Cette année-là ! Antoine Compagnon a relancé la mode du millésime en histoire avec son 1966, année mirifique (Gallimard, 2026), dont il a fait un succès avec plus de 18 000 exemplaires NielsenIQ. Le journaliste Frédéric Granier lui emboîte le pas avec 1967, l'âge d'or de la pop. Son but n'est pas de nous révéler en quoi 1967 est la matrice de tout ce qui va suivre. Le propos est plus modeste. Il se concentre sur cette vague musicale pour comprendre une époque, comme il l'avait brillamment fait dans sa biographie des Beatles (Perrin, 2020, 4 400 exemplaires NielsenIQ).
De cette année 1967 ne sont donc pas évoqués le naufrage du pétrolier -Torrey Canyon sur les côtes bretonnes, la demande des étudiants de la mixité des locaux à la résidence universitaire de Nanterre, la guerre des Six Jours, la révolution culturelle en Chine, le « Vive le Québec libre ! » du général de Gaulle ou la parution de La société du spectacle de Guy Debord. Seule la guerre du Vietnam s'inscrit en filigrane de cette chronique. En revanche, vous saurez tout sur l'apothéose des Beatles avec l'album Sgt. Pepper's, leur rivalité avec les Rolling Stones, la noyade des Beach Boys et les prophéties du futur Prix Nobel de littérature Bob Dylan. C'est aussi l'occasion pour le journaliste de rappeler des oubliés comme l'autrice--compositrice-interprète Janis Ian. Ce sont eux les protagonistes de cette histoire musicale si peu française. En France, on traitait par la dérision l'époque psychédélique. On était passé de la pop à la pique musique avec Jacques Dutronc et ses Cactus, le tube de l'année 1967.
L'ouvrage s'articule avec malice autour de l'émission Inside Pop présentée par Leonard Bernstein, diffusée sur CBS le 25 avril 1967. Le compositeur et chef d'orchestre fait ainsi entrer la pop par la grande porte. « Je pense que cette musique a quelque chose de terriblement important à nous dire », affirme-t-il. Elle nous raconte en effet l'apparition d'une nouvelle identité collective, les jeunes, et d'une nouvelle culture avec le marché qui va avec, d'où la création du magazine Rolling Stone. La pop s'impose comme un langage contestataire mais aussi comme une sorte de volapük standardisé. Elle participe, en ce sens, à la domination culturelle, notamment via l'anglais qui s'impose comme la langue des idées jeunes.
Pourquoi lire un tel ouvrage ? Par nostalgie ? Peut-être, un peu. Mais les boomers ne sont pas les seuls visés. Il y a dans cette démarche quelque chose de plus intéressant. La musique n'est pas là que pour nous distraire. Elle dit quelque chose de nous. Elle nous photographie, nous harmonise. Ces couplets parfois ringards nous renseignent souvent bien mieux que d'autres documents sur ce que nous étions, sur ce dont nous rêvions. La discographie-commentée et proposée en fin d'ouvrage n'est pas là non plus pour reconstituer sa discothèque idéale. Il s'agit de se rappeler les désirs d'alors. Et pour les plus jeunes de comprendre l'émergence d'une musique écoutée sans casque, sans écouteurs, à la radio ou sur des vinyles. Le Moyen Âge, quoi... Avec un Jimi Hendrix qui brûle sa guitare au bûcher des vanités. De quoi enflammer 1968...
1967, l’âge d’or de la pop
Perrin
Tirage: 2 200 ex.
Prix: 23 € ; 368 p.
ISBN: 9782262105952
