Tribune

Georges-Marc Habib : "Je réclame le droit d'exercer mon métier de libraire"

Georges-Marc Habib : "Je réclame le droit d'exercer mon métier de libraire"

Georges-Marc Habib - Photo DR.

Georges-Marc Habib : "Je réclame le droit d'exercer mon métier de libraire"

Dans la tribune qu'il a adressée vendredi 17 avril à Livres Hebdo sous le titre « La librairie, le libraire, le livre et la lecture », à propos de la crise sanitaire du Covid-19, le propriétaire des librairies L'Atelier, à Paris (20e), déplore que les libraires n'aient « pas montré au pays lors de cette crise ce que nous devrions être, c’est-à-dire des résistants ».

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Créé le 17.04.2020 à 19h14

« Sous la plume de Frédéric Roussel, le journal Libération du 28 avril 2017 titrait : "lire c'est résister proclament les libraires". Si en 2017, ce point de vue avait le mérite de nous rappeler combien la lecture est essentielle à chacun et chacune d'entre nous depuis sa plus tendre enfance, le contexte actuel n'est-il pas l'exemple même, comme il le fut à des époques sombres et difficiles, de moments de vie qui appellent à la lecture pour entretenir la vitalité de nos esprits, de nos cœurs et plus encore de nos âmes ?

« Le ministre de l'Economie nous a ouvert une porte »

Des commerces sont restés ouverts pour que les gens confinés puissent se nourrir, se soigner, s'adonner à leurs addictions légales (tabac, jeux, alcool) et s'informer. Mais quid du livre et des librairies, alors qu’en tant de crise, la librairie est pour certains comme une pharmacie ? Fiscalement, le livre est pourtant dans la même catégorie que les biens de première nécessité, avec une TVA réduite à 5,5%. Bruno Le Maire a d’ailleurs affirmé, le 19 mars dernier, que le livre est un bien essentiel. En disant cela, le ministre de l’Economie nous a ouvert une porte, proposant d’étudier la réouverture des librairies à la condition qu’elles respectent les règles de sécurité sanitaire et qu’elles ne deviennent pas un lieu de rassemblement. Nous aurions pu réfléchir ensemble aux modalités possibles. Mais le Syndicat de la librairie française a balayé cette proposition d'un revers de main puissant, désapprobateur, virulent, préférant se mobiliser pour que le gouvernement fasse cesser la concurrence déloyale d’Amazon.

Je suis libraire depuis vingt-huit ans, et si je me suis toujours engagé contre Amazon qui ne paye pas ses impôts en France, je ne me suis pas reconnu dans la réaction de mon Syndicat. Il ne s’agit pas ici de rentabilité. Ouvrir nos librairies en faisant respecter les règles de sécurité sanitaires ne nous permettra pas d'assurer le même chiffre d'affaire, c'est évident. Mais je pense à tous ces lecteurs qui sont injustement privés des livres qui les auraient aidés à comprendre, apprendre, réfléchir, s'évader, leur permettant ainsi de transformer ce temps difficile de confinement en une période intense et privilégiée. Si je persiste, malgré les difficultés, dans ce métier de libraire, c’est parce que je sais que les conseils d’un bon ou d'une bonne libraire peuvent changer une vie.

« Continuer à faire vivre le livre papier »

Si lire c’est résister, je ne comprends pas pourquoi nous n’avons pas montré au pays lors de cette crise ce que nous devrions être, c’est-à-dire des résistants. Je ne comprends pas pourquoi, fiers de notre mission, nous n’avons pas tout mis en œuvre pour démontrer à tout le monde que si nous libraires nous nous battons depuis tant d’années, si nous nous réinventons dans notre métier depuis si longtemps, c'est parce que le livre est essentiel à la vie.

Qui sommes-nous pour refuser de faire ce que font tous les commerçants de bouche, ce que font les caissiers et caissières des supermarchés, ce que font les soignants et soignantes ? Je réclame le droit d'exercer mon métier avec énergie, plaisir et enthousiasme, de garder ma place d'acteur culturel dans la cité même en ces temps difficiles, et de continuer à faire vivre le livre papier. »
 

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