Hubert Haddad nous livre les fruits de son immersion totale dans un Japon hors du temps, empreint de sa culture traditionnelle, mais aussi contemporain. Un roman subtil et mélancolique, Le peintre d'éventail, et pour l'accompagner un recueil de haïkus à la manière des maîtres nippons. Certains ornent les éventails, alors que d'autres constituent des poèmes autonomes, véritables exercices de style qui invitent à la méditation. "Devant une tombe/déchiffrant des inscriptions/un moine souriant."
Le peintre d'éventail, ce pourrait être Matabei, un homme qui a fui Tokyo à la suite d'un accident - >il a causé la mort d'une jeune fille avec sa voiture >-, pour se réfugier sur l'île de Honshu, dans la pension comme à l'écart du monde - >douce illusion >- tenue par Dame Hison, une courtisane "réformée". Laquelle lui voue une passion jalouse, et acceptera, lorsqu'il n'aura plus d'argent pour payer son séjour à vie, de l'héberger moyennant quelques travaux de jardinage. Ce faisant, il fait la connaissance du vieux maître Osaki, un virtuose en matière d'éventails qui lui enseigne son art. A sa mort, Matabei hérite de l'atelier, des éventails achevés et inachevés, qu'il termine avant de créer les siens propres.
Cet art attire ensuite à lui le jeune Xu Hi-han, embauché comme gâte-sauce par Dame Hison, mais qui montre bien vite de belles dispositions. En dépit de sa pauvreté et de ses origines, il obtiendra une bourse et deviendra même un jour maître de conférences à l'université de Tokyo. C'est lui qui reviendra à Atôra, bien après que l'auberge eut été détruite par le tremblement de terre de Kobe et ses habitants tués, recueillir les dernières confidences de Matabei, lequel l'avait à son tour choisi comme disciple. Oubliée, leur rivalité pour l'amour de la belle étudiante Enjo, qui avait provoqué l'ire de Xu et son départ pour Tokyo. Le "jeune macaque » d'autrefois hérite à son tour des fameux éventails.
Ecrit tout en délicatesse, Le peintre d'éventail est un livre à part, nostalgique et grave, mais aussi aérien, baigné de spiritualité. Une "japonerie d'automne » qui aurait enchanté Loti, grand amoureux du pays du Soleil-Levant, où il a vécu. J