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Rien que pour sa vie tumultueuse, un véritable roman d'aventures, 'Abd al-Rahmân Ibn Khaldûn (1332-1406) aurait mérité de passer à la postérité. Ce Yéménite, né à Tunis dans une famille de lettrés passée par al-Andalus puis Ceuta, fut ce qu'on pourrait appeler un "intellectuel engagé" dans les conflits nombreux de son monde et de son temps. Il connaîtra Tunis assiégée, sa famille étant décimée dans une épidémie ; le Maroc où il sera prisonnier puis ministre ; l'Algérie, l'Andalousie. Partout il complote, il se met au service de tel ou tel potentat. Il voyage jusqu'au Moyen-Orient. En 1400, il croise même, sous les murs de Damas, Tamerlan venu conquérir la Syrie. Le grand khan mongol veut embaucher le vieux sage. Mais Ibn Khaldûn préfère retourner au Caire, où, devenu juge et enseignant, il terminera son oeuvre et sa vie. Au calme, enfin.
On peut penser que c'est de ses périples, de ses expériences directes sur le terrain qu'Ibn Khaldûn a tiré son approche de l'histoire, sensiblement différente de celle de ses précurseurs, les grands historiens arabes héritiers de Byzance. Pour lui, l'essentiel c'est le vrai (al-haqq), une histoire fondée sur des témoignages immédiats des événements, débarrassée de la mythologie et du poids de la religion. Il a défini sa philosophie dans la Muqaddima, premier volet de son monumental Livre des exemples (publiée dans le tome I de la "Pléiade"). Dans ce second tome, on atteint au coeur de l'oeuvre, avec Histoire des Arabesdu Maghreb et Histoire des Berbères, seconde nation des habitants du Maghreb.
La quête de vérité d'Ibn Khaldûn, qui montre les luttes incessantes, les guerres, les invasions qui secouent le monde islamique au Moyen Age, ne l'empêche pas d'exprimer ses analyses personnelles. Ainsi, il voit comme une catastrophe l'irruption de certaines tribus arabes en Afrique du Nord, bousculant les sociétés berbères pour qui il éprouve une grande admiration. Et il met l'accent sur l'incapacité desdites tribus - qui demeurent la cellule souche du monde musulman - à s'unir, à former des états centralisés, modernes.
Les siècles écoulés lui ont donné raison, tout comme les derniers conflits en date, en Irak, en Syrie, en Libye ou au Liban. Ibn Khaldûn peut être considéré comme un prophète de l'histoire, un précurseur de l'histoire globale, des civilisations et des mentalités. En quelque sorte le Braudel du Moyen Age. Cette édition procurée par Abdesselam Cheddadi lui rend hommage et le rend accessible à l'honnête homme désireux de connaître le passé pour comprendre le présent.
