Raconter les femmes, à corps perdu. Langage cru, souvenirs amers, écriture imagée, Carole Boinet signe un premier roman qui décrit l’expérience d’être femme. Un texte qui met en scène une femme qui se sent tout à coup démunie, qui choisit de quitter Paris et une vie dans laquelle elle s’était peu à peu perdue, pour retrouver l’enthousiasme qui l’a quittée. Celle-ci, née en 1987 à Saint-Brieuc comme l'autrice, fouille dans les souvenirs de la maison de ses grands-parents, en Bretagne.
Les mots durs, douloureux, et les longues phrases qui se noient dans un enchevêtrement de métaphores et d’images déconcertent d'abord. Mais une fois entré dans la danse entre présent, analepses, monologues et souvenirs, le lecteur se trouve pris par un récit au rythme hypnotique qui montre la réalité avec une simplicité déconcertante.
Raconter les femmes
Critique musicale devenue directrice de la rédaction des Inrockuptibles, Carole Boinet « raconte les gens » comme son personnage. Elle met en scène ses questionnements sur le désir féminin, son regard acéré sur la place de l’homme. La protagoniste que l'on suit à la trace ne porte pas de nom et est désignée à la troisième personne. L'enthousiasme n’est pas une histoire isolée, elle se veut celle des femmes, des jeunes femmes, des petites filles, des grands-mères.
Carole Boinet affirme avoir fait des questions de genre son métier et c’est aussi l'une des lignes directrices de ce roman qui s'attache notamment à la grand-mère, femme de la campagne, qui avec son vernis rouge et ses lunettes carrées « riait, pour annuler la pesanteur de ce qu’elle disait ou simplement pour ne pas se mettre la tête dans le four, elle aussi. » Une manière saisissante d'évoquer le poids des traditions, les silences et les non-dits. La place restreinte et étouffante accordée aux femmes de sa génération.
Un questionnement féministe
La protagoniste de Carole Boinet nous entraîne dans ces zones d’ombre. Elle plonge dans son passé et sa violence, la violence des hommes mais aussi la sienne et celle qu'elle s'inflige, consciente de ses propres contradictions. Et son dialogue intérieur entrechoque réflexions et émotions : où commence et ou s’arrête le féminisme ? La haine de soi ? Le désir ?
