7 septembre > Essai France > Adam Biro

Faut-il être juif pour apprécier l’humour juif ? Heureusement, non, sinon ce ne serait pas drôle… En revanche, il est peut-être optimiste d’affirmer que "s’il y a de l’humour sans juif, il n’y a pas de juif sans humour". Dans un savoureux Dictionnaire amoureux, Adam Biro se propose d’examiner cet univers particulier qui oscille entre la blague politique et le nonsense, où l’ironie le dispute au grotesque, la moquerie à l’humanisme.

L’ancien éditeur de livres d’art aussi rares que précieux a déjà arpenté cet univers dans Deux Juifs voyagent dans un train (Belfond, 2007). Cette fois, il pousse plus loin le sujet en racontant aussi sa propre histoire de juif venu de Hongrie. Un roman, on le sait, n’est qu’un dictionnaire dans le désordre. Adam Biro, lui, a voulu mettre de l’ordre dans sa passion. Il l’avoue. "Je mélange les sujets, et les titres des entrées ne sont souvent que des prétextes." Des prétextes pour évoquer un monde en partie disparu, celui de la culture juive d’Europe centrale dont ne subsiste justement que ces traits d’esprit, cette façon d’être et de commenter le monde tel qu’il va ou pas. C’est justement pourquoi ce dictionnaire, ce n’est pas, comme le suppose l’auteur, "simplement un livre juif, écrit par un juif sur sa judaïté". C’est beaucoup plus que cela.

Chaque entrée ravive un souvenir, une rencontre et est illustrée par un witz, une histoire destinée à faire rire et à procurer du plaisir comme l’expliquait Freud dans son étude sur le mot d’esprit. Mais Adam Biro ne se prive pas de rappeler quelques sinistres personnages qui ne font pas rire et dont l’antisémitisme est notoire. Dans les nombreux witz qui parsèment ce livre, il y a de la sagesse et de la contestation. Ainsi ce juif qui veut se présenter aux élections contre Dieu, certain qu’il peut gagner, et à qui on demande son programme. "Qui a besoin de programme ? Je lui demanderai qu’il montre ses résultats !"

Parmi les nombreuses références littéraires de cet humour quelquefois très noir, Adam Biro a retrouvé ce dialogue signé Romain Gary dans La danse de Gengis Cohn. "- Tiens, vous parlez yiddish ?/Couramment !/Berlitz ?/Non. Treblinka."

Voici donc un élégant livre d’histoires drôles souvent tragiques, de vagabondages toujours audacieux et de palabres interminables avec ce sens radical de l’ellipse comme ce djihadiste qui fait irruption chez un commerçant du Sentier en lançant : "Allah est grand !", et qui s’entend répondre : "nous avons toutes les tailles"…Cet humour-là s’adapte parfaitement à l’idée d’une politesse du désespoir. L. L.

Les dernières
actualités