Roman

Jean-Christophe Rufin, «La princesse au petit moi» (Flammarion) : Panique au Starkenbach

Jean-Christophe Rufin, «La princesse au petit moi» (Flammarion) : Panique au Starkenbach

Portrait de Jean-Christophe Rufin - Photo © Pascal Ito/Flammarion

Jean-Christophe Rufin, «La princesse au petit moi» (Flammarion) : Panique au Starkenbach

Au fil des épisodes, Aurel Timescu, le héros de Jean-Christophe Rufin, acquiert de plus en plus de densité. Tirage à 110000 exemplaires.

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Par Jean-Claude Perrier,
Créé le 23.04.2021 à 17h59

Paradoxalement, aussi calamiteux diplomate soit-il, le Quai d'Orsay semble ne plus pouvoir se passer d'Aurel Timescu, dont Jean-Christophe Rufin raconte ici le quatrième épisode des aventures chez Flammarion, initiées en 2018 avec Le suspendu de Conakry (repris en Folio en 2019). Ancien consul à l'ambassade de France en Azerbaïdjan (voir Le flambeur de la Caspienne, paru en 2020), Aurel aurait bien aimé savourer un peu de farniente en France, à Montparnasse. Mais, sur la ferme recommandation de son ancien chef à Maputo (voir Les trois femmes du consul, 2019), l'ambassadeur de Neuville qui, cependant, ne l'appréciait guère, le voici expédié en mission officieuse dans la principauté de Starkenbach, à la demande du prince Rupert, français et consort, pour résoudre un problème de la plus haute importance : la princesse Hilda, son épouse, véritable chef de l'État qui règne et même gouverne un peu, a disparu subitement, à la veille d'un sommet très important de la Fondation contre le recrutement des enfants- soldats qu'elle parraine et soutient.

Un projet noble, certes, mais qui ne fait pas l'unanimité dans le petit pays situé au carrefour de l'Europe, une espèce de Monaco germanique. La Première ministre, en particulier, adversaire résolue de la princesse et de ses ambitions, serait-elle mêlée à l'affaire ?

Aurel est donc prié de déployer tous ses talents de limier, d'enquêteur intègre et opiniâtre, infatigable, que rien n'arrête, même si ses méthodes sont pour le moins imprévisibles, afin de retrouver l'illustre disparue. Il accepte, d'autant que le prince lui a promis une substantielle récompense (qu'il recevra, en or massif), un accès illimité à sa réserve de Tokay (avec le piano, la picole est la deuxième passion de notre ami), et qu'il nourrit bientôt pour Shayna Khalifa, la secrétaire de la princesse, une Kurde opposante à Bachar al-Assad réfugiée en Europe, de tendres sentiments. Partagés, même si l'idylle ne se conclut pas comme l'amoureux l'aurait souhaité.

On n'en dira pas plus, pas plus que l'on ne tentera de résumer toutes les péripéties d'une intrigue plus échevelée que jamais, riche en rebondissements farfelus, en personnages ignobles ou attachants, comme Hilda elle-même. Ce qui frappe, dans ce quatrième épisode, c'est qu'Aurel, au fil de ses missions, se montre de plus en plus subtil, qu'il acquiert davantage de densité et de profondeur humaine, ce qui le rend de plus en plus charmant. Un peu comme le Jack Palmer de Pétillon dans ses dernières aventures, L'enquête corse par exemple, il devient moins caricatural et réussit brillamment sa mission.

La princesse au petit moi dévoré, on n'avait qu'un seul regret, l'exotisme des précédents épisodes, notamment celui des pays africains, Guinée et Mozambique, que Jean-Christophe Rufin avait choisis pour y camper son héros. Comme s'il nous avait entendus, le Quai d'Orsay vient de nommer Aurel Timescu agent consulaire à Obock, en république de Djibouti. On se réjouit d'avance de lire ses exploits dans ce nid de barbouzes.

Jean-Christophe Rufin
La princesse au petit moi
Flammarion
Tirage: 110 000 ex.
Prix: 20 € ; 352 p.
ISBN: 9782080238047

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