La reine du suspens Mary Higgins Clark est morte | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, avec afp, le 01.02.2020 à 11h41 (mis à jour le 01.02.2020 à 15h49) Disparition

La reine du suspens Mary Higgins Clark est morte

Mary Higgins Clark. - Photo B. VIDAL

L'écrivaine new yorkaise était l'une des écrivaines les plus vendues dans le monde.

L'écrivaine américaine Mary Higgins Clark, "reine du suspense" et l'une des écrivaines les plus vendues au monde, est morte à Naples, en Floride, à 92 ans, après avoir enchaîné les best-sellers malgré un début de carrière difficile.



Tueuse de plantes

Mary Higgins Clark est décédée "entourée par sa famille et ses amis", a annoncé vendredi son éditeur américain, Simon & Schuster. La dame qu'il ne fallait pas déranger durant l'écriture, brushing impeccable et tailleur élégant, maîtrisait aussi bien l'art du suspens que les négociations de ses contrats et la communication. Dans un entretien, elle expliquait : "La littérature m'a sauvée. J'ai toujours voulu être une écrivaine célèbre. Pour l'argent bien sûr, mais pas uniquement. Sans l'écriture, je ressens un vide abyssal. J'ai gagné suffisamment d'argent pour arrêter de noircir du papier. Mais que ferais-je? Je n'ai aucun talent pour le jardinage, toutes les fleurs que je plante connaissent une mort précoce."

45 ans au top

Elle a écrit une cinquantaine de livres écoulés près de 300 millions d'exemplaires, dont plus de 25 millions en France selon son éditeur, depuis son premier grand succès en 1975, La maison du guet (Where Are the Children?), considéré comme l'un des cent meilleurs livres policiers de tous les temps établi en 1995 par l'association des Mystery Writers of America et adapté au cinéma en 1986 par Bruce Malmuth. Le roman a été publié en France en 1984 chez Albin Michel.

La New Yorkaise - elle résidait dans un vaste appartement surplombant Central Park, à la décoration surchargée -  écrivait un livre par an et conservait sa place parmi les plus gros vendeurs de l'année. Son dernier roman , En secret (Kiss the Girls and Make Them Cry), sur une histoire de harcèlement sexuel, s'est vendu à 55000 exemplaires en 2019 et son précédent, Noir comme la mer, s'est vendu à 121000 exemplaires en poche au Livre de poche.

"Elle était unique. Personne n'a jamais été aussi connecté à ses lecteurs: elle les comprenait comme s'ils étaient des membres de sa propre famille. Elle savait avec certitude ce qu'ils voulaient lire, et ce qu'ils ne voulaient pas lire. Et pourtant elle réussissait à les surprendre à chaque nouveau livre. C'était la Reine du suspense", a déclaré dans un communiqué son éditeur de longue date Michael Korda.
 

L'écrivaine Mary Higgins Clark à BookExpo America en 2018 - Photo WIKICOMMONS

Hôtesse de l'air

Née à New York, dans le Bronx, le 24 décembre 1927, dans une famille modeste d'origine irlandaise très catholique, Mary Theresa Eleanor Higgins Clark dit avoir attrapé le virus de l'écriture à l'âge de 7 ans, avec des poèmes et des histoires pour les enfants. La Grande dépression et des drames familiaux la convaincront que le pire peut toujours arriver et c'est ce moment où tout bascule qu'elle aime décrire dans ses livres. Ses origines lui valent d'être introduite au Hall of Fame des Irlandais notoires, de recevoir plusieurs distinctions chértiennes, dont l'Ordre de Malte, et d'être nommée Legende du Bronx.

Une crise cardiaque emporte son père lorsqu'elle a 10 ans, son frère aîné est mort brusquement d'une méningite et son neveu de 15 mois est tombé d'une fenêtre. Sa mère, se retrouvant seule avec trois enfants, est contrainte de partager sa maison avec des locataires. Mary devra travailler très jeune, comme standardiste dans un hôtel puis dactylo avant de se marier, à 20 ans, et de devenir hôtesse de l'air pour la Pan Am. Elle cessera de parcourir le monde pour élever ses enfants tout en continuant d'écrire, dans sa cuisine de 5 à 7 heures du matin, avant l'heure de l'école.

Débuts difficiles

En 1950 elle vend une nouvelle au magazine Extension pour 100 dollars. Mary a 35 ans lorsque son mari meurt brusquement d'une crise cardiaque à l'âge de 44 ans, la laissant veuve avec cinq enfants à charge. Elle redevient dactylo mais rêve toujours de vivre de son écriture. Après des nouvelles, des feuilletons pour la radio, une biographie de George Washington (Aspire to the Heavens, 1968), publiée mais sans succès, elle se lance dans le roman policier.

La maison du guet est un best seller dès sa parution, en 1975, comme La nuit du renard (A Stranger Is Watching, 1977, adapté au cinéma en 1982 sous le titre Otages), premier de ses livres publiés en France par Albin Michel, qui en profite pour créer une collection Spécial Suspense. Elle devient millionnaire et ses romans sont traduits en 35 langues. Ses livres intéressent alors les producteurs de cinéma et de télévision. Une trentaine d'adaptations ont été réalisées. La chaîne France 3 a d'ailleurs créé en 2014 une collection dédiée à ses livres, coproduite pas EuropaCorp et France Télévisions. Huit téléfilms ont été diffusés jusqu'à présent.
 

Carol et Mary Higgins Clark en dédicace à la librairie rémoise Rose et son roman, aujourd'hui disparue, en compagnie de la libraire, Françoise Lemarié. - Photo REMI WAFFLART/LL'UNION REIMS

Honneurs

Pour rattraper le temps perdu, elle s'inscrit à l'université de Fordham, en 1971, où elle obtient une licence en philosophie, son premier diplôme universitaire, à l'âge de 50 ans. En 1987, lui revient l'honneur de présider le Mystery Writers of America et, l'année suivante, l'International Crime Congress, à New York.

A partir de 1991, elle publie un à deux livres par an. Son nom devient une marque. En 2000, elle sort Trois jours avant Noël (Deck the Halls), qu'elle co-signe avec sa fille Carol. Mère et fille en publieront quatre autres dans la décennie. Ce travail de co-écriture, elle le poursuit avec Alafair Burke à partir de 2014, avec qui elle écrit 5 romans policiers.

Mary Higgins Clark a également été l'auteure de nombreuses nouvelles, de récits pour la jeunesse et d'une autobiographie. Dans ses mémoires, Entre hier et demain (Kitchen Privileges : A Memoir, 2003), celle qui depuis 1996 était l'épouse de l'influent homme d'affaires John Conheeney, assurait qu'elle écrirait jusqu'à sa mort car si "gagner à la loterie, rend heureux un an, faire ce que l'on aime rend heureux toute une vie".

Un cahier, un stylo et un verre de vin

Elle écrivait ce qu'elle avait envie de lire. Elle préférait suggérer pour laisser l'imaginaire du lecteur travailler, à la manière d'un Alfred Hitchcock. "Un jour, un journaliste français m'a demandé : 'Quelle est la différence entre vous et Agatha Christie?'. J'ai répondu très calmement : 'Je suis vivante et elle est morte.' Mais je n'oserai jamais me comparer à une écrivaine aussi géniale" expliquait-elle au JDD il y a 7 ans.

Dans ce même entretien, elle confiait: "Le jour de ma mort, je voudrais que l'on dépose dans mon cercueil un cahier à spirale, un stylo et une bouteille de vin. Je serai ainsi équipée pour écrire depuis l'au-delà."

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