Grand prix livres hebdo des bibliothèques 2019

Etrepagny : la culture de la bienveillance

Le jeu occupe une place majeure au sein de la Ludo-médiathèque d'Etrepagny. - Photo DR

Etrepagny : la culture de la bienveillance

La Ludo-médiathèque communautaire de la Communauté de communes du Vexin normand remporte le 10e Grand Prix Livres Hebdo des bibliothèques francophones. Ouverte en 2018 à Etrepagny, elle a d'emblée fédéré les habitants grâce à la qualité exceptionnelle de son offre et à son sens de l'accueil. _ par Véronique Heurtematte

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Par Véronique Heurtematte,
Créé le 04.10.2019 à 00h00,
Mis à jour le 04.10.2019 à 09h03

La Ludo-médiathèque communautaire d'Etrepagny, dans l'Eure, a immédiatement conquis le jury par la force et l'originalité de son projet d'établissement ainsi que par l'efficacité de sa mise en œuvre. Ouvert en 2018, l'établissement, géré par la Communauté de Communes du Vexin normand, est installé sur 400 m2 dans un ancien couvent du XIXe siècle superbement réhabilité, qui abrite également une Maison de santé, une Maison de service au public, un lieu d'accueil parents-enfants, des bureaux de la Communauté de communes et un espace ado. Cette mixité de services sert le projet formulé pour la Ludo-médiathèque : créer un espace où les publics se croisent et se sentent comme chez eux.

Formations et ateliers numériques à la Ludo-médiathèque d'Etrepagny. - Photo DR

Au cœur du projet d'établissement, la politique d'accueil se traduit par la bienveillance des employés envers tout visiteur. Le programme des activités, où le jeu sous toutes ses formes occupe bien sûr une place importante, impressionne par sa richesse et sa diversité. Support de nombreuses animations, la ruche pédagogique installée au cœur de la Ludo-médiathèque en est sans doute l'élément le plus original. Pour les inciter à s'approprier le lieu, les usagers sont invités à partager leurs passions en proposant eux-mêmes des ateliers ou des animations. La tisanerie collaborative, à laquelle chacun contribue en apportant thé, café, douceurs à grignoter, illustre également cette philosophie.

La Ludo-médiathèque d'Etrepagny est installée dans un couvent du XIXe siècle. - Photo DR

La Ludo-médiathèque accueille une émission de radio en direct, propose des ateliers de fabrication de robots, des tournois de jeux vidéo. L'établissement a également largement investi le champ du numérique, sur un territoire où l'illectronisme constitue un problème majeur. Au programme : des formations, des ateliers numériques, de l'offre de matériel. Depuis cet été, les usagers ont même accès à un distributeur de tablettes numériques automatisé, pour la première fois commercialisé en France sous cette forme. Cet investissement a valu à la Ludo-médiathèque de recevoir en 2019 deux labels : Tiers lieu solidaire du numérique, décerné par la Fondation Orange, et Etablissement Public Numérique, remis par la Région Normandie. « Avec seulement cinq employés, ils font un travail équivalent à celui d'une grande équipe de vingt personnes ou plus, s'est exclamée pendant la délibération Michèle Fitamant, directrice de la médiathèque départementale du Finistère. Au regard de la taille du territoire, leur programme est impressionnant. »

Par son statut communautaire, la Ludo-médiathèque a également comme objectif, à l'instar de la Bibliothèque de Gisors, l'autre équipement culturel de la Communauté de communes, de rayonner sur l'ensemble du territoire. Aussi a-t-elle, par exemple, délocalisé cet été son activité dans six villages pour l'opération nationale Partir en livre, avec des lectures et des séances autour du jeu. Ouverte 33 heures par semaine, la Ludo-médiathèque déploie sur ce territoire rural une offre de lecture publique, conçue dans un sens très large du terme, digne des équipements des grandes villes. 

L'avis du jury

Dominique de Saint Mars, auteure de la série « Max et Lili ». « La ludo-médiathèque d'Etrepagny est encore mieux qu'un café, elle est au cœur de la ville, elle est gratuite et ouverte 33 heures par semaine. J'aimerais y être un bébé lecteur, mettre un mot sur l'arbre à post-it dès que je sais écrire. J'aimerais y jouer, petite fille, avec ma grand-mère qui fait son Internet avec Etienne, l'animateur média toujours présent. J'aimerais y lire tous les livres que mes parents ne peuvent pas acheter. J'aimerais, ado, me faire des copains en participant aux débats sur l'actualité, faire des expériences digitales et me connecter au monde. J'aimerais jeune maman, participer aux ateliers parents-enfants, adulte faire une exposition des tableaux de ma sœur bipolaire, être volontaire pour aider les deux bibliothécaires et le ludothécaire. Et j'aimerais, grand-mère, me sentir moins seule en venant jouer, faire de la musique, lire et aller aux rendez-vous autour de la cheminée. Il y a des livres, des écrans, des coussins et du silence si on veut. Cette bibliothèque est formidable ! Et je peux vous assurer que j'y ai rencontré Max et Lili, pour de vrai ! »

Ludo-médiathèque communautaire du Vexin normand

Le lieu : 416 m2, ouvert 33 heures par semaine.

Les collections : 15 354 livres, 2 207 revues, 1 125 DVD, 403 jeux de société, 200 CD, 79 jeux vidéo, 73 livres lus, 69 cédéroms, 2 liseuses.

Les usagers : 1 785 inscrits actifs pour 3 600 habitants à Etrepagny et 36 000 habitants dans la communauté de communes.

Dijon : la volonté d'excellence

Le Learning Center de la Burgundy school of business, à Dijon, a développé une stratégie globale pour offrir à ses usagers, étudiants, enseignants et personnels administratifs, un accueil prenant en compte l'ensemble de leurs besoins.

Vue d'ensemble de la salle de lecture du Learning Center de la BSB de Dijon. - Photo SENSATIONWEB

Le Learning Centrer de la Burgundy school of business, école supérieure de commerce située à Dijon, a placé l'accueil au cœur de sa démarche d'excellence. Ce souci se traduit d'abord dans le soin accordé à la conception du lieu et à son esthétique. « Un accueil de qualité commence par un endroit beau, qui donne envie d'y venir et d'y rester », revendique Marie-Louise Battault, directrice du learning Center. L'organisation des 1 000 m2 de la bibliothèque, répartis sur 6 niveaux en une grande diversité d'espaces, a pour objectif de prendre en compte l'ensemble des besoins des usagers. Le learning Center propose 13 bulles thématiques, parmi lesquels l'espace Kaizen, qui signifie « dépassement de soi » en japonais, où les élèves ont accès à des modules d'autoformation en lien avec les enseignements de l'école mais également sur de nombreux autres sujets - apprendre la guitare, réviser le Code de la route, regarder des programmes télévisés dans une vingtaine de langues étrangères.

L'équipe du Learning Center de la BSB de Dijon. - Photo DR

Attentive au bien-être de ses usagers, la bibliothèque propose dans sa salle « zen » des ateliers de méditation, des séances de lecture à voix haute, des siestes musicales. Un espace est entièrement dédié aux jeux de société et aux jeux de stratégie, tandis que la tisanerie, où s'écoulent chaque jour 9 litres de tisane gracieusement offerte, est l'espace privilégié de la convivialité et de l'échange, où sont exposées les nouveautés ou une sélection de livres en lien avec l'actualité de l'école. Les 6 professionnels de l'information et de la documentation proposent un service d'accueil bilingue et des rendez-vous individuels pour une présentation des ressources documentaires ou un accompagnement à l'écriture de thèse par une recherche experte.

La salle zen. - Photo SENSATIONWEB

L'amplitude des horaires d'ouverture, 77 heures par semaine du lundi au dimanche, participe également à la qualité de l'accueil. Tous ces efforts ont été salués lors de l'enquête menée en mars 2019 auprès des utilisateurs de la bibliothèque, dont 95 % se sont -déclarés très satisfaits de la qualité de l'accueil. 

L'avis du jury

Marie-Christine Doffey, directrice de la Bibliothèque nationale suisse : « La qualité de l'accueil du public dans une bibliothèque se voit et se vit au quotidien. Le bouche-à-oreille entre les usagers va très vite, en bien comme en moins bien ! C'est la recherche de l'excellence que nous avons voulu récompenser en attribuant le prix de l'Accueil à la Burgundy School of Business de Dijon, pour le soin apporté à toutes les réflexions qui ont conduit au réaménagement des espaces et des services, en particulier de l'accueil comme troisième lieu.

Depuis la réouverture en juin 2017 le pari est gagné : les utilisateurs plébiscitent la qualité de l'accueil à 95 %, la fréquentation a été multipliée par trois. Le Learning Center est devenu le centre de vie du campus grâce à ses espaces pensés pour la qualité de l'accueil.

Nous avons apprécié l'esthétique des lieux réaménagés, le choix des matériaux, la diversité des espaces, et aussi l'amplitude exceptionnelle de 77 heures d'ouverture. Mais tout cela n'est pas encore la garantie d'un bon accueil. Il faut aussi des hommes et des femmes, des professionnels investis dans leur mission et totalement engagés au service de leur public. Or, là aussi, la BSB a su -développer une offre d'encadrement professionnelle, personnalisée, bilingue, répondant aux besoins exigeants des étudiants ».

Learning Center Burgundy School of business, Dijon

La directrice : Marie-Louise Battault

Le lieu : 1 000 m2, 358 places assises, 36 postes informatiques, 77 heures d'ouverture hebdomadaire

Les collections : 150 abonnements de presse sur support papier, 12 500 périodiques en ligne, 30 300 livres, ebooks, études de marché, thèses, 100 chaînes de télévision étrangères. 260 000 euros de budget d'acquisition dont 70 % pour les ressources électroniques.

Les utilisateurs : 2 500 des 2 700 étudiants de l'école inscrits et la totalité des 150 professeurs et personnels de l'administration.

Grenay : la transversalité

La Médiathèque-Estaminet de Grenay développe depuis son ouverture en 2015 un impressionnant programme d'animations, axe fort de son projet d'établissement, fondé sur la transversalité entre tous les acteurs de la culture, de l'éducation et du social.

Le banc sonore récolte les histoires des habitants de Grenay. - Photo DR

Quatre ans après avoir obtenu, en 2015, le Prix de l'Accueil, la Médiathèque-Estaminet de Grenay est à nouveau distinguée par le Prix de l'Animation, qui lui a été attribué par un jury très impressionné par l'ampleur et la qualité de son programme d'activités. Conçu dès l'origine comme le principal lieu de la vie collective au cœur de la commune, et rassemblant différents services des champs de la culture, de l'éducation et du social, cet équipement public atypique a naturellement fait de son offre d'animations l'un des axes forts de son projet. Cette offre est basée, là encore en cohérence avec la philosophie du lieu, sur la transversalité entre tous les acteurs culturels, éducatifs, sociaux, ainsi qu'avec les usagers eux-mêmes.

L'équipe et les élus. - Photo DR

La Micro-Folie installée en février dernier dans la médiathèque est emblématique de cette démarche. L'arrivée de ce musée numérique, initiative nationale portée par La Villette et le ministère de la Culture avec 12 établissements culturels nationaux, a été préparée à Grenay avec l'ensemble des élèves des écoles et des enfants des centres de loisirs, comme avec les associations, les enseignants et les artistes associés dans un projet d'appropriation du musée numérique appelé Jump.

Le musée numérique Micro-Folie. - Photo DR

Depuis plusieurs années, la Médiathèque-Estaminet travaille avec des compagnies de théâtre professionnelles autour de l'inclusion sociale. L'atelier intergénérationnel de théâtre amateur des 100 voix y mène ses répétitions chaque semaine et y présente son travail une fois par mois lors d'une soirée suivie d'un repas concocté dans la cuisine aménagée sur place.

Autres éléments forts du programme, les bancs sonores facilitent la collecte d'histoires, de textes, de récits auprès des habitants lors de projets participatifs. Des visites régulières organisées en partenariat avec l'office de tourisme permettent de faire découvrir cet équipement étonnant lors de soirées apéro-bière-fromage. Polymorphe, la bibliothèque s'est transformée en grande salle de bal intergénérationnel lors de la semaine bleue, événement national qui met les seniors à l'honneur chaque année en octobre. 

La Médiathèque-Estaminet de Grenay

Le lieu : ouvert en 2015 sur 1 300 m2 en plein centre-ville.

Les horaires : 44 heures par semaine, 53 heures en autonomie, plus des ouvertures ponctuelles lors de soirées et manifestations le week-end.

Budget : 800 000 euros de budget de fonctionnement global, personnel compris.

Usagers : 3 813 inscrits pour 7 000 habitants.

L'avis du jury

Martine Lebeau, géran-te de la Scop Librairie Les Volcans. « J'ai adoré cette médiathèque pour sa gestion du bien commun. Prétexte aux rencontres, les animations, variées et attractives, sont coconstruites avec les habitants, dans un esprit de mixité où se croisent enfants, adolescents et adultes, bibliothécaires, enseignants, commerçants et bien d'autres habitants de la commune, chacun apportant sa compétence ou son temps. Le faire ensemble a été poussé ici à son maximum pour créer, je les cite, « un lieu vivant, par, avec et pour tous ». Un très bel exemple d'animation du territoire. Bravo ! »

Riom : douceur et convivialité

Les espaces de la nouvelle médiathèque intercommunale des Jardins de la culture de Riom déclinent avec subtilité les orientations de son projet d'établissement par l'acoustique, le mobilier les matières, les couleurs ou encore les types d'assises.

L'estrade et l'atrium de la chambre au trésor. - Photo DR

Ouverte le 21 mars dernier après de longues années de gestation, la médiathèque intercommunale des Jardins de la culture de Riom a séduit le jury par la grande qualité de son programme architectural et l'adéquation de celui-ci au projet d'établissement. Le nouvel équipement, géré par Riom -Limagnes & Volcans, communauté d'agglomération qui regroupe 31 communes et 67 000 habitants, dispose de 2 562 m2 sur le site des Jardins de la culture où se trouvent également un cinéma, le relais assistants maternels, les écoles municipales de musique et d'art plastique.

L'équipe de la médiathèque. - Photo DR

L'architecte Raphaël Bernigot, de l'atelier d'architecture François Guibert, a poussé très loin la qualité des espaces grâce à un bel usage de la lumière et en faisant littéralement entrer le paysage à l'intérieur de la médiathèque. L'acoustique, le mobilier, les matières, les couleurs, la multiplication des types d'assises : tout a été pensé pour se mettre au service de l'objectif de favoriser la cohabitation harmonieuse des différents publics et répondre à la diversité des usagers. La conception des espaces intérieurs offre aux visiteurs une déambulation libre ouvrant largement sur le beau parc paysager. Le grand plateau a été réparti entre différentes fonctions et différentes ambiances. Les trois pôles thématiques, Imaginer, Echanger, Découvrir sont mis en lien avec le Gradin de lecture, l'Atelier, l'Atrium.

Le patio. - Photo DR

Ce nouvel équipement doit répondre à des ambitions fortes et multiples : être un centre de ressources pour la vie culturelle, sociale et éducative du territoire ouvert à tous les partenaires locaux, être un lieu d'insertion sociale, de convivialité, de loisirs, de débat et d'apprentissage de la citoyenneté et de la tolérance, un espace capable de s'adapter aux évolutions technologiques. « Cette médiathèque attire du monde, un tel équipement est très important dans un territoire pour redynamiser le tissu local », s'est exclamée Martine Lebeau, gérante de Scop Librairie Les Volcans, lors de la délibération. 

Médiathèque intercommunale des Jardins de la culture

Le lieu : ouvert le 21 mars 2019 sur 2 562 m2 en centre-ville.

L'architecte : Atelier d'architecture François Guibert. Chef de projet : Raphaël Bernigot.

Coût : 5, 6 millions d'euros hors taxes financés par Riom Limagnes & Volcans, l'Etat, la région Auvergne Rhône-Alpes, le département du Puy-de-Dôme.

Le territoire : La médiathèque a vocation à être la tête du réseau des 26 bibliothèques et points lecture relevant d'un ensemble de 31 communes comptant au total 67 000 habitants.

L'avis du jury

Jean-Fred Figuin, directeur de la média-thèque du sud sauvage de Saint--Joseph à La Réunion. « C'est de prime abord la perception des espaces proposés qui interpelle, soulignant l'importance portée aux différents publics et différents usages. Au-delà de l'offre de service et de la médiation culturelle, c'est une atmosphère chaleureuse qui s'en dégage, du patio aux aménagements intérieurs, la structuration des espaces, les choix esthétiques pour un confort d'usage, et cette luminosité qui invite le lecteur à se poser là maintenant et à profiter de l'instant présent dans un lieu qui se veut convivial, répondant aux principes de la culture pour tout un chacun ».

Valence : le patrimoine collaboratif

L'Empreinte, la bibliothèque numérique des médiathèques de Valence Romans Agglo, est le premier portail patrimonial en France à avoir été conçu dans une démarche d'expérience usager.

Vue avant/après des lieux référencés. - Photo DR

Le jury a été unanimement conquis par l'Empreinte, la bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Valence Romans Agglo. Ce portail patrimonial, constitué à partir de 4 000 documents numérisés issus des collections de la médiathèque de Valence, dont plus de 3 300 cartes postales, est le premier en France à avoir été conçu dans une démarche d'expérience usager.

L'enjeu : concevoir un portail suscitant la curiosité et facilitant la rencontre entre les documents et les internautes, qu'il s'agisse de chercheurs, d'amateurs éclairés ou du grand public. L'équipe a fait appel au prestataire toulousain Minuit moins une, spécialiste du web design et du design Expérience Utilisateur pour mener cette démarche basée sur une série d'entretiens avec une dizaine d'usagers potentiels - chercheurs, membres de société savantes, amateurs éclairés ainsi que des habitants non utilisateurs des bibliothèques et éloignés du monde patrimonial. Les informations collectées ont permis d'élaborer des profils type d'utilisateurs et ont guidé la réalisation du portail dont les fonctionnalités, l'ergonomie, la terminologie ont été testées avec les utilisateurs ciblés, puis améliorées en fonction de leurs appréciations. Le commentaire d'un utilisateur, « j'ai parfois du mal à imaginer le passé en regardant le paysage actuel » a ainsi conduit à intégrer la géolocalisation des documents, permettant de comparer les paysages anciens à ceux d'aujourd'hui. Le document numérisé est affiché en grand format et non dans une vignette en marge des informations de description, comme c'est le cas généralement, pour répondre au désir exprimé par des usagers d'avoir, à distance, un accès au document le plus proche possible de ce qu'il est sur place.

Consultation à la médiathèque. - Photo DR

« Une démarche expérience usager conduit à une réactivité accrue aux besoins des utilisateurs, met l'accent sur l'efficacité du service, crée un lien social plus fort renforçant la compréhension de l'utilité de la bibliothèque », témoigne l'équipe des médiathèques de Valence. Le résultat est à la fois très réussi esthétiquement et très fonctionnel. 

La page d'accueil de la bibliothèque numérique L'Empreinte. - Photo DR

La médiathèque publique de Valence

L'établissement : la médiathèque publique de Valence fait partie du réseau des médiathèques Valence Romans agglo qui regroupe 8 communes et 14 établissements.

Le plan de numérisation : 206 imprimés du XIXe siècle, 5 manuscrits du XVe siècle, 3 367 cartes postales, 564 photographies anciennes.

Les thématiques : Valence à la fin du XIXe siècle, Représentation du territoire drômois, les trésors patrimoniaux, manuscrits et incunables.

L'avis du jury

Michèle Fitamant, directrice de la Bibliothèque départementale du Finistère. « Ce qui m'a plu dans ce portail patrimonial, c'est qu'il ait été conçu dans une démarche participative avec des groupes de travail rassemblant des chercheurs, des amateurs éclairés et le grand public. C'est rare que ces publics très différents se retrouvent ensemble. Cette hétérogénéité du groupe d'expérimentation est une vraie rareté. Le portail permet aux habitants de se réapproprier le patrimoine. Il fait appel à la fois à des connaissances très grand public et à une expertise scientifique, et tout cela se côtoie de façon tout à fait ergonomique et harmonieuse, c'est très intéressant ».

Digne-les-Bains : le numérique à visage humain

Sur un territoire rural et montagneux, le réseau de lecture publique de Provence Alpes Agglomération a développé un ambitieux programme de médiation autour du numérique en favorisant les outils libres et collaboratifs.

Fabrication d'un juke-box numérique avec un makey makey et le logiciel Scratch. - Photo DR

Entraîné par la médiathèque François Mitterrand de Digne-les-Bains, qui a pris le virage des logiciels libres en 2015, les bibliothèques de Provence Alpes Agglomération œuvrent à développer un réseau de lecture publique connecté. Le jury a tenu à saluer cet effort important, fortement soutenu par la collectivité territoriale, mené sur un périmètre aux contraintes particulières. Sur ce territoire rural et montagneux de 46 communes et 47 278 habitants, mal pourvu en transports en commun et où il faut une heure et demie pour parcourir en voiture les 90 kilomètres qui séparent le nord et le sud, mettre en place un programme de démocratisation des outils numériques pour tous les publics répond à des enjeux forts.

Atelier Cartes sensibles. - Photo DR

L'équipe a pour ambition de promouvoir une approche éthique de l'innovation numérique en favorisant l'accompagnement aux usages dans la durée et en collaboration avec tous les acteurs culturels locaux. L'objectif est d'accompagner au quotidien les publics dans l'évolution numérique de la société et de développer des services répondant à des thématiques qui les touchent particulièrement, telles que le tourisme thermal, l'agriculture en zone de moyenne montagne, la protection de l'environnement et l'aménagement des rivières.

L'équipe de la médiathèque. - Photo DR

Le programme implique activement les usagers. Plusieurs lycées, notamment, contribueront aux projets d'innovation numérique de la médiathèque. Les ateliers Cartes sensibles proposent aux participants de réaliser leurs itinéraires de randonnée avec des logiciels libres et collaboratifs, de recenser les meilleurs restaurants de leur commune ou encore de cartographier les arbres dignois.

En mai dernier, les bibliothèques se sont associées au grand concours de photos libres Wiki Loves Earth. Cette opération vise à encourager la valorisation des zones naturelles protégées. Pour participer à ce concours, qui concerne 377 zones en France, les candidats étaient invités à envoyer leurs photos prises dans les espaces naturels locaux. Une sélection de ces photos sera exposée dans le réseau des bibliothèques cet automne. 

L'avis du jury

Véronique Heurtematte chef de la rubrique Bibliothèque de Livres Hebdo. « Le travail accompli par la médiathèque de Digne-les-Bains, qui bénéficie à l'ensemble du réseau de lecture publique, est exemplaire par la cohérence du programme, son inscription dans les problématiques locales et par la philosophie véhiculée, en particulier par le choix des logiciels et des outils libres. Les actions proposées touchent à la fois au quotidien, comme avec l'atelier offrant de cartographier ses itinéraires de randonnées, et à l'éducation numérique dans un cadre plus large avec des séances de sensibilisation à la protection des données privées ».

La médiathèque François Mitterrand de Digne-les-Bains

Le territoire : Alpes Provence Agglomération, soit 46 communes et 47 278 habitants.

Le réseau : 6 bibliothèques. La médiathèque de Digne, ouverte en 2006, dispose de 1 995 m2.

Les usagers : 5 461 inscrits à Digne pour 17 060 habitants. 21 645 visites virtuelles sur le portail de la bibliothèque, 46 320 visites virtuelles sur le portail Gassendi qui rassemble les œuvres de Pierre Gassendi et les ouvrages d'étude sur lui.

Le numérique : une table numérique tactile, des tablettes, des ordinateurs portables, 300 ressources en ligne.

Les moyens : 22 030 euros investis en 2019, 2 personnes mobilisées à temps plein à l'espace multimédia.

Cœur d'Essonne : terre de science

Le programme d'animation scientifique des médiathèques du réseau Cœur d'Essonne Agglomération s'inscrit dans une stratégie déployée sur l'ensemble du territoire, identifié comme « territoire de science ».

L'exposition Biodivercitez. - Photo DR

Le réseau des média-thèques de Cœur d'Essonne Agglomération élabore depuis 2018 un important programme autour de la culture scientifique, en particulier à l'occasion de la Fête de la science. Cette démarche s'inscrit dans une stratégie globale du territoire pour la promotion de ce domaine de la connaissance. L'agglomération, qui regroupe 21 communes et 203 000 habitants, étant lauréate pour l'appel à projet national Territoire Innovant Grande Ambition avec son initiative Sésame qui vise à promouvoir l'agriculture biologique, les médiathèques organisent depuis deux ans leurs actions autour de la botanique et des grandes problématiques environnementales.

La grainothèque de la médiathèque de Longpont. - Photo DR

En 2018, 35 événements ont été proposés aux habitants - conférences, expositions, spectacles, ateliers d''expérimentation et visites. La programmation mélange intentionnellement les acteurs scientifiques, les acteurs associatifs ou privés locaux et les artistes. Le temps fort du programme a été la création dans 12 médiathèques d'un réseau de grainothèques mis en place en partenariat avec l'Espace de dynamique d'insertion Repères. Baptisée « Ramène ta graine », l'opération invitait les habitants à déposer des graines ou même des semis ou des plants issus de leurs jardins à leur bibliothèque et de repartir avec ceux choisis parmi ceux déposés par les autres contributeurs.

« Pour les habitants de Cœur d'Essonne Agglomération, c'est l'occasion de découvrir le rayon botanique de leurs bibliothèques et de faire le plein de conseils et d'astuces de jardinage », explique l'équipe des médiathèques. Complémentaire du premier, le programme « Cœur d'Essonne ramène sa science » proposait dans le même temps de découvrir le monde de la botanique au fil de trois parcours thématiques offrant des rendez-vous ludiques et pédagogiques pour comprendre et expérimenter la vie des plantes : « Là où elle prend racine », « De la graine à la plante et ainsi de suite », « Quand la plante se transforme ». 

L'avis du jury

Véronique Heurtematte, chef de la rubrique Bibliothèque de Livres Hebdo. « L'important programme développé par les médiathèques du réseau Cœur d'Essonne autour de la diffusion scientifique est particulièrement intéressant parce qu'il correspond à des orientations politiques fortes de leur collectivité territoriale. On sent également que le travail et l'élaboration des actions, en particulier la mise en place des grainothèques dans tous les établissements, est très fédérateur pour le réseau des médiathèques qui s'est récemment étendu et compte désormais 14 médiathèques et 8 bibliothèques. Forger une culture professionnelle commune au sein des entités administratives élargies qui se créent aujourd'hui est toujours un défi. Le travail autour de la culture scientifique constitue une excellente réponse pour les bibliothèques comme pour les habitants du territoire ».

Le réseau Cœur d'Essonne Agglomération

Le réseau : 14 médiathèques communautaires de Cœur d'Essonne et 8 bibliothèques municipales accessibles avec une carte de lecteur unique.

Les collections : 560 000 documents tous supports confondus.

Conditions : l'inscription gratuite pour les habitants du territoire comme pour les personnes extérieures donne droit à emprunter jusqu'à 30 documents pour 4 semaines. Les usagers peuvent notamment emprunter une liseuse, un instrument de musique, un jeu vidéo.

Bordères : comme une place de village

La Ludo-médiathèque de Bordères et Lamensans constitue le cœur battant de cette petite commune des Landes de 350 habitants. Plus que des services, elle propose un état d'esprit, fondé sur la notion de bien commun.

Tout public. - Photo DR

Ouverte en 2014 dans une petite commune des Landes de 351 habitants dépourvue de tout service, la Ludo-médiathèque de Bordères et Lamensans est la quintessence de la bibliothèque 3e lieu, espace de rencontre convivial, ouvert, facile d'accès et d'utilisation, où l'on se retrouve comme sur la place du village. Disposant d'une très grande surface compte tenu de la population desservie, le bâtiment lui-même, avec ses grandes ouvertures sur le parc arboré extérieur, est une invitation à entrer. Plus qu'une série de services, les deux bibliothécaires, Lucie et Claire, proposent un état d'esprit reposant sur la volonté de créer un lieu commun. Une banque d'accueil de dimension réduite, une signalétique claire, du mobilier confortable, tout est fait pour que le visiteur se sente bien.

Les deux bibliothécaires. - Photo DR

Les trouvailles et initiatives originales fourmillent. Ici, on peut emprunter des livres, des disques, des DVD, mais également des jeux, des jouets, des jeux vidéo ainsi que tout un ensemble d'objets insolites tel que des cartes de circuits de randonnée, des consoles de jeux rétros, un lecteur de disques vinyles et même un château gonflable ! Partant du constat qu'un emprunt sur deux est motivé par la couverture du livre, des tiroirs coulissants et des étagères permettent de présenter les documents de face.

La petite maison dans la bibliothèque. - Photo DR

Dans le coin enfant, et depuis peu dans le coin adulte, des maisonnettes, dont le décor change tous les quatre mois, rendent le lieu vivant et renouvellent l'intérêt des visiteurs. A l'extérieur, une « cabane à dons » permet aux habitants de déposer des objets en bon état que d'autres pourront récupérer gracieusement.

Accueil des publics empêchés, programme autour du numérique, espace ado : la Ludo-médiathèque est sur tous les fronts. A noter également, les horaires d'ouverture très larges pour une équipe de deux personnes et une si petite commune : 24 heures par semaine, dont le dimanche après-midi de novembre à mars. 

La Ludo-médiathèque de Bordères et Lamensans

Le lieu : Bordères et Lamensans, commune des Landes. 351 habitants.

L'établissement : la Ludo-médiathèque, ouverte en 2014, occupe 250 m2 dans le centre. Elle est ouverte 24 heures par semaine, dont le dimanche après-midi de novembre à mars. Deux salariées à temps plein.

Les collections : 5 460 livres, 13 titres de revues, 700 CD, 210 DVD, 425 jeux et jouets.

Fréquentation : 357 emprunteurs actifs, 732 adhérents.

L'avis du jury

Claude Poissenot, sociologue, Maître de conférences à l'Université de Lorraine. « Voici une bibliothèque modèle ! Une bibliothèque soutenue matériellement par sa collectivité avec deux salariés à temps plein, une surface de 250 m², 16 € de dépenses d'acquisition par habitant pour une commune de 350 habitants. Ce gros investissement est mis en œuvre par deux employées curieuses, dynamiques et accueillantes et qui savent sentir ce dont les différentes catégories de publics ont besoin (offrir du café, proposer des lunettes, initier des jeux, etc.). Le résultat est alors à la hauteur : plus de 100 % d'inscrits, 20 visites par an et par habitant et une population ravie de se retrouver à la bibliothèque. »

Timisoara : la culture XXL

Le festival pour enfant la Maison des lutins, créé par la médiathèque de l'Institut français de Timisoara, en Roumanie, repose sur de nombreux partenariats fédérés par le biais de la carte Cultura plus.

La Maison des lutins propose près d'une centaine de spectacles et d'ateliers à l'institut français pendant un week-end. - Photo DR/COPIE D'ÉCRAN

Créé en 2011 par la médiathèque de l'Institut français de Timisoara, en Roumanie, le festival pour enfant la Maison des lutins touche désormais chaque mois de mai près de 2 000 enfants. Dans un contexte de diminution drastique des moyens attribués aux instituts français à l'étranger, cette initiative repose sur un montage économique original. Plus de quarante structures culturelles, éducatives, sportives ou commerciales (théâtre, écoles de danse, clubs de sport, cafés) sont partenaires de l'événement par le biais de la carte Cultura plus. Vendue aux utilisateurs l'équivalent de 15 euros (12 euros pour le tarif réduit), cette carte donne accès à la bibliothèque de l'institut, mais offre également des réductions chez l'ensemble des partenaires, allant de 10 à 50 %, ainsi que l'accès au festival.

La médiathèque de l'Institut français à Timisoara. - Photo CLAUDIA TANASESCU

Les partenaires sont invités à promouvoir leurs activités pendant la Maison des lutins, qui propose près d'une centaine de spectacles et d'ateliers à l'institut français pendant un week-end. L'institut joue le rôle de fédérateur pendant cet événement et assure la promotion de ses propres activités (ateliers de la médiathèque, cours de français pour les enfants, activités culturelles). Grâce aux recettes générées par la vente de la carte Cultura plus, l'institut a pu renforcer l'aspect festif de l'événement en invitant des artistes français - musiciens, auteurs, illustrateurs -, tout en restant au plus près de ses missions de promotion de la langue et de la culture française.

Le festival la Maison des lutins touche près de 2 000 enfants chaque mois de mai. - Photo DR/COPIE D'ÉCRAN

Après huit ans d'existence, le festival est l'un des temps forts de la ville. Au point que plusieurs sponsors soutiennent désormais la manifestation, parmi lesquels Decathlon, Smartwood, Helpline, pour un montant supérieur à 10 000 euros, ce qui a permis à l'institut d'améliorer l'organisation, la décoration, la logistique. « La Maison des lutins est le point d'orgue d'une politique en direction des plus jeunes, qui permet de présenter la médiathèque comme un lieu vivant et convivial », revendique l'équipe dans sa lettre de candidature. 

Médiathèque André François de l'Institut français de Roumanie à Timisoara

Les chiffres clés : créée en 1991, la médiathèque dispose de 154 m2 en centre-ville. Elle compte 1 085 inscrits, propose 12 307 documents et est ouverte 36,5 heures par semaine.

L'initiative : créé en 2011, le festival pour enfants la Maison des lutins rassemble désormais près de 2 000 jeunes au mois de mai et fédère une quarantaine de partenaires via la carte Cultura plus.

L'avis du jury

Frédéric Lavabre, directeur des éditions Sarbacane. « Je trouve très intéressant symboliquement de saluer le travail de la médiathèque de l'Institut français de Roumanie, pays avec lequel la France a historiquement un lien très fort. En tant qu'éditeur, je sais ce que c'est que d'œuvrer pour la diffusion de la culture. Dans ce pays qui a peu de moyens, c'est extraordinaire de voir l'effort consenti par des habitants qui acceptent de débourser 15 euros pour la carte Cultura plus qui leur donne accès à un ensemble d'événements et de ressources culturels. Le partenariat avec 40 acteurs de la vie locale crée un cercle vertueux. La médiathèque lance ainsi des passerelles entre la culture française et les habitants et met en lumière l'édition française, ce qui est très précieux pour nous, éditeurs ».

Wamabi : L'antimanuel de la lecture publique

Pour le 10e anniversaire du Grand Prix Livres Hebdo, son jury a attribué, sous la forme d'un « antiprix », un coup de cœur à un objet insolite et poétique qui soulève des questions de fond sur le métier de bibliothécaire.

Dessin issu de l'Antimanuel de la lecture publique. - Photo DR

S'il en a d'abord dérouté certains, L'antimanuel de la lecture publique de Wamabi, le réseau des bibliothèques de Waimes et Malmedy, en Wallonie (Belgique), a soulevé l'enthousiasme de la plupart des jurés du Grand Prix Livres Hebdo des bibliothèques, qui n'ont eu aucun mal à rallier les hésitants.

Objet insolite et hors norme, poétique, barré et néanmoins très rigoureux dans son analyse de la réalité des bibliothèques aujourd'hui et des métiers qui s'y exercent, cet antimanuel, qui présente un réel intérêt pour les professionnels, méritait une distinction à la hauteur de son originalité. Ce serait donc, sur la proposition de Michèle Fitamant, l'« antiprix » du 10e anniversaire.

Cet antimanuel constitue l'évaluation quinquennale du plan de développement de la lecture de Wamabi, que son équipe a décidé de faire sur un ton décalé, en s'adressant pour cela aux instigateurs de Papier machine, revue transdisciplinaire dont chaque numéro se construit à partir d'un mot. Début 2019, Papier machine est missionnée pour faire une évaluation sérieuse mais décalée, portant un regard curieux et attentif sur le quotidien des trois bibliothèques du réseau et des personnes qui y vivent.

Pendant douze jours, les enquêteurs lisent des bilans, mènent des ateliers d'écriture et des interviews, proposent aux bibliothécaires un questionnaire à choix multiples avec des questions telles que « Si demain, la bibliothèque brûle, quel est votre premier réflexe ? A. courir dans tous les sens, les bras en l'air ; B. ramasser le livre que vous lisiez sous le comptoir et filer à l'anglaise ; C. en profiter pour balancer au feu toute la biblio de cet auteur à succès que vous détestez tant ; D. vous précipiter pour sauver le fonds de la bibliothèque : E. jeter un maximum de vieilles encyclopédies par les fenêtres pour amortir votre chute ». L'antimanuel a été imprimé en Riso et relié chez Poésie Pur Porc en 30 exemplaires. 

Un extrait de l'antimanuel

Agitation. n.f. Petit animal docile et tentaculaire répandu dans les plaines de Wamabi. À mi-chemin entre l'abeille et le lapin, l'agitation butine sur tous les fronts, fertilise les esprits critiques du territoire de Waimes-Malmedy, fricotant avec tous les partenaires possibles croyant dur comme fer pouvoir rendre ainsi le monde meilleur et les gens plus heureux. Ainsi, on observa ces dernières années une forte augmentation du fruit de ces rencontres sous forme d'une croissance notoire du nombre d'activités menées à Wamabi. Les travailleur·se·s de la bibliothèque elleux-mêmes reconnaissent quelquefois perdre le contrôle des populations et ne pas pouvoir garantir à 100 % les campagnes de vaccination anti-occupationnel. Si vous vous demandez à quoi ressemblent les rejetons issus de ces drôles d'unions, allez à gratounette. Si vous détestez les métaphores animalières, rendez-vous à taxidermie.

L'avis du jury

Claude Poissenot. « Depuis 10 ans, le Grand Prix Livres Hebdo décerne des prix pour reconnaître l'action méritée des bibliothèques à destination des publics qu'elles desservent. Mais qu'est-ce donc que la lecture publique aujourd'hui et comment a-t-elle évolué depuis sa première édition ? C'est à cette question que les bibliothécaires de Waimes-Malmedy devaient répondre pour évaluer leur plan quinquennal de développement de la lecture publique.

On pourrait répondre à la question en cherchant à caractériser des évolutions (place grandissante des usagers et de l'espace au détriment des principes abstraits et des collections). Mais cette approche n'est pas la seule. Et c'est ce à quoi nous invite l'anti-manuel de lecture publique rédigé par un rassemblement de personnes en lien avec les bibliothèques (usagers, bibliothécaires, instigateurs d'une revue). Loin du délire d'un petit cercle, ce texte créatif et poétique nous invite à « grimper, voir autrement que dans le flou du quotidien et essayer de dessiner des chemins de traverse pour échapper aux autoroutes de l'évaluation ». Mettre de la poésie et de l'invention dans l'évaluation des politiques publiques, voilà un geste qui nous ouvre des horizons et qui offre un air rafraîchissant et vivifiant ! L'article « confusianisme » offre ainsi une belle réflexion sur la manière de combiner des fonctions extrêmement diverses : le « Confusianisme » puise sa source approximative dans l'application systématique du et/ou. Ce regard décalé sur la bibliothèque offre une richesse qu'il fallait reconnaître certainement, pas par un prix mais par un « antiprix », selon le bon mot trouvé par Michèle Fitamant, et c'était un bon clin d'œil pour le 10e anniversaire de notre Grand Prix ».

Quatre bonnes idées

« Rock'biblio » à Rock en Seine. - Photo DR

Dans les dossiers, tous de grande qualité, soumis au jury du Grand Prix, Livres Hebdo a repéré et décidé de mettre en lumière quatre initiatives  remarquables.

« Rock'biblio » à Saint-Cloud

Partenaire du festival Rock en Seine, la ville de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) y a imaginé un espace de détente, d'échange et de lecture animé, entre autres, par des bibliothécaires. Il est constitué de lots de livres en lien avec la musique ainsi que d'une bibliothèque de livres de poche fonctionnant sur le mode participatif. Cette initiative est l'une de celles qui permettent aux bibliothèques de Saint-Cloud de recycler les dons qu'elles reçoivent en créant de nouvelles formes de bibliothèques.

Mutualisation à Bassens

La médiathèque municipale de Bassens (Savoie) a opéré une mutualisation avec la bibliothèque des loisirs du Centre hospitalier de la Savoie, créant une synergie entre les deux structures et élargissant l'offre de lecture publique auprès des publics empêchés, favorisant l'intégration d'un lieu de soin dans la vie de la cité.

Mariages à Valenciennes

Durant les matchs de la Coupe du monde féminine de football, à Valenciennes, la bibliothèque Simone Veil, rouverte en avril 2019 après d'importants travaux, a pris le relais de la mairie pour abriter les cérémonies d'Etat-civil, mariages et baptêmes républicains, offrant une carte d'adhérent aux bébés. La bibliothèque multiplie par ailleurs les attentions envers ses usagers : paniers à roulettes pour transporter plus facilement ses emprunts, lunettes de lecture en prêt, peluches pour les enfants, coloriages et jeux à partager en famille.

Malles thématiques à Angoulême

Bien qu'établissement à caractère privé au sein d'un Etablissement public de coopération culturelle, la Bibliothèque de la Cité internationale de la Bande dessinée et de l'Image fonctionne en réseau avec les médiathèques du Grand Angoulême et avec le réseau des bibliothèques du département de la Charente. Elle propose un ensemble d'outils pédagogiques pour diffuser le plus largement la culture de la bande dessinée auprès du grand public et des professionnels de la lecture : prêt de malles thématiques rassemblant 80 documents, constitution de bibliographies sélectives, cours de bande dessinée avec des auteurs locaux, création de pochettes-surprises contenant des lots de documents à emprunter à l'aveugle.


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