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Dino Buzzati, "Contes de Noël et autres textes" (Robert Laffont) : Les contes du père Dino

Dino Buzzati, "Contes de Noël et autres textes" (Robert Laffont) : Les contes du père Dino

Dino Buzzati - Photo © Dino Buzzati Estate

Dino Buzzati, "Contes de Noël et autres textes" (Robert Laffont) : Les contes du père Dino

Trente-trois récits inédits de Dino Buzzati, variations sur le thème de Noël, très revisité.

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Par Jean-Claude Perrier,
Créé le 09.10.2022 à 11h00

En argot journalistique, traiter de Noël, ça s'appelle un marronnier : un sujet totalement inintéressant, qui ennuie tout le monde et revient sur le tapis tous les ans à la même époque. Comme la rentrée des classes, le chassé-croisé des vacanciers, la chaleur en été, la froidure en hiver... On peut de prime abord s'étonner qu'un écrivain comme Dino Buzzati, une fois devenu riche et célèbre grâce à son chef-d'œuvre Le désert des Tartares (paru en 1940) et qu'il ne lui fut donc plus nécessaire de gagner sa vie au Corriere della Sera, ait persisté chaque année à écrire un texte sur Noël, dans les colonnes de son journal ou d'autres (au Corriere Lombardo, par exemple − Buzzati, né dans le Frioul, s'était installé à Milan). De 1942 à 1971 (il est mort en janvier 1972), contes et poèmes se succèdent, et même, parue dans L'Europeo du 26 décembre 1954, une Fiaba di Natale (« fable de Noël ») en vers, suivie de huit strips (Buzzati se voulait aussi dessinateur et peintre), un ancêtre de graphic novel.

Grand journaliste, grand écrivain (c'est à cela qu'on les reconnaît), Dino Buzzati n'a pas hésité à renouveler le genre. Il y a injecté du fantastique (léger), du politique, du vécu − ainsi la description de la vie à Milan sous l'occupation allemande, avec les bombardements, la pénurie, les résistants et les collabos, ainsi les références au panettone, le gâteau traditionnel qui, comme la crèche, revient plusieurs fois dans le recueil. Il a aussi insufflé un certain humour, volontiers caustique, mais sur un ton familier, complice, s'adressant parfois directement au lecteur et moquant la bonne bourgeoisie catholique milanaise.

Il secoue aussi le marronnier en situant une nouvelle en 1933 à Addis-Abeba, capitale de l'Éthiopie colonisée brutalement par les Italiens, ou encore en signant, en 1951, un Grand ménage de Noël. Prenant prétexte de la « révélation », par les Anglo-Saxons, que le Père Noël n'existerait pas, Buzzati se livre à une charge virulente contre le monde moderne qui s'annonçait alors et la manière dont il entendait façonner les jeunes à venir, en « abominables crétins », « tellement sérieux » : « Et peut-être faut-il les éduquer aussi à ne pas boire de vin, à ne pas fumer, à ne pas manger de viande, mais seulement du tapioca et des salades ». Prophétique ?

 

Dino Buzzati
Contes de Noël et autres textes Traduit de l'italien par Delphine Gachet
Robert Laffont
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 20 € ; 272 p.
ISBN: 9782221251638

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