6 février > Roman Guatemala

« Quand je l’ai rencontrée, dans un bar écossais, Tamara m’avait dit, après je ne sais combien de bières et presque un paquet de Camel sans filtre, qu’elle aimait qu’on lui morde les tétons, et durement. »

Eduardo Halfon- Photo DR/QUAI VOLTAIRE

Comment peut-on être guatémaltèque et juif à la fois lorsque l’on ne désire rien de plus que l’oubli de toutes les identités ? Comment peut-on se promener en Pologne sur les traces de Frédéric Chopin malgré les injonctions contraires de son grand-père qui avait gardé du pays de mauvais souvenirs et un numéro tatoué sur le bras ? Comment peut-on, quelques années plus tard, se retrouver paumé à Jérusalem pour assister au mariage de sa petite sœur adorée avec un fondamentaliste juif américain et retrouver Tamara sous les traits d’une hôtesse de l’air de la Lufthansa ? Comment vivre en somme lorsque rien n’est fait pour vous faciliter la tâche ?

Telles sont les questions que se pose au fil d’une dérive joliment envapée le narrateur de Monastère, le troisième roman traduit en français d’Eduardo Halfon (il en a déjà écrit dix). Monastère fait mieux que tenir les promesses de La pirouette (Quai Voltaire, 2013). Il les amplifie, leur donne une résonance, les revêt d’un habit d’élégante mélancolie. Il y a du Woody Allen latino chez Halfon, quelque chose aussi de l’humour dévastateur d’un Robert Cohen. Chez lui, les femmes sont fatales, sûrement, mais elles ne sont pas les seules ; la mémoire aussi peut l’être, et les voyages qui ne sont jamais qu’une façon d’exiler gentiment la douceur amère des choses. On ira volontiers se faire voir ailleurs avec Eduardo Halfon.

Olivier Mony

Les dernières
actualités