Le Finlandais Mika Waltari (1908-1979) est surtout connu en France pour son best-seller Sinouhé l’Egyptien (paru en 1945, on le découvre petit à petit en français et notamment avec Ce genre de choses n’arrive jamais, un bref roman écrit en 1939 et qui se situe en mars 1939. Ses héros sont deux êtres sans noms, sans attaches, qui, à la faveur d’un voyage avorté, vont se rencontrer, se trouver emportés dans la tourmente du conflit mondial, et en profiter pour rompre les amarres avec leur vie d’avant.
L’homme est un Finlandais marié avec une femme alcoolique, sans doute suite à la mort accidentelle de leur fille. Pour ses affaires, il doit partir pour Athènes. Au cours d’un long vol avec escales, il fait la connaissance d’une femme, apparemment d’un milieu social élevé, qui lui confie que, poitrinaire, elle part se soigner en Egypte, via la Grèce. Mais leur avion, dont ils sont les seuls passagers, essuie une tempête et, survolant un pays d’Europe centrale déjà en guerre, se fait mitrailler. L’appareil s’écrase. L’homme et la femme, indemnes, vont alors errer dans une contrée hostile, déchirée entre factions adverses, jusqu’à une ville où ils sont accueillis par un officier gentleman, très "vieille Europe". Celui-ci les aide à partir en train vers la capitale, où ils font la connaissance d’un cirque de bohémiens auquel ils vont unir leur destinée. Au lieu de prendre l’Orient-Express qui aurait pu les ramener vers l’Occident, ils se laissent emporter, en chaland, sur le cours d’un long fleuve.
Ce texte frappe par sa modernité. On pense à Duras, au nouveau roman. Personnages anonymes, pays jamais nommés, peu de dialogues et souvent une "écriture blanche", fin énigmatique livrée à l’imagination du lecteur. Sans doute l’œuvre de Mika Waltari, mieux connue dans les pays anglophones, nous réserve-t-elle encore de jolies surprises.
Jean-Claude Perrier