Avant-critique Roman

Fumiko Hayashi, "Vagabonde" (Vendémiaire) : Univers précaire

Fumiko Hayashi, "Vagabonde" (Vendémiaire) : Univers précaire

Hayashi Fumiko - Photo © Vendémiaire/DR

Fumiko Hayashi, "Vagabonde" (Vendémiaire) : Univers précaire

Dans ce classique de la littérature japonaise traduit pour la première fois en français, Fumiko Hayashi nous invite dans sa lutte quotidienne pour la survie et la poésie.

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Par Kerenn Elkaim,
Créé le 15.09.2022 à 09h00

« Une vie sans repère, être ou ne pas être, deux voies... » possibles pour Fumiko Hayashi (1903-1951), qui a tenté de s'affranchir totalement. Mais la vie a aussi son mot à dire sur nos choix. Ceux de cette autrice, méconnue chez nous, ont été limités en raison de son extrême pauvreté. « Je suis une vagabonde prédestinée, voyageuse prédestinée », comme elle l'écrit dans ce roman autobiographique qui a tant marqué les Japonais. L'esprit avant-gardiste de ce best-seller, aux tonalités étonnantes, tranche avec la pudeur légendaire de la culture nipponne. Fumiko Hayashi a séduit l'éditeur polyglotte René de Ceccatty, qui en signe la traduction et la préface. « Il s'agit d'un roman sous forme de journal ou d'un journal recyclé de fiction », aussi inclassable que l'écrivaine autodidacte de 25 ans à l'époque.

Fumiko Hayashi s'y raconte sans tabous, dévoile tous les aspects de son existence, synonyme d'errance. Elle naît au sein d'une famille fauchée. Lorsque sa mère apprend que son mari a une geisha, elle fuit le foyer en emportant sa fille. Celle-ci quitte l'école à 12 ans pour occuper des petits boulots, comme celui de vendeuse d'éventails. « La vie n'est pas drôle, hein, en ce bas monde. Dès midi aller à l'usine. La vie était âpre. » La précarité lui colle à la peau. La jeune femme part à Tokyo pour améliorer son sort. Quel leurre... « Vers où soufflait le vent de la pauvreté ? Pourquoi devrions-nous continuer indéfiniment à mener cette vie idiote », s'interroge l'héroïne, qui a rejoint la faune nocturne, artistique et marginale. Malgré ses difficultés, elle ne renonce jamais à son indépendance. Cet être libre défie le destin en combattant la faim ou les chagrins d'amour, mais pas ses désirs. « Mon ignoble lubricité, j'étais femme. Je suis submergée de larmes si douloureuses », qu'elle dépose dans son encrier. Hayashi dépeint aussi la réalité des petites gens de son pays dans les années 1920. « La révolution, où trouvera-t-elle moyen d'éclater ? » Elle surgit indéniablement dans son écriture à la « langue particulièrement hybride ». Celle-ci explose dans sa poésie, semée tout au long des pages. La mélancolie y côtoie l'espoir ou les moments de doutes. « J'ai l'impression d'avoir vécu aux limites de mes forces. Un miracle ne va-t-il pas se produire ? »

Fumiko Hayashi
Vagabonde Traduit du japonais par René de Ceccatty
Vendémiaire
Tirage: 2 200 ex.
Prix: 20 € ; 192 p.
ISBN: 9782363583857

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