À l’approche de la Foire du livre de jeunesse de Bologne (13-16 avril), le géant chinois de l'édition Phoenix Publishing and Media Inc. (PPM) annonce que le segment nature-écologie est devenu en fin d'année 2025 le premier sous-secteur de l'édition jeunesse en Chine avec 28 % de parts de marché. Un rayon dans lequel la création française s'est imposée comme une référence.
De la nature…
Gu Jianya, président de Phoenix Juvenile & Children's Publishing, qualifie ce basculement de « retour aux valeurs », les parents délaissant « l'anxiété utilitariste » au profit d'une « connexion profonde avec la nature ». Il cite en modèle l’album illustré Maison d'Isabelle Simler, paru en France aux éditions Courtes et longues en 2022 et écoulé à quelque 1 600 exemplaires selon NielsenIQ BookData.
Sorti en Chine début 2025, le titre s’est distingué dans le classement iRead Top 100 et le Top 30 du Shenzhen Reading Month. PPM a officialisé à Bologne l'acquisition de la série de l’autrice parue chez La Martinière Jeunesse Une nuit…, dont la sortie chinoise est prévue fin 2026.
…aux arts et à l'histoire
L'influence française s'étend au secteur arts et histoire. Wang Linjun, président de Phoenix Fine Arts Publishing, a mis en avant la série « World Creative Art Classroom », qui intègre notamment les collections Le fil de l'Histoire de Fabrice Erre (Dupuis) et Les Après-midi créatifs de Terrains Vague (Mango jeunesse). Ces titres permettent, selon lui, d'explorer « l'héritage de maîtres comme Morandi et Duchamp de façon ludique et profonde ».
Pour 2026-2027, PPM entend approfondir une stratégie à double axe : développement de contenus originaux chinois et acquisitions françaises ciblées, en cohérence avec les objectifs nationaux « Double Carbone » et les programmes d'éducation environnementale.
Un marché en repli, mais toujours stratégique
Ce dynamisme de la création française s’inscrit toutefois dans un contexte de recul des échanges entre les deux pays. Après un pic au milieu des années 2010, les cessions de droits français vers la Chine ont chuté d’environ 40 % depuis 2017, malgré un volume encore élevé (1 244 titres en 2023, dont plus de la moitié en jeunesse). En cause : durcissement réglementaire, obtention plus difficile des ISBN, autocensure croissante des éditeurs chinois et déséquilibre structurel des échanges, la Chine publiant moins d’une centaine de titres en France chaque année.
À cela s’ajoutent les tensions économiques et une distribution dominée par l’e-commerce (près de 80 % des ventes), tirant les prix vers le bas. Dans ce contexte contraint, la jeunesse – et en particulier, donc, les contenus éducatifs et environnementaux – reste l’un des rares segments où la demande pour les titres français reste solide.
