGUENY

Digital Publishing Summit : les moyens de savoir enfin ce que veut le lecteur

A Berlin, la 3e édition des conférences organisées par EDRLab a démarré mercredi 16 mai sur les outils de connaissance du marché, devenus bien plus précis.

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Par Hervé Hugueny,
à Berlin,
Créé le 16.05.2018 à 21h56,
Mis à jour le 16.05.2018 à 22h00

L’EDRLab, organisation basée à Paris et qui porte en Europe le développement de l’interopérabilité du livre numérique, tient à Berlin les 16 et 17 mai sa troisième conférence annuelle, moment d’échanges et de rencontres autour du marché et de la technologie.

L’essentiel de la première session du Digital Publishing Summit Europe (ex-EPUB Summit), mercredi 16 mai, a été consacrée aux outils d’observation du marché. Cristina Messinelli, secrétaire générale de l’Association éditeurs italiens (AIE) a présenté les résultats et la méthode d’un sondage bi-annuel, très fouillé, sur les habitudes de lecture croisées avec l’usage des nouvelles technologies. Alors que le taux de lecture augmentait en Italie depuis les années 1960, où il était parti de très bas, il a commencé à fléchir au milieu des années 2010, correspondant à la massification des terminaux numériques.

Mais l’enquête a montré au cours de ses vagues successives que les utilisateurs les plus avertis de matériel numérique et de réseaux sociaux (les « techno-curieux ») sont aussi les plus grands lecteurs, mais pas forcément d’ebooks : 3% des sondés disent ne lire qu’en numérique. En majorité, les répondants déclarent que ce support ne leur convient pas, et préfèrent le livre papier. L’usage des nouvelles technologies apparaît étroitement lié à l’âge au niveau d’éducation, variables également essentielles dans les niveaux de lecture. Pour les plus jeunes, scotchés à leur smartphone, la technologie apparaît en revanche bien concurrente du livre.

Prédire le succès ou l'échec d'un roman

La technologie aussi est au cœur des nouveaux outils d’étude des habitudes et des goûts des lecteurs. Andrew Rhomberg, fondateur de JellyBooks, a présenté les résultats obtenus avec son système de suivi de lecture qui enregistre tout de l’usage d’un livre, à commencer par le critère premier : a-t-il été terminé et en combien de temps. Avec 300 à 500 lecteurs (jusqu’à 800 s’il faut tester aussi différentes couvertures), motivés par un accès à des livres non encore publiés, et avertis de l’objectif, Jellybooks est capable de prédire le succès ou l’échec d’un roman dans 90% des cas, assure Andrew Rhomberg qui travaille avec les plus grands groupes d’édition au Royaume-Uni et en Allemagne.

Volker Oppman, cofondateur de Mojoreads, veut quant à lui démocratiser l’accès aux données de lecture pour les éditeurs, les grands revendeurs (Amazon, Apple) ne les partageant pas. Le principe est d’inciter les lecteurs à publier des commentaires de livres, et de les rémunérer s’ils déclenchent des ventes, sous forme d’accès gratuit à d’autres titres, le tout sur une plateforme qui fournit l’ensemble des services nécessaires au numérique : commentaires pour la découverte, achat et liseuse intégrée. Konstantin Diener, directeur technique de sgrol.io, a exposé la conception de cette plateforme de publication conçue pour recueillir aussi les statistiques de lecture, se proposant d’être une sorte de « Google analytique » du livre.

Une app' pour ranger sa bibliothèque

Mouna Khalil a enfin expliqué le principe de Gleeph, une application ouverte en France en février dernier, et qui permet d’enregistrer et classer sa bibliothèque. Avec un smartphone, l’utilisateur scanne les codes barres de ses livres, l’innovation étant la capacité de l’application à identifier plusieurs codes barres à la fois. La base bibliographique qui les met en rapport avec les livres correspondants est celle de Titelive. Un prototype d’identification des livres en filmant simplement sa bibliothèque est en cours de développement.

Depuis son lancement, l’application a déjà séduit 35 000 utilisateurs assure Mouna Khalil, co-fondateur de Gleeph. Outre ce classement d’une bibliothèque personnelle, c’est aussi un réseau social, si les données sont partagées, pour trouver des lecteurs avec des goûts proches, un outil d’achat de livres dans les librairies utilisatrice de Titelive, et surtout une base statistique (pas de données individuelles) pour les éditeurs, qui peuvent voir la répartition géographique et quantitative des possesseurs de leurs livres.

Hommage à Pierre Danet

Avant cette session, Herman Eckel, directeur de Tolino, a expliqué le fonctionnement de cette "coopérative" du livre numérique lancée en 2013 en Allemagne par Der Club, Hugendubel, Thalia et Weltbild, chaîne de librairie pourtant en concurrence, mais qui ont admis qu’il était indispensable de travailler ensemble pour résister à Amazon et son Kindle. Tolino contrôle aujourd’hui près de 30% du parc de liseuses en Allemagne (contre 54% pour le Kindle), et 40% des ventes de livres numériques, contre 50% pour Amazon assure Herman Eckel.

En ouverture, Luc Audrain, responsable support à la numérisation d’Hachette Livre, a rendu hommage à Pierre Danet, directeur Innovation et technologie numérique d’Hachette Livre, décédé l’an dernier, qui s’était investi avec beaucoup d’énergie dans la création d’EDRLab, dont il fut le premier président, et dans l’organisation du premier EPUB Summit à Bordeaux, qui a permis d’installer rapidement ces rencontres.


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