Edition

« L'affaire Weinstein n'est pas l'an zéro de la révolution féministe de l'édition jeunesse. Parmi les succès les plus récents, Culottées de Pénélope Bague, par exemple, a été initié bien avant », assurait en 2019(1) Thomas Dartige, directeur éditorial Livres documentaires, Univers petite enfance et Nouveaux médias chez Gallimard Jeunesse. À l'image des Culottées, des ouvrages féministes se sont infiltrés dans les programmes avant #MeToo. C'est notamment le cas de plusieurs titres publiés par La Ville brûle. Fondée en 2009 par Marianne Zuzula et Raphaël Tomas, la maison propose un catalogue engagé et dévoué aux faits de société. La Ville brûle a publié dès 2013 On n'est pas des poupées, un manifeste féministe destiné aux enfants de 3 ans et plus, signé par Delphine Beauvois et Claire Cantais, et On n'est pas des super-héros l'année suivante. En 2015, les deux ouvrages ont été réunis sous le titre Ni poupées, ni super-héros. Après avoir publié La ligue des super féministes de Mirion Malle en 2019, la maison proposera le 2 avril Sous nos yeux : petit manifeste pour une révolution du regard d'Iris Brey, autrice du Regard féminin (L'Olivier, 2020), illustré par Mirion Malle.

Si des titres féministes existaient avant 2017, #MeToo a néanmoins eu un effet significatif sur l'offre de documentaires jeunesse consacrés aux femmes : 50 titres ont été publiés en 2020 contre 28 en 2017, soit une hausse de 43 %. L'analyse étendue à la période 2017-2020 montre une augmentation totale de 44 %. Cet essor est très majoritairement porté par les biographies qui représentent 88 % des titres publiés entre 2017 et 2020.

Héroïnes puissantes

Il nous est impossible d'apprécier l'effet #MeToo sur la fiction jeunesse de manière quantitative et qualitative. Laurence Faron, fondatrice de Talents Hauts, observe cependant « plus de concurrence sur les sujets féministes. Ce n'est plus une vague, c'est une vogue ! ». Sans se revendiquer du militantisme féministe, la maison fait « la chasse aux stéréotypes dans les moindres détails » depuis sa création en 2005. Cette ligne résolument engagée a d'abord freiné le développement de la maison. Mais elle a surtout permis aux équipes d'acquérir « un savoir-faire complexe en matière de décryptage des stéréotypes qui reste pionnier et quasiment unique ».

Outre une concurrence croissante, l'édition jeunesse est marquée par l'émergence de plusieurs héroïnes puissantes. Parfois avant #MeToo. C'est par exemple le cas de Mortelle Adèle publiée chez Tourbillon/Bayard Jeunesse dès 2012. Imaginée par Antoine Dole, alias Mr Tan, et illustrée par Miss Prickly puis par Diane Le Feyer, l'héroïne rousse au caractère bien trempé n'hésite pas à jouer avec les clichés sexistes. Véritable phénomène depuis trois ans, la série s'est écoulée à plus de trois millions d'exemplaires. Après des albums hors-série, un magazine à son nom, des jeux de société et un roman, la série se déclinera en série télévisée l'année prochaine.

Si l'offre semble s'intensifier, Fatima Farradji et Marianne Vérité, gérantes de la librairie Au bonheur des dames à Toulouse, constatent une évolution dans la réception de ces personnages féminins. « L'héroïne des Carnets de Cerise plaît beaucoup, et pas qu'aux filles. Nous voyons désormais quelques garçons prendre des livres avec une héroïne en couverture. C'est une super avancée ! »


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