"Il faut cesser de considérer le roman ado-adulte comme "rien" ” | Livres Hebdo

le 05.01.2018 (mis à jour le 05.01.2018 à 11h55) - 1 commentaire Tribune

"Il faut cesser de considérer le roman ado-adulte comme "rien" ”

Photo OLIVIER DION

Tibo Bérard (1), responsable du secteur Romans aux éditions Sarbacane

"Il n’est pas si loin le temps où, lorsqu’un auteur publié en littérature souhaitait commettre un polar, il devait prendre un pseudonyme. Il devenait alors un autre auteur, tout neuf.

Et puis, à mesure que l’on commençait à admettre qu’un James Ellroy n’est pas moins intéressant qu’un Philip Roth, les frontières sont devenues poreuses. De nos jours, si un ténor du polar produit une œuvre de littérature "blanche", on ne feint plus de croire qu’il n’a rien écrit avant.

Cette mutation fut lente, et elle n’est pas achevée, mais elle est en cours.

C’est une mutation de ce genre qui, selon moi, doit désormais advenir pour les romans dits "jeunes adultes", ou "young adult", ou encore (expression qui a ma préférence, pour les raisons que cette tribune rendra évidentes) "ado-adulte".

Pourquoi ? Parce que ce roman ado-adulte a énormément évolué ces dernières années, au point de devenir un cousin du roman de littérature générale, avec un lectorat composé aussi bien d’adolescents que d’adultes.

En vérité, s’il assume son inscription au sein d’un secteur à part, c’est plutôt parce qu’il se veut porteur d’une énergie différente - revendiquant notamment un goût prononcé pour la narration. A mi-chemin entre le roman de genre et la littérature générale, il ouvre une voie passionnante, moderne, pleine de surprises.

Et de cette voie a surgi toute une génération d’auteurs français, décidés à donner un "coup de jeune" à la littérature ! Or, ces auteurs, parce qu’ils sont talentueux - et que leurs romans se vendent fort bien au sein d’un secteur ado-adulte qui sait tirer son épingle du jeu -, sont parfois repérés et publiés par de grandes maisons d’édition "en adulte"…

Dans la collection "Exprim’", c’est arrivé à plusieurs reprises. Au fond, ces mouvements ne font qu’attester la porosité des frontières entre les secteurs.

Seulement, ces auteurs sont généralement qualifiés par la presse de "primo-romanciers". Comme si ce qu’ils avaient écrit en ado-adulte ne représentait rien.

Ce "rien" me paraît irrespectueux pour les auteurs, les libraires, les éditeurs qui évoluent dans ce secteur ; et il me semble crucial que la presse littéraire, en phase avec son époque, cesse de considérer ce secteur ado-adulte comme "rien"… voire qu’elle commence à s’y intéresser pour de bon ! "

(1) tibo.berard@sarbacane.net

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