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Instagram, les influenceurs et le Livre

Publication du compte Instagram Livraison de mots - Photo FRANÇOIS COUNE

Instagram, les influenceurs et le Livre

Peut-on parler d'influenceurs littéraires quand on évoque les instagrammeurs ? La question reste délicate auprès des concernés entre crédibilité, rémunération et "sacralisation du livre".

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Par Dahlia Girgis,
Créé le 07.06.2021 à 11h35,
Mis à jour le 07.06.2021 à 16h40

Parlez-vous le langage "Bookstagram" ? Plusieurs heures par jour, des professionnels ou de simples amateurs du livre lisent, préparent des posts, publient et entretiennent leur communauté. Cette tendance influe progressivement sur les ventes. Selon l'enquête Livres Hebdo/I+C sur l'impact des médias sur les ventes de livres, derrière la télévision et les web TV, les réseaux sociaux ont progressé de 30 points entre 2018 et 2021 pour atteindre 34%.

"Alors même que Babelio, Booknode, Gleeph ou même Goodreads sont des plateformes dédiées aux lecteurs et leurs lectures, Instagram est plus que cela. C’est un réseau social pratique et ludique, basé sur l’image", explique Christelle Rogues. L’éditrice dans le secteur médical a analysé cette mode dans son article Tasses de café et fleurs séchées. Plongée dans l’univers Bookstagram. Pour elle, un bon compte "stimule, donne envie, séduit et nous aide à sortir de nos goûts établis"

François Coune, alias Livraison de Mots, fait partie de cette génération bien rodée aux codes d’Instagram. Après un travail de fin d’étude sur les youtubeurs littéraires, ses proches le poussent à se créer un compte vidéo. "Je ne me sentais pas capable de faire une chaîne Youtube avec mon accent très marqué et mes tics de langage", répond le Belge. Âgé d’une vingtaine d'années, l'amateur de photographie se tourne alors vers Instagram. La gestion du compte lui prend tout son temps : "Les posts sur des livres se préparent, je ne parle pas d'un simple mascara ou d'un rouge à lèvre."



Instagram ? "The place to be" pour les livres

L’aventure d’Anthony Lachegar, alias serial_lecteur_nyctalope, débute comme celle de François Coune. Cet enseignant en droit est invité par un ami à se créer un bookstagram. "Il m’a poussé à créer un compte, m’affirmant que c’était 'the place to be'", précise-t-il. L'enseignant "se laisse prendre au jeu" et organise des rencontres VLEEL (Varions les editions en live) avec auteurs et éditeurs, pendant le confinement. À la suite du succès de ces rencontres ouvertes à tous, Anthony Lachegar poursuit sa lancée et créé en virtuel le prix VLEEL en janvier 2021. 





La crédibilité des "influenceurs littéraires"

Peut-on vraiment parler "d’influenceur littéraire” ? La question reste délicate auprès des concernés. Jessica Poncin, alias the.eden.of.books, répond franchement : "Je n’aime pas trop le terme influenceur. Je vois ma casquette de bookstagrameuse comme le prolongement de mon rôle de bibliothécaire." Sur son compte, la trentenaire partage à ses 15300 abonnés des chroniques, quiz littéraires ou encore interviews. Pour multiplier les échanges, elle a lancé un annuaire des comptes Instagram regroupant les bibliothécaires francophones.



François Coune, qui assume pleinement son statut d'influenceur, travaille avec des petites et grandes maisons d'édition. "Quand on me propose de faire un post sur un livre que je n’aime pas, je refuse tout simplement", explique-t-il avant d'ajouter : "l’opinion publique pense que l’influenceur parle d’un sujet parce qu’il a été payé et qu’il gagne beaucoup d’argent, mais c’est loin d’être le cas". Son compte, qui est sa première source de revenu, lui rapporte 1200 et 2000 euros net par mois, sans compter les missions liées à ce compte Instagram. Pour Anthony Lachegar, qui pour l'instant organise ses rencontres bénévolement, "il y a une sacralisation du livre".

L'intérêt pour ces comptes ne cessent d'augmenter. Près de 60 millions d'utilisateurs se réunissent aujourd'hui dans le monde sous le hashtag "bookstagram". Les professionnels du secteur évaluant l’intérêt d’Instagram se lancent également sur les réseaux ou font appel aux blogueurs. "Cela permet de renforcer le lien à la marque et de créer un véritable attachement pour des labels jusque-là vus comme très lointains", analyse Christelle Rogues. Mais pour l’éditrice : "il faut qu’il y ait comme un mouvement d’ensemble pour que cela produise vraiment des effets (sur les ventes)."

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