La Ligue des auteurs professionnels et la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse ont publié ce lundi un communiqué commun pour réagir à la crise qui secoue les éditions Grasset depuis l'éviction de leur P.-D.G. Olivier Nora par le groupe Hachette. Les deux organisations y dénoncent des déséquilibres structurels anciens entre auteurs et groupes éditoriaux, et appellent à la construction d'un véritable statut pour les créateurs et créatrices en France.
Une affaire « révélatrice »
Pour les deux organisations, la crise au sein des éditions Grasset révèle avant tout des fragilités préexistantes. Les auteurs restent juridiquement dépendants de groupes éditoriaux qui détiennent les droits d'exploitation de leurs œuvres pour toute leur vie et soixante-dix ans après leur mort, contre quinze ans maximum en Espagne, expliquent-elles. Elles dénoncent également le détournement du mécanisme de l'à-valoir, initialement conçu comme une avance sur les revenus futurs, qui serait utilisée aujourd'hui pour rémunérer le travail de création lui-même, « une pratique qui n'existait pas, il y a vingt ans, dans la bande dessinée », selon les termes du communiqué, privant ainsi les auteurs de bénéficier du succès de leurs œuvres.
Les chiffres présentés lors des États généraux de la bande dessinée à l'Assemblée nationale en mars dernier illustrent l'ampleur de la situation : 55 % des auteurs professionnels de bande dessinée n'atteignent pas le Smic, 37 % vivent sous le seuil de pauvreté et 89 % se sentent abandonnés par les pouvoirs publics.
Une clause de conscience insuffisante
Fortes de près de 3 000 adhérents pour la Ligue et 1 600 pour la Charte, les deux organisations reconnaissent la légitimité de la revendication d'une clause de conscience, portée notamment par la sénatrice Sylvie Robert et évoquée par le président Emmanuel Macron au Festival du Livre de Paris, elles estiment qu'elle ne saurait suffire. L'absence de conventions collectives et de mécanismes de protection adaptés à l'ensemble des 33 métiers de la création en France constitue, selon elles, le cœur du problème.
Elles invoquent le cas de Jean Zay qui, en 1936, portait l'ambition d'un statut de l'auteur garantissant son indépendance par une limitation dans le temps de la cession des droits. « Dans l'esprit de Jean Zay, il est temps de donner aux créateurs et créatrices de notre pays un véritable statut », concluent-elles. Dans l'immédiat, les deux organisations annoncent leur mobilisation pour accompagner individuellement les auteurs concernés et contribuer, aux côtés de juristes, avocats et parlementaires, à la construction de projets de loi à court et moyen terme.
