Le livre : bien indispensable ? | Livres Hebdo

Du côté des lecteurs ?

Claude Poissenot

Claude Poissenot est sociologue, enseignant-chercheur à l'IUT "Métiers du livre" de Nancy, membre du CREM (Centre de Recherche sur les Médiations - http://crem.univ-lorraine.fr/) à l'Université de Lor raine. Ses travaux portent notamment sur les publics des bibliothèques mais aussi sur la lecture et ses représentations. Depuis plusieurs années, il cherche à mettre les bibliothèques plus en phase avec la population desservie. Il a tissé des pistes dans La nouvelle bibliothèque (Territorial Editions). lire la suite

Il y a 2 mois 19 heures - 10 commentaires Blog

Le livre : bien indispensable ?

La librairie La Procure à Paris - OLIVIER DION

Le confinement n'est pas fini et la position tenable 15 jours ne l'est pas sur 2 mois. La fidélisation est un processus qui se fait et se défait. Comment demander aux clients de rester fidèles aux librairies quand celles-ci sont fermées pour une durée indéterminée au moment même où on a davantage le temps de lire ?

Rarement période n'aura été aussi propice à la lecture ! Quand on les interrogeait en 2019 pour le CNL à propos des raisons pour lesquels ils ne lisaient pas davantage de livres, 72% des Français disaient d'abord qu'ils manquaient de temps.

La lecture indispensable

Toute la population n'est pas au chômage partiel mais cela concerne déjà un salarié sur cinq et la proportion croît à un rythme rapide. Confinée, elle n'a plus l'occasion de se disperser dans des loisirs extérieurs au domicile. Mais surtout la lecture de livres répond à une nécessité dans la vie quotidienne des individus confinés. Nous sommes comme des détenus privés de liberté de mouvement et réduits à un espace restreint. La lecture est un moyen de s'évader, de quitter notre univers clôt pour des espaces et des temps lointains. L'immersion dans le monde du texte nous fait oublier notre enfermement et nos identités réduites. Combien d'individus seuls avec (ou sans) enfants trouvent en ce moment dans les livres un réconfort dans ces autres mondes qui les coupent de leur face-à-face avec elles-mêmes ou leurs enfants ? Mais les livres sont aussi des supports majeurs pour divertir les jeunes enfants et l'offre d'albums existe pour satisfaire ce besoin essentiel. Quand ils sont plus âgés ils demandent un accompagnement scolaire pour lequel les parents seraient bien contents de pouvoir se tourner vers la production parascolaire. Et parce que le plaisir de la cuisine est aussi un qui demeure, les livres de recettes seraient bienvenus. Enfin, dans ce monde qui fait l'expérience d'un arrêt prolongé et inédit, les essais proposent des clés de compréhension de notre époque et de la place que nous pouvons y occuper.

Où sont les libraires ?

Cette liste de l'actualité de la lecture de livres est loin d'être exhaustive mais elle suffit à s'étonner de l'absence des libraires. Comment comprendre ce paradoxe d'une situation qui appelle la demande de livres et l'absence des acteurs d'une grande partie de la chaîne ? Non seulement les librairies sont fermées mais elles n'offrent aucune alternative de livraison. La profession a appliqué de façon stricte le principe de confinement au nom du risque sanitaire. Le ministre de l'Economie (et aussi auteur) a tendu la main à la profession pour envisager une dérogation en jugeant que « la librairie est un commerce de première nécessité » tout en maintenant l'injonction de « conditions sanitaires strictes ». Refusant de la saisir, elle dénonce la possibilité pour Amazon de continuer à poursuivre ses activités. Cet argument omet de prendre en compte le point de vue des lecteurs qui ont envie et besoin de livres. Et ils vont inévitablement être attirés vers cette source et pourraient bien y prendre des habitudes. C'est que le confinement n'est pas fini et la position tenable 15 jours ne l'est pas sur 2 mois. La fidélisation est un processus qui se fait et se défait. Comme pour le couple, il suppose une forme de réciprocité. Comment demander aux clients de rester fidèles aux librairies quand ils sont abandonnés d'elles dans ce moment de besoin intense ?

Garder le lien

Bien sûr il n'est pas possible d'assurer la distanciation sociale dans l'espace étroit des librairies indépendantes. L'heure de la flânerie n'est pas encore revenue, patience... En revanche, derrière leurs rideaux de fers, elles regorgent de trésors qui pourraient satisfaire leurs clients. On peut imaginer des modalités intermédiaires dans lesquels les clients viendraient juste chercher les livres en respectant des mesures de sécurité. Nombreux sont les libraires mettant en ligne leur catalogue et ils pourraient choisir à distance. Et la mutualisation des catalogues qui existe à travers le site librairiesindependantes.com offrirait des possibilités accrues et une concurrence à Amazon. Plutôt que de le mettre en sommeil, ce serait celui de le développer et de lui donner toute la visibilité possible.

Ce moment historique met à l'épreuve les structures du monde passé. Elles ne pourront pas rester inchangées. Le numérique ne pâtit pas (ou bien comme victime de son succès) de cette période. D'ailleurs, les ventes de livres téléchargés explosent. Et nos contemporains trouvent sur Internet informations, divertissements et moyens d'expression par lesquels ils donnent son nouveau visage à notre culture. Comment les libraires et les acteurs de la chaîne du livre tous attachés à cet objet physique et au monde qui l'a porté, peuvent-ils laisser un tel champ libre à ce concurrent ? Le monde du numérique n'en demandait pas tant... A ne pas défendre pratiquement une vision du monde, les clients fidèles pourraient finir par douter de la foi de ceux qui s'en disent porteurs.

 

ex

10 commentaires déjà postés

Ronan - il y a 2 mois à 12 h 36

Bonjour, Je ne connais pas la personne qui a rédigé cet article absolument honteux. Je suis de ces libraires qui n'en glandent apparemment pas une pendant le confinement. Vous êtes complètement taré de dénoncer notre attitude ? Ce n'est donc pas responsable de prendre sur soi, sur l'avenir très incertain de nos entreprises, pour faire tout simplement la chose raisonnable en ce moment : éviter de véhiculer le virus entre nous et les clients, nous et les services postaux, les services postaux et les clients, voulez-vous que je continue encore un peu ? Je ne sais pas dans quel monde merveilleusement mièvre vous pouvez vivre, mais dans le mien il y a des morts et de nombreuses personnes qui vont mourir, et pas un livre, pas un seul, ne justifie que je n'y réfléchisse pas et que je n'agisse pas en conséquence. Quitte à laisser Amazon et d'autres montrer leur grand sens moral. Vous me dégoûtez au plus au point, vous le rédacteur de l'article, et Livre Hebdo qui publie une telle infamie.

Viktoria - il y a 2 mois à 13 h 12

Article honteux et diffamatoire : "Comment demander aux clients de rester fidèles aux librairies quand ils sont abandonnés d'elles dans ce moment de besoin intense ?". Abandonnés ? Nous n'abandonnons pas, nous respectons la loi sur la fermeture des magasins et la vente des produits de première nécessité.

Claude - il y a 2 mois à 15 h 54

Une partie des réactions suscitées par ce débat a trait à la question de la responsabilité par rapport à la propagation du virus. Je salue le civisme des librairies qui ont unanimement suivi la consigne des autorités. Et je réaffirme qu'il n'est pas question de faire des librairies des lieux de regroupement de personnes. En revanche, il me semble que les commerces alimentaires ont adopté des mesures qui suffisent aux autorités et qu'il serait possible de transposer sur l'accès au livre dans le respect strict de mesures de sécurités sanitaires afin de protéger clients et personnels. Après tout, les supermarchés n'ont pas fermé leur rayon livres qui doivent se vider...

Manon - il y a 2 mois à 16 h 50

Je suis bien d'accord. Il ne s'agit pas de mettre qui que ce soit en danger ou de déroger aux règles sanitaires. Mais entre ouvrir normalement et arrêter toute activité il y a sûrement beaucoup de choses à imaginer pour maintenir un service de proximité bien plus sécurisé que les grandes surfaces. Cette crise, qui n'est peut-être qu'une première crise, devrait nous pousser à imaginer des solutions d'urgences qui permettent de continuer à proposer une alternative aux pureplayer et grandes surfaces.

Claire - il y a 2 mois à 16 h 36

Absolument d'accord. Que les libraires définissent leur rôle : ou bien ils sont des commerçants et ils ferment boutique, ou bien ils encouragent un formidable appétit de lecture à un moment où les gens n'ont plus que ça pour ne pas devenir fous.

Damien - il y a 2 mois à 16 h 44

Une insulte aux libraires...

Clarisse - il y a 2 mois à 20 h 06

Bonjour à tous, il est sidérant de lire un tel article en ce moment, qui plus est rédigé par une personne enseignant au sein d’une formation Métiers du livre. Premièrement, les professionnels du livre aimeraient bien que la lecture soit aussi indispensable que ce premier paragraphe veut le faire croire. Si tel était le cas, nos métiers ne seraient pas aussi précaires et nous serions bien plus nombreux à nous y engager. C’est un voeu pieux mais hélas, pour l’heure, cela équivaut à se (nous, vous) raconter des histoires. Le jour où les livres auront autant de succès que Netflix n’est pas encore venu. Concernant l’absence des acteurs de la chaîne, c’est ne pas vouloir voir les efforts faits par nombre d’éditeurs de rendre disponible la lecture numérique gratuite d’une part de leur fonds. Alors même que pour tous les acteurs de la chaîne, le respect civique et humain des injonctions gouvernementales et sanitaires (dont nous pouvons être fiers) implique justement une grande précarité pour certains quant à l’avenir de leurs structures. Je m’étonne du ton accusatoire de ce second paragraphe, et de la menace qui s’en dégage. Personnellement, lorsque les restaurants et les bars ouvriront de nouveau, je me ferai un plaisir d’y retourner et je ne leur préfèrerai pas le pack du supermarché et le McDo du coin, en représailles d’être restés fermés. Le ferez-vous ? Libre à vous ! Il existe en effet des modalités intermédiaires entre la clôture totale et la pleine ouverture habituelle. C’est surtout le cas en province. Mais l’imaginer dans de grandes agglomérations semble illusoire. La livraison aux particuliers, le dépôt des achats aux commerces voisins de bouche restés ouverts (car en effet, se nourrir est indispensable et je doute hélas que s’évader par la lecture l’est tout autant pour la majorité de nos concitoyens - et pour ceux pour lesquels cela s’avère être le cas, ils ont généralement pléthore d’ouvrages non encore lus qui n’attendent que cela) tout cela paraît inimaginable à Paris par exemple : pensez au nombres de librairies qui s’y côtoient et imaginez la tête du boucher ou du boulanger à qui l’on dira « Monsieur Untel, a commandé tel ouvrage dans telle librairie », imaginez la manière dont les achats se feront concrètement … vous y croyez vraiment ? Quant à l’ouverture magasin fermé, je ne la conçois même pas. Le but d’aller en librairie est de pouvoir flâner comme il est dit dans ce scandaleux article et donc pouvoir ouvrir autant d’ouvrages qu’on le souhaite. On ne va pas privatiser au quart d’heure ou à l’heure les boutiques, désinfecter à tout bout de champ des ouvrages souvent fragiles etc Enfin c’est méconnaître les difficultés de ces structures : le chiffre d’affaires réalisé péniblement ne permettra pas aux libraires de s’y retrouver avec les charges - quelles qu’elles soient - qui demeurent à payer, et ce malgré l’aide de l’Etat. Pour finir, comme le rappelle l’article, les ventes de livres téléchargés explosent, comme ce doit également être le cas des vidéos (films, séries ..) en streaming, de l’usage de Netflix, de jeux en ligne etc Malgré ce doux rêve exposé ici, on sait très bien quels sont les concurrents du livre dans notre société moderne, digitale et numérique. On connaît les pratiques et les goûts du plus grand nombre et nous ne les voyons pas en librairie. Je trouve irresponsable et insultant cette manière de présenter les choses et ce pour tous les acteurs de la chaîne des Métiers du livre que l’auteur de ce torchon semble je le rappelle prétendre enseigner. Ce n’est pas rassurant sur le niveau de formation offert, si nous avions encore besoin d’en être convaincus (et je parle en connaissance de cause même si bien sûr il ne faut pas généraliser). Une chose est sûre, je reprends à mon compte la dernière phrase de cet article, en doutant très fortement de la bonne foi de l’auteur quant à l’intérêt et la prétendue préservation de cette vision du monde qui nous importe à tous, acteurs de la chaîne du livre. Le sacrifice est d’autant plus grand et il est absolument honteux de lire une telle chose à l’heure où certains souffrent et où beaucoup voient leur avenir mis en jeu. Bonne soirée et surtout bon courage !

Sophie - il y a 1 mois à 09 h 02

Les livres et les libraires nous sont indispensables ! oui... mais pour cela il faut qu'il soit en bonne santé ! et la priorité aujourd'hui est bien là, la santé de chacun des nous. Nous faisons tous comme si nous n'avions aucun livre chez nous ? mais c'est une vraie folie cette affaire là. Nous, clients fidèles n'avons nous pas des étagères voire des cartons de livres dans nos lieux de confinement, à redécouvrir parfois même à lire car mis de côté pour un autre moment. Les livres ne sont pas des denrées périssables. Qu'on invite chacun à retourner dans ses rayonnages pour retrouver des pépites oubliées ! Nous devons soutenir les libraires par notre éloignement et notre confinement. Le coeur vivant de la librairie est sa capacité à créer de la rencontre ce dont nous sommes actuellement empêchés. Le libraire ne fait pas que vendre, il propose autre chose, plus riche et plus fort. Nous aurons l'impatience de les retrouver quand nous serons en sécurité pour le faire. C'est à chacun de nous, en étant responsable de nos comportements en restant confinés et en relisant des trésors oubliés que nous soutenons les libraires car nous aurons l'impatience le moment venu des les retrouver et de les soutenir en achetant chez eux ! Les libraires changeront, tirerons les enseignements le moment venu, mais là c'est bien à nous, lecteurs, et client de mettre de côté les appels de la vente à distance et de l 'immédiateté de revenir à l'essentiel et de tenir en pensant au modèle de société que nous voudrons demain ! et le jour d'après !

Jean-Baptiste - il y a 1 mois à 09 h 52

Ah Monsieur le sociologue merci. 1000 mercis. Grâce à vous je suis revenu 3 semaines avant, avant ce confinement. Oui vraiment merci, j’ai eu l’impression de boire mon café au zinc du Café du Commerce. Il est incroyable de prendre de tels raccourcis avec une méconnaissance si profonde de la situation. Il est dommageable de ne pas réfléchir de manière plus globale mais de se focaliser hasardeusement sur le seul point des librairies. Je suis étonné Monsieur le sociologue que vous ne parliez pas des médiathèques, ces lieux d’accès à tous à la culture, ces lieux qui présentent l’avantage de pouvoir emprunter des livres, des séries de BD, des magazines pour un coût bien souvent proche de zéro. Pourquoi Monsieur le sociologue vous ne militez pas pour la continuité du service public. Pourquoi Monsieur le sociologue, dans votre analyse si bisounours de la lecture, vous ne mettez pas le gouvernement devant ses responsabilités en imposant la réouverture de ces lieux par du personnel de la fonction publique. Charge bien entendu à ce même Etat via les services compétents en la matière, de les doter de tout le matériel nécessaire à la sécurité de leur personnel et de leurs usagers (car ce sont des usagers et non des lecteurs : intéressant et troublant Monsieur le sociologue). N’est-ce pas là une autre solution pour donner à lire et offrir une alternative aux achats sur Internet, tout en donnant une importance capitale aux médiathèques souvent délaissées par certains publics. Je pourrai vous citer en changeant un mot, celui de « librairies » par « médiathèques ». Voyez-vous votre article est tout autre. Peut-être que certains lecteurs ont un peu de dégoût que leurs contributions annuelles au fonctionnement des collectivités ne soient plus utilisées comme il se doit. Toutefois, pas d’amalgame, je ne prends pas fait et cause pour la réouverture des médiathèques. Je n’ai pas la prétention de savoir, je ne suis que libraire et non sociologue. En effet, Monsieur le sociologue, je ne fous rien, strictement rien. J’attends béatement la faillite de mon commerce de centre-ville, commerce culturel d’échanges. J’attends, après l’épisode des Gilets Jaunes, celui des mouvements sociaux, cette liquidation. Il est marrant que je ne vous ai pas entendu si vertement défendre nos librairies lors de ces événements. Eh bien écoutez Monsieur le sociologue, je vous tends les clés. Je vous laisse vous lever le matin pour faire du « drive », de la livraison à dos de chameau, je vous laisse choper le virus et le faire circuler, je vous laisse poursuivre une activité avec comme seul profit de se voir couler lentement, à petit jet continu dans le radeau. Je vous laisse gagner trois fifrelins qui ne seront que pis-aller. Cela vous fera du bien un peu d’exercice… Quelques médias relaient avec plaisir mais de manière incomplète, une forme de désinformation qui conduit à une conclusion erronée dans l’imaginaire collectif (dangereux procédé…), l’explosion des ventes numériques par exemple, évoquant de 75% à 200% d’augmentation sans donner les chiffres de départ. C’est un peu les estimations d’une manifestation données soit par les organisateurs soit les autorités. Vous pourriez alors noter que de nombreux éditeurs permettent de télécharger gratuitement des titres phare de leur catalogue en format numérique. Rien n’est fait donc… Nous avions pensé également mettre à disposition de nos lecteurs des tables avec des SP (service de presse) devant la librairie afin qu’ils puissent se servir et nourrir ainsi leur impatience de lecteurs. Nous ne l’avons pas fait car nous sommes responsables. L’ordre actuel est au confinement afin d’éviter de voir proliférer ce fichu virus. Il nous est donc apparu inconscient de faire cela, d’inviter nos clients à circuler, à manipuler des ouvrages par d’autres mains tenus. Cohérence de notre responsabilité, Monsieur le sociologue. De plus Monsieur le sociologue, preuve criante de votre manque de crédibilité et de travail autour de votre article, les libraires bossent en ce moment. Ils bossent… Pourquoi ne citez-vous pas toutes les initiatives prises par eux pour maintenir le lien avec leurs fidèles clients, pour conquérir également de nouveaux. Combien de billets quotidiens, de lettres d’informations, combien de lectures en ligne, d’échanges avec eux et avec les auteurs. Combien de soutiens également aux commerces indispensables et de mots de soutien envers eux. Et puis cette solidarité de la profession, pourquoi ne l’évoquez-vous pas ? Voyez, je bosse. Chaque matin le réveil est à 6h00. J’arrive à la librairie vers 07h et travaille jusqu’à 12h. Le travail effectué à la libraire est tout tourné vers la réouverture, vers nos clients. Nous faisons aussi du tri, préparons des cartons de livres pour les donner, des articles de papeterie que nous ne vendons plus pour l’école maternelle locale et d’autres articles pour une association humanitaire. Nous sommes un peu ancrés sur notre territoire… Une réflexion ample sur notre métier, nos aspirations, celles de nos clients. Du rangement, du nettoyage, du classement, du ré-aménagement, des billets d’humeur. Et tout cela Monsieur le sociologue sans savoir si nous tiendrons. Et ensuite Monsieur le sociologue, car vous semblez un peu perdu, nous nous occupons aussi de nos enfants, de notre famille. C’est un temps plein que nous effectuons actuellement. Quatre enfants à qui nous essayons d’insuffler un esprit critique nourri de réflexions, d’Histoire, de savoir-être, afin qu’ils soient capables de devenir des adultes responsables. Responsables. C’est le moment Monsieur le sociologue de prendre sa plume pour défendre un avenir différent que le seul horizon de la vente en ligne et de la livraison. Voyez-vous je suis libraire pour le contact, le plaisir de recevoir et d’échanger avec mes clients, le plaisir de les voir fouiller dans nos 24 000 références et repartir avec leur trésor. Je ne suis pas libraire pour concurrencer ou lutter contre Amazon. Monsieur le Ministre de l’Economie hier, vous aujourd’hui, donniez l’impression que ma profession est responsable de la progression d’Amazon pour ne citer que cette pieuvre. C’est nous donner beaucoup d’importance. Ne croyez-vous pas que le mal est plus profond, plus ample. Personnellement j’ai peur d’un avenir où chaque produit passera par ce géant, où chacun d’entre nous travaillera directement ou indirectement pour lui. Mais cela est un sujet plus vaste et je sens que je vous perds Monsieur le sociologue. Voyez-vous Monsieur le sociologue, je suis heureux d’entendre que le livre est essentiel (toutefois pas vital au sens premier), que les librairies sont essentielles, indispensables. Il est bon de l’entendre aujourd’hui mais il serait bon de le vérifier tout au long de l’année. En effet vous vous permettez ainsi de cracher sur une profession d’humains responsables et profondément conscients, cela rend mon métier encore plus beau. Je ne suis pas un robot. Vous n’êtes pas un algorithme… Notre métier est essentiel, pour le vôtre j’ai des doutes quand je lis cet article, mais voyez-vous je n’irai pas « cracher » sur votre profession pensant seulement que vous êtes un cas isolé ayant un petit besoin de se mettre sous la lumière. Quant à vous Livre Hebdo. Il est trop simple de se camoufler derrière la sacro-sainte liberté d’expression et de rétropédaler ensuite. Bien sûr que nous sommes capables de lire et d’écouter des analyses pertinentes qui seraient contre la librairie indépendante. Elles nous feraient réfléchir et probablement avancer sur notre profession. Toutefois, à l’heure où tout et n’importe quoi se publie, à l’heure où des experts plus ou moins vrais squattent les plateaux télé, il est bon d’avoir un peu d’exigence sur les publications. Cet article est médiocre, très médiocre pour rester poli. Si ce Monsieur le sociologue a de la profondeur de réflexion, une vraie connaissance du terrain, une vraie et forte analyse alors je le lirai avec attention mais peut-être pas avec plaisir…. Mais je ne le lirai pas sur Livre Hebdo car je vais faire des économies car vous comprenez bien que nous, libraires, avons des économies à faire, et que certaines dépenses non essentielles vont être revues à la baisse. Alors fouillons dans nos bibliothèques, placards, greniers, cartons et lisons, découvrons, relisons et donnons-nous rendez-vous prochainement ou un peu plus tard, pour cette vie d’après que j’espère plus responsable, plus apaisée, plus réfléchie, plus agréable pour vous, moi et mes enfants. Plus apaisée sans ces articles qui attisent le feu sans alimenter le débat. Avec des sociologues qui analysent et éclairent le monde de leurs expertises pertinentes nourrissant alors un projet d’une meilleure société. Jean-Baptiste Hamelin – Librairie le Carnet à spirales – 42 190 CHARLIEU

Güler - il y a 1 mois à 22 h 47

Monsieur Poissenot, j'ai lu votre article que j'ai trouvé fort intéressant et votre réponse que je n'ai pas vraiment comprise, si ce n'est que les libraires auraient du déployer des trésors d'imagination pour que vous puissiez continuer de vous approvisionner en livres. Votre article est intéressant dans le sens où il nous éclaire sur le désarroi des classes dominantes face à un bouleversement de leur quotidien. Comment cela se fait-il effectivement que les classes privilégiées, celles qui disposent des moyens financiers et du confort matériel puissent ne plus continuer de vivre comme si de rien était alors que leur réussite même est normalement destinée à les mettre à l'abri d'une vie commune aux petites gens ? Cela me demande un effort intellectuel pour vous comprendre mais je crois que j'y parviens. Normalement, il existe toujours et de tous temps des petites mains et de simples exécutants qui courent de grands risques pour pouvoir nourrir leur famille. Et cela peut-être assez déstabilisant de constater qu'une partie peut refuser au nom d'un intérêt supérieur qui concerne toute la population de pourvoir au bien-être de certaines personnes car finalement elles ne sont pas nombreuses. Vous pouvez en effet déplorer que les libraires, ces petites mains de la culture, ne se résignent pas pour un salaire misérable mais essentiel pour eux et leur famille à agrémenter votre quotidien alors même qu'une épidémie gagne le pays. Vous avez imaginé dans votre article une série de solutions qui auraient pu maintenir l'exercice de la profession. En effet, nous aurions pu prôner la théorie darwinienne de « l'immunisation de masse » (bien évidemment ce n'est pas ce que vous dites, c'est ma conceptualisation assez triviale de vos propositions), celle qui veut que les plus forts survivent, en organisant des livraisons à domicile au profit de personnes souvent âgées. Mais nous avons fait le choix de la sagesse, celle de fermer et de cesser toute activité et visiblement nos lecteurs le comprennent car ils ont conscience de se mettre en danger. Rares sont ceux qui récriminent les libraires. Il me semble par ailleurs que vous ne bénéficier d'aucune qualification pour imaginer l'organisation sur le terrain de moyens en vue de répondre à la demande . En revanche, vous êtes beaucoup plus qualifié que moi pour réfléchir à la raison pour laquelle le livre n'est pas un produit de première nécessité. Pourquoi, en effet, sommes nous des commerces finalement accessoires ? Pourquoi la lecture est finalement une activité pratiquée par une petite frange de la population ? Et cette frange se limite encore à une certaine catégorie socio-professionnelle ? Oui, les livres ne sont pas, quoi qu'on en dise, un produit de première nécessité. Notre vanité en tant que libraire en prend certainement un coup. Ce qui est absolument vital pour tout un chacun et aux quatre coins du globe, c'est de manger, boire, se chauffer, avoir accès à l'eau potable. Et oui, nous en sommes là. Si les magasins alimentaires fermaient, il y aurait des émeutes. Les librairies ont fermé et je n'ai entendu parler d'aucune émeute, d'aucun pillage. Ne nous en déplaise, les métiers aujourd'hui essentiels, sont ceux du corps médical, des caissiers dans les supermarchés, des éboueurs, des livreurs, des électriciens, des agriculteurs, des pêcheurs... Je ne doute pas que vous trouverez quelqu'un, parce que vous en avez les moyens, qui, pour subvenir aux besoins de sa famille, prendra de grands risques pour vous dénicher le livre que vous avez envie de lire pendant votre confinement, parce que ce sera celui-là que vous voudrez lire présentement et pas un de ceux présents dans la pile sur votre table de chevet qui attendent d'être lus depuis longtemps. Votre oisiveté vous pèse, je peux le comprendre d'autant plus si vous n'avez pas d'enfants auxquels il faut faire faire « Ma classe à la maison » du CNED, parce que M. Blanquer, comme l'idéologue que vous êtes, a eu l'idée de « la continuité pédagogique » mais là encore c'est aux sous-fifres qu'il revient de trouver les modalités de son exécution. Ce que je peux vous proposer, car votre sort m'interpelle, c'est de vous inscrire au Renfort civique. Mais là, il faudra aller cueillir des fraises (vous risquez de vous salir les mains), ou de faire les courses pour les personnes âgées (ce peut être humiliant car normalement c'est vous qui trouvez les idées pour leur venir en aide, des idées qui doivent être concrétisées par d'autres). La pyramide des besoins de Maslow, qui a été décriée pendant des décennies, revient à la mode avec cette épidémie et on finit par admettre que les besoins de sécurité et les besoins physiologiques en ce moment sont ceux qu'il faut satisfaire. Et oui, nous, pays développés nous nous retrouvons à ne souhaiter qu'une seule chose : pouvoir manger, boire, se loger et survivre à cette épidémie. Je vous concède que cela peut être très perturbant et cela donnera certainement lieu à de nombreuses réflexions sur notre condition d'être humain. J'attends votre prochain papier sur « La romantisation du confinement », il est inutile de vous dire qu'une banderole il y quelques jours en Espagne affirmait que « la romantisation du confinement est un privilège de classe ». Toutes mes pensées vont vers mes confrères qui ont du fermer la mort dans l'âme car oui, Monsieur, c'est un déchirement de fermer et un choc de prendre conscience de notre inutilité dans les moments de crise. Elles vont aussi vers nos lecteurs qui vivent une période difficile et qui font preuve d'une grande compréhension. Après tout, vous avez raison, en temps normal je n'aurai jamais pris le temps de poster un commentaire, après 10h de travail 6 jours/7 je me serai contentée de pester dans mon coin après avoir lu votre article, mais c'est que je m'ennuie et que j'ai vraiment du temps à perdre.

close

S’abonner à #La Lettre