C’est une règle biologique : plus il y a de diversité, plus une espèce est robuste. Appliquée aux bibliothèques, elle invite à sortir des murs, parfois des frontières d’un État. Pour les journées d’étude de l’Association des bibliothécaires départementaux, organisées du 21 au 23 septembre à Nantes, les professionnels ont planché sur cette forme de coopération particulière. Livres Hebdo en a retenu deux.
S’allier à des centres scientifiques et des bibliothèques européens
C’est le projet TinkerLib auquel a participé la bibliothèque départementale de Seine-et-Marne. Cinq bibliothèques d’autant de pays (Italie, Serbie, Autriche, Pays-Bas et France) forment un duo avec un centre scientifique et se rapprochent d’une communauté d’adultes défavorisés. Pour la France, les détenus de la prison de Melun. Ces derniers construisent des ateliers scientifiques (la réalisation d’un arbre de haïkus et de livres pop-up), dans l’esprit du tinkering, pratique de « bidouillage avec les mains » encouragée par l’Exploratorium, musée scientifique à San Francisco.
Chaque activité est ensuite reproduite et adaptée dans les autres pays, avec lesquels les bibliothécaires communiquent chaque mois pour apprendre des uns des autres.
Difficultés identifiées par la bibliothécaire Karen Letourneau : parler en anglais (sa collègue Marguerite Alves a repris des cours pour l’occasion), monter un appel à projet Erasmus+ dans un temps très court (avec l’aide de l’association Traces qui a porté le projet), et ne pas pouvoir communiquer en photo sur les activités réalisées dans un contexte carcéral.
Une bibliothécaire rurale infiltrée à l’Ifla
Nathalie Gerbault est d’un enthousiasme communicatif. Son secret : se nourrir de rencontres humaines riches et les partager généreusement auprès des bibliothécaires venus écouter sa méthode. Celle-ci consiste à s’engager bénévolement dans des associations internationales. Tout est parti d’une journée d’études organisée à la Bpi avec la présidente de l’Ifla (association internationale des bibliothécaires) d’alors, Barbara Lison. Nathalie Gerbault apprend qu’elle peut participer au Congrès en candidatant à une bourse du CFIBD (comité français international bibliothèques et documentation), qu’elle obtient.
La coordinatrice du réseau de bibliothèques de Bertrange (Nièvre) s’envole pour Rotterdam et rencontre le groupe des nouveaux professionnels qui la subjuguent par sa créativité. Elle intègre ce groupe, et de fil en aiguille la commission internationale de l’Association des bibliothécaires de France (ABF), qui monte un projet Erasmus+ permettant d’inviter des bibliothécaires étrangers au congrès de l’ABF, et de réaliser des stages d’observation dans des bibliothèques européennes. La voilà partie pour Barcelone, où se trouve la meilleure bibliothèque du monde 2023 selon l’Ifla, la Biblioteca Gabriel García Márquez. Sa communauté de communes accepte aussi qu’elle participe au congrès de l’Ifla au Kazakhstan ! Où on la verra discuter notamment avec la coordinatrice du réseau des bibliothèques de Séoul, par exemple. Sa prochaine destination ? Bruxelles.
Cet engagement bénévole auprès de l’ABF et de l’Ifla lui coûte 150 heures par an. Pour l’objectif final de « devenir un meilleur humain, enrichir la vitalité du réseau ». Et subséquemment cultiver une forme d’audace, pour celle qui a participé à la candidature de sa communauté de communes auprès du Feder (Fonds européen de développement régional), afin de déployer des totems d’espèces locales dissimulées sur le territoire. Aide financière obtenue : 93 000 euros !
