« Nous exprimons notre colère face à ce système de récompenses littéraires dont le fonctionnement, propre à la France, ne nous semble pas du tout à même de refléter la richesse et la diversité de la littérature qui s'écrit aujourd'hui », expriment ces autrices.
« Exploit héroïque »
Leur tribune est publiée quelques jours après l'annonce des cinq grands prix de la rentrée littéraire : le Goncourt a récompensé Philippe Jaenada, le Renaudot François-Henri Désérable, le Femina Yannick Haenel, le Médicis Philippe Vasset et le Grand prix de l'Académie française Sébastien Lapaque.
« Les jurys ont accompli l'exploit héroïque de ne récompenser que des hommes. D'autant plus héroïque qu'il s'agissait d'une rentrée littéraire qui avait été qualifiée d'ouverte » et « qu'il y avait de très nombreux beaux et importants textes écrits par des femmes, salués par la critique, défendus par les libraires et les lecteurs », affirme la tribune.
Certaines de ces autrices ont obtenu des prix moins connus, comme le prix Décembre pour Anne Godard et le prix de Flore pour Lucie Rico, tandis que le Femina étranger a été décerné à l'Américaine Laura Kasischke.
Jurys paritaires et tournants
Pour les autrices signataires, « le vieux système de l'entre-soi patriarcal fonctionne à plein, et d'autant plus efficacement que les membres des jurys de ces "grands prix" sont désignés par cooptation et siègent, pour la plupart, à vie ».
Selon elles, « il faut aussi voir derrière la réticence des jurys à primer des femmes une forme de mise à distance de textes (...) qui élèvent à la dignité littéraire tous ces sujets "féminins" qui font horreur », à l'instar de l'inceste, sujet de plusieurs livres de la rentrée.
Les autrices appellent à la mise en place de « jurys tournants et paritaires, représentant une vraie diversité éditoriale ».
Initiée notamment par la philosophe Camille Froidevaux-Metterie et les écrivaines Louise Chennevière et Anne Godard, la tribune a aussi été signée par Anne Berest, Adèle Yon, Emma Marsantes ou Nadia Daam.
Si le cru 2026 des grands prix d'automne est marqué par la domination sans partage des auteurs masculins, il est à noter que le palmarès était plus équilibré l'an dernier. En 2025, le prix Goncourt est revenu à un homme, Laurent Mauvignier, tout comme le Médicis à Emmanuel Carrère, mais les trois autres grands prix avaient récompensé des femmes : Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Renaudot), Nathacha Appanah (Femina) et Yanick Lahens (Grand prix du roman de l'Académie française).