Derrière les barreaux. Dans cet ouvrage qui rassemble un certain nombre d'idées développées dans ses précédents titres chez Lux éditions (Pour elles toutes, 2019, 1312 raisons d'abolir la police, 2023, Brique par brique, mur par mur, avec Joël Charbit et Shaïn Morisse, 2024), la sociologue spécialiste du système carcéral et militante abolitionniste Gwenola Ricordeau prend pour point de départ la manière dont l'actualité (mal)traite le sujet de la prison. Ce livre « n'est ni un manifeste ni un manuel pour penser la prison en abolitionniste [...]. Son écriture est néanmoins un geste politique, qui mêle la volonté de contribuer à la bataille idéologique contre la prison et l'espoir de convaincre de la nécessité, sur le champ des idées, d'arracher la prison aux mythes qui légitiment son existence ».
Si la sociologue avait espéré une prise de conscience et des débats quant à la question de la privation de libertés et de l'enfermement lorsque la gestion du Covid obligea une grande partie du globe à vivre l'expérience du confinement, de la surveillance et du contrôle généralisé, elle constate aujourd'hui avec regret que cet épisode et les questions qu'il a soulevées ont bien vite été oubliés. « Depuis 2020, les principales caractéristiques des séquences politiques et médiatiques autour de la prison n'ont pas changé : elles sont relativement courtes, s'inscrivent dans le registre du scandale et mobilisent toujours les mêmes types d'argumentation. » La dernière actualité en date, le séjour en prison de l'ex-président de la République Nicolas Sarkozy, a toutefois suscité une série de critiques du système carcéral : les conditions de détention, son inutilité contre la corruption, l'inconvenance d'enfermer un père de famille de 70 ans, le fait de ne pas considérer que Nicolas Sarkozy n'est pas « uniquement » un délinquant, la stigmatisation que génère un passage en prison... Si l'autrice se dit « sensible » à ces questions - auxquelles les abolitionnistes réfléchissent depuis au moins les années 1970 -, celles-ci lui en inspirent une autre : « Peut-on imaginer les mêmes arguments entendus avec autant de bienveillance si l'accusé avait été un jeune homme racisé issu d'un quartier populaire ? » Or il demeure que la majorité des personnes incarcérées sont, encore aujourd'hui, des hommes racisés. Ce « processus de criminalisation différenciée », issu de l'histoire de l'esclavage et coloniale, montre la façon dont le système pénal et carcéral alimente une idéologie de la punition inefficace ainsi qu'une politique raciste et classiste, au lieu de répondre à une exigence de prévention et de justice sociale. « Tant qu'il y aura des prisons, elles seront encore la meilleure des distractions, car elles laissent en paix tout ce qui nous opprime et elles permettent à la société de désigner ses marginaux, ses indésirables et ses racailles, ceux qu'on peut impunément écraser et mettre au rebut. »
Menant depuis vingt ans des recherches sur l'abolitionnisme carcéral et pénal, Gwenola Ricordeau dénonce un impensé autour de la prison et de son obsolescence dans un texte accessible qui s'adresse au grand public.
Tant qu'il y aura des prisons
le Passager clandestin
Tirage: 0
Prix: 13,00 €
ISBN: 9782369357100
