Propriété intellectuelle

La protection des tours de magie et des secrets de magiciens (2/2)

Le film "The Personal History Of David Copperfield"

La protection des tours de magie et des secrets de magiciens (2/2)

Difficile de protéger un tour de magie sans en révéler ses secrets. Limites et astuces d'une propriété intellectuelle pas comme les autres...

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Si le numéro de magie peut être considéré comme original et donc protégé par le droit d’auteur, il peut ainsi être déposé auprès de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques (SACD). Cette dernière est une société de gestion collective pour les œuvres de spectacle vivant. Elle a pour objectif de protéger et défendre les droits de ses auteurs. Aussi, bien que la protection par le droit d’auteur ne nécessite pas de dépôt, la SACD permet un dépôt d’œuvres de spectacles. Il permet notamment de prouver l’existence de l’œuvre à une date précise et l’identité de l’auteur. 

Dans le domaine de la contrefaçon des œuvres de magie, seules quelques affaires ont été portées en justice ce qui atteste de la complexité de la question de la protection des tours de magies. 

Il convient de citer notamment un arrêt du tribunal de grande instance de Tarascon en date du 21 septembre 2012, qui avait dû trancher un litige entre deux concepteurs de tours de magie.  Le contentieux portait sur un « effet magique », c’est-à-dire l’effet par lequel le magicien parvient à modifier la réalité et créer une illusion aux yeux de son public. Dans le cas d’espèce, le concepteur de l’effet qui agissait en contrefaçon, avait créé un effet magique, qu’il avait ensuite commercialisé. Cet effet permettait de générer l’illusion qu’une carte fixée derrière une grande vitre pouvait se transformer de manière instantanée en une autre carte. Or, un autre concepteur avait à son tour commercialisé un effet magique qui permettait d’arriver à un résultat d’illusion identique. 

Le tribunal avait porté le débat sur le numéro de magie plutôt que sur l’effet magique alors même que le litige intéressait d’abord ce dernier. Ainsi, le tribunal avait considéré l’effet magique comme une composante du numéro, niant son caractère d’œuvre à part entière, en rejetant par conséquent la contrefaçon. Ce jugement témoigne ainsi de la complexité de la protection des tours de magie et la nécessité de distinguer effet magique et numéro de magie pour aboutir à une protection du secret plus efficace. 

Secret et respect du secret

Plus récemment, aux États-Unis, c’est le grand et regretté illusionniste David Copperfield qui a été contraint de révéler l’un de ses tours de magies appelé « Lucky #13 » devant un tribunal de Las Vegas. Un spectateur l’avait poursuivi pour négligence après avoir été prétendument blessé alors qu’il avait été sélectionné pour participer sur scène à un des tours du magicien. Le tribunal américain n’avait pas tenu compte de l’argument des avocats du magiciens selon lequel révéler le tour causerait un grave préjudice professionnel à l’artiste. 

La culture du secret est l’essence même du spectacle de magie. A ce propos, il existe chez les magiciens une lex magica qui se définit comme la loi par laquelle les mages régissent la pratique de la magie. 

Aussi, l’un de ses percepts fondamentaux est celui du secret de la pratique de cet Art. Le magicien se doit de le respecter sous peine de sanctions ordonnées par ses paires. 

Cette lex magica peut être formalisée contractuellement par un accord de confidentialité entre les intervenants au spectacle. Les membres du spectacle s’engagent ainsi à garder secret les tours du magicien sous peine d’engager leur responsabilité contractuelle. 

Lorsque les aspects techniques des tours de magie peuvent être protégés par le droit des brevets, celui-ci n’est pas forcément opportun du fait de la publicité qu’il entraine. En revanche, les aspects de mise en scène et de chorégraphie des tours de magie peuvent être protégés au titre du droit d’auteur sous réserve de remplir la condition d’originalité. Enfin, pour garder au mieux le secret de ses tours, rien de tel qu’un accord de confidentialité entre les différents intervenants au spectacle de magie. 

C’est, à défaut d’un tour de magie, une astuce juridique qui vaut, au palais  de justice, au moins autant qu’un envol de colombes… 
 
 
 

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