Australie

John Danalis, « L'appel du cacatoès noir » (Marchialy) : La réparation

John Danalis - Photo © MATT OFFICEN

John Danalis, « L'appel du cacatoès noir » (Marchialy) : La réparation

L'auteur et illustrateur australien John Danalis raconte la restitution d'un crâne aborigène qui trône sur l'étagère du salon de ses parents. Tirage à 6000 exemplaires.

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Par Sean J. Rose,
Créé le 08.03.2021 à 16h00,
Mis à jour le 11.03.2021 à 16h40

Avant d'être nommés arts premiers, ils étaient appelés primitifs. « Primitif » n'est bien sûr pas à entendre comme fruste mais comme primordial, « à l'origine ». Ne parle-t-on pas des Primitifs italiens pour désigner Giotto et les maîtres du Trecento ? Mais les Européens ne le voyaient pas de cet œil-là et lesdits indigènes, à savoir nés au sein des terres nouvellement conquises, leur paraissaient plus proches de l'état de nature et de la sauvagerie que de quelconque notion de civilisation. On sait le sort que réservèrent les colons blancs aux autochtones, notamment les Aborigènes d'Australie... Ces derniers furent massacrés et ont vu leur culture méprisée jusqu'à l'oblitération.

Comme ses deux filles sont désormais plus grandes, l'auteur pour la jeunesse et illustrateur originaire du Queensland (au nord-ouest de l'État-continent océanien) John Danalis décide de reprendre les études - double cursus en lettres et sciences de l'éducation, option « Littérature indigène ». Lors d'une séance où tout le monde est censé se livrer sur son expérience de l'altérité, la prof raconte le racisme institutionnel de l'Australie de son enfance. John Danalis corrobore le propos et lâche sur un ton bravache que chez ses parents il y avait même un crâne aborigène sur l'étagère. Il y est toujours d'ailleurs. Quoi ?! On était en 2005 et plus dans les années 1960 ! L'aveu d'appropriation culturelle (autant dire : profanation de tombe) provoque l'émoi du groupe et crée une onde de choc dans l'esprit de celui qui vient de commettre ce lapsus culturae. Du faux pas à la démarche, s'amorce alors un processus de restitution amenant à une vraie rencontre dont son livre, L'appel du cacatoès noir, témoigne avec autant d'autodérision que de candide intérêt.

Fini les théories sur l'Autre mâtinées de culpabilité abstraite. John Danalis a une mission : retourner « Mary » - ainsi avait baptisé le crâne son père, collectionneur de curiosités en tout genre - à la terre de ses ancêtres. En fait, il s'agit de la tête d'un homme mort de la syphilis appartenant au peuple Wamba Wamba. C'est l'exploration d'une Australie méconnue de nombre de citoyens d'origine caucasienne, de la génération du narrateur, des quadragénaires de culture anglo-saxonne. Le crâne est enfin rendu aux siens lors d'un rite au cours duquel John doit arborer une coiffe en plumes de l'animal totem : le cacatoès noir. S'ensuit une sorte de baby blues sous forme de questionnement : à quoi rime cette restitution, si elle n'est qu'un one shot ? Non, le geste ne vaut réparation que s'il se répète à travers tout le pays.

John Danalis
L'appel du cacatoès noir Traduit de l'anglais (Australie) par Nadine Gassie
Marchialy
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 21 € ; 300 p.
ISBN: 9782381340265

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