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Il y a quelques semaines le Cercle des économistes et le journal Le Monde remettaient le prix du meilleur jeune économiste (de moins de 40 ans) à Pascaline Dupas, professeur associée à l’université de Stanford (Californie).

Pascaline Dupas fait partie de ces économistes qui préfèrent adopter une approche concrète de l’économie, faite de l’étude très fine des comportements. Cette approche s’appuie sur une méthodologie expérimentale, comparable à celle des essais cliniques : évaluation aléatoire par comparaison des effets d’une action ou d’une incitation sur des groupes tests et des groupes témoins, ce qui permet d’identifier les dispositifs publics ou privés les plus efficaces et d’ajuster les politiques publiques en direction de populations ciblées.

Pascaline Dupas a commencé ses recherches en Afrique, au Kenya, dans les domaines de la santé et de l’éducation. Lors de la cérémonie de remise du prix, au Sénat, la lauréate racontait l’histoire d’une de ses publications. Face au nombre de décès dus à la malaria, il a été décidé de proposer la distribution gratuite de moustiquaires, notamment aux femmes enceintes, en testant les effets de cette distribution. Pascaline Dupas observe, à partir de la comparaison entre deux populations de femmes choisies au hasard, la première ayant bénéficié de cette politique et la seconde n’y ayant pas eu accès, que les femmes faisaient un bon usage des moustiquaires, et que fort peu d’entre elles cherchaient à les revendre : 15 % des moustiquaires étaient volées ou revendues ou ne parvenaient pas à ceux à qui elles étaient destinées, “soit un coût très inférieur au bénéfice du dispositif en matière de santé publique”.

Mieux encore : par la suite, les femmes habituées à cet usage acceptaient d’acheter des moustiquaires – sous réserve de la compatibilité du prix avec leurs moyens.

Parce que l’efficacité de la gratuité totale des moustiquaires antipaludéennes, comme moyen d’en faire comprendre l’importance de l’usage, semblait prouvée, il s’en est suivi une politique en ce sens de la part du Department for International Development, qui a exigé des gouvernements bénéficiaires de ses programmes la gratuité pour les femmes enceintes.

Deux conclusions ressortaient de ce travail : premièrement, quand les produits sont disponibles et gratuits dans les centres de soins, les ménages font l’effort de venir les chercher, les utilisent à bon escient, et la maladie ainsi que les coûts afférents reculent significativement. Deuxièmement, le penchant pour la gratuité s’avère moins fort que l’habitude prise qui conduit à considérer un bien comme indispensable : une fois le bien redevenu payant, l’usager consent à le payer.
 
Une expérience à méditer.
05.06 2015

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