Romans de l'hiver

Dossier romans de l'hiver : une rentrée intimiste

Romans à paraître en janvier et février. - Photo OLIVIER DIONSOURCE LIVRES HEBDO/ELECTRE DATA SERVICE

Dossier romans de l'hiver : une rentrée intimiste

Dans le prolongement de la rentrée littéraire de septembre, la rentrée d'hiver 2020 se révèle plus modeste que l'an dernier côté têtes d'affiches et légèrement plus concentrée, avec 481 nouveautés en littérature française et étrangère. Comme en écho, les romanciers délaissent le bourdonnement du monde pour s'intéresser aux liens familiaux et aux questions intimes.

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Par Marine Durand,
Créé le 06.12.2019 à 00h00,
Mis à jour le 18.12.2019 à 16h58

Après le feu d'artifice Michel Houellebecq en janvier 2019, la nouvelle rentrée d'hiver 2020 affiche un profil plus pondéré. Pierre Lemaitre est sans conteste la locomotive de ce début d'année avec Miroir de nos peines, imprimé par Albin Michel à 200 000 exemplaires, mais les éditeurs restent relativement prudents sur leurs chiffre de tirage, comme sur leur production. D'après nos données Livres Hebdo/Electre Data Services, entre janvier et février, 481 nouveautés littéraires sont prévues. Cela représente une légère baisse par rapport aux 493 nouveautés du début 2019 (-2,4 %), répartie entre les romans étrangers, 152 contre 157 (-3,2 %), et les titres français, dont le nombre redescend à 329, après être monté à 336 (-1,8 %). Alors que leur nombre était en hausse depuis deux ans, les primo-romanciers ne sont que 71 à vivre en janvier leur baptême du feu, soit une baisse de 6,5 %.

Poids lourds et transferts

La rentrée d'hiver, « qui n'est pas indexée sur les grands prix littéraires d'automne », souligne Frédéric Mora, directeur éditorial de la littérature française au Seuil, est l'occasion d'aligner côte à côte des auteurs francophones ayant une œuvre primée et des romanciers émergents en qui l'on croit. « Le rythme et la logique ne sont pas les mêmes qu'en septembre. Nous avons plus de temps pour travailler les livres, jusqu'au printemps, voire jusqu'à l'été, et parfois même jusqu'à la rentrée suivante », poursuit l'éditeur. À côté de Régis Jauffret, sa tête d'affiche avec Papa, dans lequel l'auteur évoque à la fois son père, dont il n'a découvert le passé que récemment, et son enfance heureuse, Pascal Manoukian, dont c'est le 4e roman, Cloé Korman, qui signe depuis 2010 dans la maison, ou le juré Médicis Alain Veinstein tâcheront de se frayer un chemin jusqu'à leurs lecteurs. Albin Michel, dans une logique similaire à ce qui avait été mis en place l'an passé pour Sérotonine chez Flammarion, « décale d'un mois ses deux locomotives pour laisser un temps de respiration aux autres titres », précise-t-on dans la maison. La nouveauté de Véronique Olmi, Les évasions particulières, paraît donc en février. Chez Actes Sud, on répartit aussi les auteurs attendus sur janvier (Min Tran Huy et Frédérique Deghelt) et février (la jurée du Femina Anne-Marie Garat). Gallimard aligne plutôt ses grands noms sur la première quinzaine de janvier, entre Daniel Pennac, Erik Orsenna, qui fait son retour au roman avec Briser en nous la mer gelée, son premier ouvrage dans cette maison, et l'académicien Goncourt Pierre Assouline. Grasset aussi mise sur un juré, Flore et Renaudot, en la personne de Frédéric Beigbeder, qui conclut sa trilogie sur le personnage d'Octave Parango. On trouvera à ses côtés deux auteures confirmées et venues d'ailleurs : Gaëlle Nohant, qui publiait jusque-là chez Héloïse d'Ormesson, et Eliette Abécassis, arrivée de chez Albin Michel. Sandrine Collette est une autre prise de guerre, mais de JC Lattès cette fois, qui choisit de la mettre en « blanche » alors qu'elle était « reléguée au polar » chez Denoël. Une « stratégie assumée pour élargir son public », explique-t-on au 17 rue Jacob, où l'on compte aussi beaucoup sur Otages, de Nina Bouraoui. Côté mercato, on notera aussi l'arrivée de Guillaume Sire chez Calmann-Lévy, faisant le même chemin que son éditrice Lisa Liautaud, depuis L'Observatoire.

Tandis que Yasmina Reza « roule toute seule » chez Flammarion, avec sa novella un peu à part de la rentrée, Anne-Marie la Beauté, qu'elle mettra en scène en mars au Théâtre national de la Colline, la maison dirigée par Anna Pavlowitch et Patrice Margotin a poursuivi sur sa lancée de septembre avec une brochure conçue spécialement pour la rentrée. S'y côtoient notamment Sabri Louatah (404), dont la quadrilogie Les sauvages a été adaptée par Rebecca Zlotowski sur Canal + en septembre, et Constance Debré, que l'éditeur est allé chercher dans le catalogue de Stock. Stock n'est d'ailleurs pas en reste dans le mercato d'hiver. La maison accueille Linda Lê, qui a publié la majorité de son œuvre chez Bourgois, mais aussi Carl Aderhold et Fabrice Tassel, qui ont suivi leur éditrice débauchée des Escales, Caroline Laurent. Cette dernière y signe cependant Rivage de la colère. Une autre éditrice prend la plume en cette rentrée, Jessica L. Nelson, cofondatrice des éditions des Saints-Pères, qui passe de Belfond à Albin Michel pour son nouveau texte. 

Fidélité

Ailleurs, la constance est de mise. « Ni transfert ni fuite, le nomadisme a ses attraits mais la fidélité est un gage de bonheur », asure le directeur éditorial d'Actes Sud, Bertrand Py. Les éditions de Minuit retrouvent Jean Echenoz, avec Vie de Gérard Fulmard, POL peut compter sur le Goncourt 2008 Atiq Rahimi et Iegor Gran, tandis que Fanny Chiarello s'épanouit toujours à L'Olivier. Marcus Malte, toujours chez Zulma, revient en librairie quatre ans après son Prix Femina pour Le garçon. Ernest Pépin est de retour chez Caraïbéditions avec un roman sur le destin de l'auteur guadeloupéen André Schwart-Bart, pendant que Serge Safran programme l'un de ses fidèles, Ludovic Roubaudi. Les Equateurs continuent à faire grandir Isabelle Spaak et Paul Baldenberger, quand Héloïse d'Ormesson poursuit l'aventure avec Pierre Pelot et Nicolas Barreau. Fayard mise sur un partenariat singulier : son événement de la rentrée est une nouveauté de Boris Vian, On n'y échappe pas, inachevé du vivant de l'auteur et terminé par des membres de l'Oulipo. 

Antoine Laurain, implanté depuis plusieurs années dans le catalogue de Flammarion, confie logiquement à la maison son nouveau titre, Le service des manuscrits. Il y dessine le personnage d'une éminente éditrice parisienne, qui sort du coma et se passionne pour l'ouvrage d'un auteur inconnu. Il n'est pas le seul à chercher l'inspiration dans le milieu où il évolue au quotidien. Franck Thomas, dans L'amour à la page (Aux forges de Vulcain), se penche sur la vie de Franck, auteur d'un premier roman qui s'est peu vendu contraint de prêter sa plume à une illustratrice jeunesse. À travers le personnage d'un écrivain célèbre qui embauche un assistant pour finir tranquillement son roman, Luc Blanvillain croque le cercle parisien de l'édition dans Le répondeur, programmé par Quidam. Chez Grasset, Jean-Baptiste Harang brosse le portrait de Guillaume Fox, un écrivain qui égare son manuscrit et peine à se remettre à l'écriture (Le dénicheur d'ourson).

Liens familiaux

Mais c'est surtout « la famille, voire les relations mère-fille ou père-fils » qui occupent cette année une bonne partie des romanciers, selon Alix Penent chez Flammarion, dans le sillage de Régis Jauffret et Pierre Lemaitre. L'éditrice publie dans sa rentrée L'effet maternel, de Virginie Linhart, dans lequel l'auteure évoque l'impact que sa mère a eu sur sa vie et sa propre maternité, mais aussi Le secret Hemingway, de Brigitte Kernel, sur le fils du célèbre auteur américain et leurs rapports complexes. La protagoniste de Hors d'ici, de Florence Delaporte (Cherche Midi), affronte, elle, un père violent avant que ses certitudes ne se retrouvent bouleversées. Chez Denoël, Caroline Bongrand pousse le curseur du côté de l'autofiction, explorant sa généalogie dans Ce que nous sommes, tandis que chez Fayard, Christophe Mouton étudie les rapports de force entre un père et son fils (Comment je suis devenu fréquentable). Linda Lê, à travers la figure d'une femme qui enquête sur le passé de sa mère disparue (Je ne répondrai plus jamais de rien, Stock), raconte enfin les parts d'ombres que l'on peut garder vis-à-vis de ses proches.

Quand les femmes prennent la plume, il est aussi question des attentes de la société, notamment par rapport à la maternité. Julie, l'héroïne d'Alice Moine dans Les fluides (Belfond), ne cesse de mettre en doute ses capacités à être « une bonne mère » pour sa fille de 7 ans. Celles d'Armelle Gréhan dans Les bonnes mères boivent du Spritz (Balland), Héloïse la Française et Annunziata la Napolitaine, illustrent les préoccupations des femmes dans l'Italie d'aujourd'hui, entre poids de la famille et amours passées. Amandine Dhée reste dans le registre de l'intime qu'elle sondait déjà avec La femme brouillon, lauréat du prix Hors concours 2017. Toujours chez La contre allée, elle publie A mains nues, dans lequel la narratrice explore la question du désir, et réfléchit à la représentation des femmes dans l'imaginaire collectif. Un homme pourrait bien avoir le dernier mot. Avec Tea time, aux éditions Les petits matins, l'auteur et metteur en scène Christophe Fiat se fait le porte-voix d'une femme en proie à ses démons, aux injonctions de son époque et à la violence de la domination masculine. M.  D. et I. C.

Nina Bouraoui

Nina Bouraoui - Photo PATRICE NORMAND/JC LATTÈS

Otages (J-C Lattès) Dans ce court texte tiré à 16 000 exemplaires, l'écrivaine, prix Renaudot 2005 pour Mes mauvaises pensées, enrichit un monologue qu'elle a présenté en 2015 au festival Paris des femmes. Elle présente Sylvie, mère de deux enfants et divorcée, qui séquestre une nuit entière son patron.

Atiq Rahimi

Atiq Rahimi - Photo HELENE BAMBERGER

L'invité du miroir (P.O.L)Le romancier franco-afghan situe l'action de ce texte, tiré à 10 000 exemplaires, au Rwanda, printemps 1994. Sur fond de génocide, il élabore le récit d'une rencontre entre une mystérieuse nageuse dans le lac Kivu, une vieille femme sorcière et un homme ivre, les yeux rougis d'avoir trop pleuré. Atiq Rahimi a obtenu le Goncourt en 2009 pour Syngué Sabour : pierre de patience, adapté au cinéma en 2013 par Jean-Claude Carrière.

Jean Echenoz

Jean Echenoz - Photo JEAN-LUC BERTINI/MINUIT

Vie de Gérard Fulmard (Minuit) Publié chez Minuit depuis 1979, prix Goncourt 1999 pour Je m'en vais, Jean Echenoz compte une quinzaine de distinctions littéraires. A la rentrée, l'écrivain retrace la vie de Gérard Fulmard qui, après des expériences diverses mais infructueuses, débute une carrière d'homme de main dans un parti politique mineur, accoutumé aux passions et aux complots. Vie de Gérard Fulmard est tiré à 55 000 exemplaires.

Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder - Photo HANNAH ASSOULINE

Sans titre (Grasset) Le juré du Renaudot et du Flore signe à la rentrée une troisième suite à 99 francs. Après Au secours pardon (Grasset, 2007), le personnage Octave Parango découvre un nouveau métier. Il poursuit sa plongée parmi les aliénations contemporaines et les dérives de la société de divertissement. Ce roman qui n'a pas de titre mais dont la couverture est ornée d'un emoji MDR, est tiré à 60 000 exemplaires.

Erik Orsenna

Erik Orsenna - Photo BERNARD MATUSSIÈRE

Briser en nous la mer gelée (Gallimard) L'académicien revient au roman, avec l'histoire d'amour de Suzanne et Gabriel. Après quatre années de mariage, ils divorcent. Pleurant son amour perdu, Gabriel décide de partir pour le Grand Nord. Erik Orsenna replonge dans la fiction après plusieurs essais et documents, dont deux dédiés aux écrivains Beaumarchais et La Fontaine. Briser en nous la mer gelée est tiré à 40 000 exemplaires.

Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre chez Lui - Photo OLIVIER DION.

Miroir de nos peines (Albin Michel) Plus gros tirage de la rentrée, à 200 000 exemplaires, le nouveau roman de Pierre Lemaitre recrée la vie de Louise, la gamine d'Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013. Agée de 30 ans, devenue institutrice, Louise se retrouve plongée dans les secrets de sa famille dans la France des années 1940. L'auteur de romans noirs et policiers ferme ainsi cette trilogie dont le deuxième volet, Couleurs de l'incendie (janvier 2019) s'est vendu à plus de 300 000 exemplaires.

Véronique Olmi

Véronique Olmi - Photo ASTRID DI CROLLALANZA

Les évasions particulières (Albin Michel) Comme dans son précédent roman, Bakhita (prix du roman Fnac 2017), le parcours d'une femme est au cœur des Evasions particulières de Véronique Olmi, tiré à 60 000 exemplaires. Le lecteur suit Hélène, 11 ans, dans les années 1970. Elle se partage entre Aix-en-Provence, avec sa famille modeste, et Neuilly-sur-Seine, chez des parents où elle passe toutes ses vacances scolaires, dans un univers aux mœurs bourgeoises distinctes de celles qui lui ont été inculquées.

La toute première fois

Les primo-romanciers de la rentrée ne sont pas les seuls à vivre une « première fois » en janvier. Nouveau poste, nouveau département ou nouvelle maison d'édition, plusieurs éditeurs se réinventent à l'occasion de ce temps fort. Sophie Caillat, après avoir co-fondé Premier Parallèle, lance les éditions du Faubourg avec le roman d'Emmanuelle Heidsieck Trop beau, prévu le 16 janvier. HarperCollins s'est calé sur ce rendez-vous de début d'année pour créer Traversées, son catalogue de fiction française, incarné par un premier roman et le deuxième livre de Nicolas Maleski, La science de l'esquive. Avec Les amants météores, le deuxième roman d'Eloïse Cohen de Timary, Constance Trapenard défend son premier texte en tant que directrice littéraire de JC Lattès, et Dorothée Cunéo, directrice de Denoël depuis la fin août, imprime pour la première fois sa patte à la rentrée de la filiale de Madrigall. 

Premiers romans : plus de femmes et de maturité

Plus resserré, le cru 2020 des premiers romans de l'hiver fait découvrir des auteurs, en majorité des femmes, arrivés tardivement à la littérature et qui interrogent le monde actuel.

Avec 71 premiers romans programmés en janvier et février 2020 contre 77 titres parus à la même période en 2019, la production se contracte de 6 %. Néanmoins, dix éditeurs n'hésitent pas à proposer davantage de premiers romans dans leur catalogue pour cette rentrée d'hiver et ceux qui jouent la carte du renouvellement la jouent à fond. Flammarion, qui défendait déjà quatre primo-romanciers à l'automne dont le remarqué Victor Jestin avec La chaleur, poursuit son travail de découverte avec cinq premiers romans. Le Seuil en prévoit trois (Nicolas Leclerc, Hugo Paviot, et l'islamologue Rachid Benzine). Le Cherche Midi, qui avait passé son tour à l'automne, revient cet hiver avec deux premiers textes de Charlotte Gabris etd'AnoukF.. Albin Michel, dont les premiers romans de l'automne sont deux des rares qui ont percé dans les meilleures ventes (Loin d'Alexis Michalik et Le bal des folles de Victoria Mas), en présente aussi deux, ceux de l'historien Loris Chavanette et de la psychologue Caroline Valentini, tout comme Gallimard avec Charles Sitzenschul et Maylis Besserie, Grasset avec la chroniqueuse de « C l'hebdo » Pauline Clavière et la nouvelliste Salomé Berlemont-Gilles, Laffont avec la dessinatrice satirique Louison et Marco Caramelli.

36 femmes

Slatkine, avec les textes de François Colcanap et de Xavier Piertri, a fait le choix de ne proposer que des premiers romans pour son domaine français. C'est aussi le cas de 21 éditeurs dont l'Esperluète avec la journaliste de Télérama Béatrice Kahn, Liana Levi avec Boris Marme, Maurice Nadeau avec Grégory Rateau ou le Tripode avec Sophia de Séguin. Au total, 59 éditeurs se partagent les 71 titres.

Cette rentrée d'hiver est marquée par une légère domination des primo-romancières avec 36 femmes contre 35 hommes parmi les nouvelles signatures. Si Simon Berger (Laisse aller ton serviteur, Corti) est le benjamin de cette rentrée à 22 ans ex-aequo avec Sikanda de Cayron (Le sang des rois, Emmanuelle Colas), les primo-romanciers arrivent de plus en plus tardivement à l'écriture, 17 d'entre eux ont plus de 40 ans. Ils ont généralement une autre carrière derrière eux et certains sont déjà connus du grand public comme le réalisateur de 37°2 le matin, Jean-Jacques Beineix, l'acteur Malik Zidi, César du meilleur espoir masculin pour Les amitiés maléfiques ou Charlotte Gabris, humoriste repérée par Laurent Ruquier et actrice (Babysitting). Les lecteurs découvriront aussi sous une autre casquette le journaliste du Monde, Philippe Ridet, le prix Décembre essai 2010, Frédéric Schiffter ou le responsable des romans chez l'éditeur jeunesse Sarbacane Thibault Bérard.

Questions de société

Cette maturité leur fait entrer en littérature en s'inspirant des questions de société sur lesquelles ils prennent du recul. La responsable éditoriale chez L'Editeur Camille Bonvalet réfléchit à l'injonction faite aux femmes de se reproduire dans Echographie du vide (Autrement), Jean Rainscof se penche sur la sexualité masculine des baby boomers dans Ce qu'un homme est aussi (François Bourin) quand Zoé Sagan explore avec Ketamine (Au Diable Vauvert) la société contemporaine via la plus vieille intelligence artificielle du 21e siècle. La question des violences domestiques et familiales s'invite aussi dans cette rentrée avec La Golf blanche, du conseiller politique Charles Sitzenstuhl ou le récit de la nouvelle directrice de Julliard Vanessa Springora qui raconte le calvaire de son adolescence, sous l'emprise d'un écrivain de 36 ans son aîné (Le consentement, Grasset). A. G.

Etranger : rendez-vous en terre inconnue

Après une rentrée d'automne réservée aux grands noms, les éditeurs font le choix de la découverte, en janvier-février, publiant primo-romanciers ou auteurs qui n'ont jamais été traduits.

Traditionnellement plus légère mais relativement stable (152 titres contre 157 en 2019), la rentrée de l'hiver du domaine étranger se caractérise par son goût pour la découverte. En dehors de deux inédits importants signés Yukio Mishima (Gallimard) et Isaac Bashevis Singer (Stock) et des derniers Ian McEwan (Gallimard) et T. C. Boyle (Grasset), les parutions de janvier-février font la part belle aux premiers romans, au nombre de 20 (sur un total de 152 nouveautés). Parmi ceux-ci, Au rythme de notre colère, de Guy Gunaratne, d'origine sri-lankaise (Grasset), qui arrive auréolé de la réputation d'un des titres les plus marquants de l'année selon la presse britannique et raconte les affrontements entre skinheads et jeunes musulmans dans une cité du nord de Londres. Elmet, de la Britannique Fiona Mozley (Losfeld), finaliste du Man Booker Prize 2017, met en scène une famille digne des Brontë tandis que La fille de l'Espagnole, de la Vénézuélienne Karina Sainz Borgo (Gallimard), sélectionné par le New York Times, un commando féministe. Citons également : Les toits du paradis, de Mathanghi Subramanian (L'Aube) ; Dans la prison en flammes, de Ryan Chapman (Autrement) ; Les Ribkins, héros de père en fils, de Ladee Hubbard (Belfond) ; Un jour, je serai trop célèbre, de Raziel Reid (La belle colère) ; La vie dont nous rêvions, de Kerry Lonsdale (City) ; La résurrection de Joan Ashby, de Cherise Wolas (Delcourt) ; A l'ombre des loups, d'Alvydass Slepikas (Flammarion) ; Fais de ta vie un rêve, et de ton rêve une réalité, de Natascha Lusenti (Fleuve éditions) ; Eau douce, d'Akwaeke Emezi (Gallimard) ; Tous les vivants, de C. E. Morgan (Gallimard) ; Sugar run, de Mesha Maren (Gallmeister) ; Tout commence par la baleine, de Cristina Sandu (Laffont) ; A moi la nuit, toi le jour, de Beth O'Leary (Mazarine) ; Le silence d'Isra, d'Etaf Rum (L'Observatoire) ; Tant qu'il y aura des cèdres, de Pierre Jarawan (Héloïse d'Ormesson) ; La dernière mission d'Akram, de Nadim Safdar (Piranha) ; Dans son sillage, de Jessica Andrews (Plon) ; De rien ni personne, de Dario Levantino (Rivages) ; Là où chantent les écrevisses, de Delai Owens (Seuil).

Curiosités

La rentrée d'hiver reste un enjeu pour les éditeurs qui comptent bien imposer leurs titres parfois achetés cher à l'étranger. Les Escales mise sur Les optimistes, de Rebecca Makkai, qui retrace les années Sida dans le Chicago des années 1980, et figure parmi les cinq meilleurs romans de l'année pour le New York Times, finaliste du Pulitzer 2019 et du National Book Award, lauréat de la Andrew Carnegie Medal for fiction. Fayard a choisi le Britannique Edward Docx, avec Trois jours d'amour et de colère, le dernier voyage d'un père et de ses trois fils, et Matias Faldbakken, grand plasticien et écrivain norvégien traduit pour la première fois en français, avec Le serveur, un huis-clos dans un restaurant. Anakana Schofield (Martin John, Actes Sud), Alyson Hagy (Les sœurs de Blackwater, Zulma) sont aussi traduites pour la première fois en français.

La rentrée apporte aussi son lot de curiosités comme Le roman de la vie de Tyll l'Espiègle, de Daniel Kehlmann, une vaste fresque sur la guerre de Trente ans, vendue à 500 000 exemplaires en Allemagne (Actes Sud), Parmi les ombres, de Joseph O'Connor, la biographie fictive de Bram Stoker (Rivages) et Allegheny River, de Matthew Neill Null, un recueil de nouvelles qui traitent de la nature ravagée par l'homme (Albin Michel).

Les lecteurs retrouveront quand même des signatures connues comme Lionel Shriver, l'auteure d'Il faut qu'on parle de Kevin, avec un recueil de nouvelles, Propriétés privées (Belfond) ; le Nigérian Chogozie Obioma (passé de L'Olivier à Buchet Chastel) avec La prière des oiseaux ; Jaume Cabré avec un recueil de nouvelles, Quand arrive la pénombre ; Kerry Hudson, prix Femina étranger 2015 pour La couleur de l'eau, avec Basse naissance (P. Rey) ; Garry Shteyngart avec Lake success (L'Olivier) ; Torgny Lindgren, avec Klingsor, la biographie fictive d'un peintre médiocre, et l'Israëlien Yishaï Sarid, avec Le monstre de la mémoire, qui met en scène un historien devenu guide des camps de la mort (tous trois chez Actes Sud). Ils liront Liane Moriarty, l'auteure du Secret du mari avec Neuf parfaits étrangers (Albin Michel), Elizabeth Gilbert, l'auteure de Mange, prie, aime, avec Au bonheur des filles et Téa Obreht, l'auteure de La femme du tigre, avec Inland, un western situé en Arizona en 1893 (toutes deux chez Calmann-Levy), la Danoise Helle Helle avec Perdus en forêt (Phébus), l'Allemand Robert Seethaler (Le champ, Wespieser), les Américains Nickolas Butler (passé d'Autrement à Stock) avec Le petit-fils, et Leah Hager Cohen, Des gens comme nous (passée de Bourgois à Actes Sud), une histoire de famille entre « Jeffrey Eugenides et Ann Patchett » ainsi que Augusto Roa Bastos avec Moi, le suprême (Ypsilon) et Tandis que Les sables de l'empereur, de Mia Couto est l'édition en un volume d'une trilogie parue au Portugal revue par l'auteure, et que La septième croix, d'Anna Seghers, est la nouvelle traduction inédite d'un chef-d'œuvre de la littérature allemande sur la montée du nazisme, indisponible depuis dix ans (tous deux chez Métailié).

Guerres

Le nazisme, les camps d'extermination et la Seconde Guerre mondiale restent un sujet de fond souvent traité en dehors de l'Hexagone. Outre Anna Seghers, les écrivains Hanni Münzer (L'Archipel), Hans Fallada (Denoël), Martin Danes, qui s'inspire de la vie de l'écrivain tchèque K. Polacek (La Différence), Louisa Hall (Gallimard) qui brosse le portrait du créateur de la bombe atomique, Ottavia Casagrande (Liana Levi), dont le héros, espion, a pour mission de semer la zizanie entre Hitler et Mussolini, et Jiri Weil (Le Nouvel Attila), ont choisi cette période. 

Alors que l'Autre regard réédite Dans le scriptorium, de Paul Auster, illustré par Astrid Belvezet, on retrouvera l'auteur de 4 3 2 1 dans Une vie dans les mots, un livre d'entretiens avec Inge Birgitte Siegumfeldt. C'est du côté de la non-fiction et des essais littéraires que l'on retrouve les poids lourds. On lira les -t-émoignages du grec -Iakovos -Kampanélis sur Mauthausen (Albin Michel), de la journaliste italienne Oriana Fallaci sur le Vietnam et le Mexique (Belles lettres), Pardon, une lettre à son père décédé qui l'a violée et battue, d'Eve Ensler, l'auteure des Mono-logues du vagin (Denoël), la première traduction intégrale des journaux de Kafka (1910-1922) (Nous). Eclat programme des essais de l'auteure de science--fiction Ursula K. Le Guinn, Flammarion des écrits de Doris Lessing, prix Nobel 2007, et Allia les réflexions de Novalis. Sans oublier de nombreuses correspondances : cinq lettres adressées par une jeune étudiante américaine, Blossom Margaret -Douthat à Simone de Beauvoir (éditions du Mauconduit), la Correspondance Johann Wolfgang von Goethe et Bettina von Arnim (Le Passeur) et celle d'Ernst Jünger avec le juriste Carl Schmitt (Pierre--Guillaume de Roux). -Enfin Stefan Zweig est aussi la vedette de cette rentrée avec des écrits politiques inédits (Pas de défaite pour l'esprit libre chez Albin Michel et L'Esprit européen en exil, 1933-1942 chez -Bartillat), et sa correspondance 1912-1940 aux éditions universitaires de Dijon. C. C. W

T. C. Boyle

T. C. Boyle - Photo DR/JAMIESON FRY/TCBOYLE.COM

Voir la lumière, Grasset, traduit de l'américain par Bernard Turle L'auteur culte de Water music signe un roman qui décoiffe sur le LSD, ajoutant une nouvelle touche à son portrait de l'Amérique. Prix Médicis étranger 1997 pour America, il met en scène un directeur de thèse dans le très sérieux département de psychologie de l'université de Havard en 1962, sa femme et son collègue lors de séances hallucinatoires et psychédéliques le samedi soir.

Ian McEwan

Ian McEwan - Photo FRANCESCA MANTOVANI/GALLIMARD

Une machine comme moi, Gallimard, traduit de l'anglais par France Camus-Pinchon L'auteur d'Expiation imagine Londres en 1982 et un monde qui ressemble au nôtre à quelques détails près : Alan Turing est encore en vie et l'intelligence artificielle fait des progrès fulgurants. Charlie, le héros, achète un Adam, androïde qui fait la conversation et écrit des poèmes. Quand l'androïde déclare son amour à sa femme, que le Premier ministre est assassiné et que l'Angleterre sort de l'Union européenne, tout se complique.

Yukio Mishima

Yukio Mishima - Photo ANDRÉ BONIN/GALLIMARD

Vie à vendre, Gallimard, traduit du japonais par Dominique Palmé Présenté comme « une parodie jubilatoire de roman policier et un roman d'aventures psychédélique », Vie à vendre est un inédit de l'auteur du Pavillon d'or, s'est suicidé par seppuku en 1970. Le héros rate son suicide et met sa vie en vente au plus offrant. Une course s'engage alors au milieu de personnages interlopes et les cadavres se multiplient autour de lui.

Isaac Bashevis Singer

Isaac Bashevis Singer - Photo DR/CC BY-SA 3.0

Le charlatan, Stock, traduit de l'américain par Marie-Pierre Bay et Nicolas Castelnau-Bay Roman inédit du prix Nobel de littérature 1978, mort en 1991, Le charlatan traite de l'exil à travers l'histoire de Hertz Minsker, à New York en 1940, qui vit avec sa quatrième épouse aux crochets de son ami d'enfance Morris Calisher tout en ayant une liaison avec la femme de ce dernier, Minna. L'édifice s'écroule quand l'ex-mari de Minna vend à Morris des faux tableaux de Picasso et de Chagall. 

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