Justice

Kamel Daoud condamné à trois ans de prison en Algérie

Kamel Daoud le 4 novembre 2024 lors de la remise du prix Goncourt - Photo Olivier Dion

Kamel Daoud condamné à trois ans de prison en Algérie

L'écrivain franco-algérien, lauréat du prix Goncourt 2024 pour Houris, a annoncé ce mercredi avoir été condamné par la justice algérienne à trois ans de prison ferme, et cinq millions de dinars d'amende pour son roman, déjà interdit de publication en Algérie.

Par Anatole Lanneau
avec AFP Créé le 22.04.2026 à 15h54

Une nouvelle étape dans les poursuites judiciaires visant l'auteur franco-algérien Kamel Daoud. L'écrivain de 55 ans a annoncé mercredi 22 avril avoir été condamné par un tribunal algérien à trois ans de prison ferme et cinq millions de dinars d'amende, en lien avec son roman Houris, couronné par le prix Goncourt en 2024. Il a publié la nouvelle sur le réseau social X : « Fait unique dans l'histoire algérienne : le verdict du procès du 7 avril 2026 est tombé le 21 avril courant. Je suis condamné à trois ans de prison ferme et à cinq millions de dinars algériens d'amende, en application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. »

Un roman au cœur des poursuites

En novembre 2024, un tribunal algérien avait accepté une première plainte contre lui et son épouse psychiatre, Aicha Dehdouh, qui aurait soigné entre 2015 et 2023 Saâda Arbane, une rescapée d'un massacre pendant la décennie noire, la guerre civile algérienne de 1992 à 2002 qui a fait au moins 200 000 morts. Deux recours avaient alors été déposés : l'un par Saâda Arbane elle-même, l'autre par l'Organisation nationale des victimes du terrorisme, tous deux accusant l'écrivain d'avoir utilisé l'histoire de cette femme sans son consentement pour en faire le cœur de l'intrigue de Houris.

Houris, qui désigne dans la foi musulmane les jeunes filles promises au paradis, est un roman sombre se déroulant en partie à Oran, retraçant le destin d'Aube, jeune femme rendue muette depuis qu'un islamiste lui a tranché la gorge le 31 décembre 1999. L'ouvrage ne peut pas être édité en Algérie, où une loi interdit tout ouvrage évoquant la décennie noire.

Mandats d'arrêt et procédure française

La pression judiciaire s'était déjà intensifiée en mai 2025, lorsque la France avait été informée de l'émission de deux mandats d'arrêt internationaux contre l'écrivain par la justice algérienne. Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Christophe Lemoine, avait alors déclaré suivre « cette situation avec attention », soulignant que Kamel Daoud était « un auteur reconnu et respecté » et que la France était attachée à la liberté d'expression. C'était la première fois qu'un récipiendaire du prix Goncourt se trouvait visé par un mandat d'arrêt international.

Kamel Daoud fait par ailleurs l'objet d'une procédure judiciaire en France pour non-respect de la vie privée, initiée par Saâda Arbane en février 2025. Celle-ci réclame 200 000 euros de dommages et intérêts, estimant que le caractère fortuit de la ressemblance entre elle et le personnage d'Aube est « totalement impensable ». L'écrivain a toujours contesté ces accusations, affirmant sur France Inter en décembre 2024 que l'histoire évoquée dans Houris est publique et que son roman « ne raconte pas les détails de sa vie ». Son éditeur Gallimard avait pour sa part dénoncé de « violentes campagnes diffamatoires orchestrées par certains médias proches d'un régime dont nul n'ignore la nature ».

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