Intelligence artificielle

La ruée vers les chatbots pour « dialoguer » avec les livres

Photo Olivier Dion

La ruée vers les chatbots pour « dialoguer » avec les livres

D'Amazon à Google, en passant par les acteurs émergents comme My Smart Book en France, les entreprises et éditeurs numériques investissent dans l'exploitation de l'intelligence artificielle pour permettre au lecteur d'« échanger » avec un livre numérique ou audio. Ces chatbots posent une nouvelle fois la question du consentement et de la rémunération des auteurs et des éditeurs pour l'utilisation de leurs contenus.

Par la Rédaction de Livres Hebdo
avec avec AFP Créé le 28.07.2026 à 12h31

Un nombre croissant de start-up et éditeurs numériques proposent au lecteur de s'appuyer sur l'intelligence artificielle (IA) pour interagir avec le contenu d'un livre et obtenir précisions, reformulations ou explications.

« Converser » avec le livre

« Vous avez un rapport au livre comme objet vivant », s'enthousiasme Ahmed Kamel, patron de Sinai.ai, plateforme anglophone actuellement en test qui propose d'aller plus loin que la seule lecture. Pour un même titre, l'utilisateur a accès à un livre numérique, un livre audio ainsi qu'à une interface IA. Avec ce chatbot, il peut approfondir la psychologie d'un personnage, le contexte historique ou un concept philosophique.

Une jeune entreprise française, My Smart Book, a lancé mi-avril une application similaire, dont les « conversations », comme pour Sinai, ne sont nourries que du seul contenu des ouvrages. « On veut insérer l'IA dans le monde du livre tel qu'il existe aujourd'hui, de manière éthique. Si quelqu'un achète un livre et souhaite l'interroger, la réponse doit être présente dans le livre, et pas ailleurs », déclarait alors Stéphane Amiot, cofondateur de la startup, à Livres Hebdo.

Élargir l'audience

À l'automne 2025, le géant du livre audio Audible, filiale d'Amazon, a ajouté, en version test, à son offre aux États-Unis l'option « Ask a Question » (pose une question). En pleine écoute, il suffit d'appuyer sur un bouton pour poser une question, entendre la réponse, et reprendre le récit. « Cette fonctionnalité pourrait élargir l'audience », explique Audible, « et rendre certaines œuvres plus accessibles et attrayantes » à certains utilisateurs.

« Ask this Book » (demande à ce livre), suggère pour sa part la liseuse Kindle, également dans le giron d'Amazon, pour « répondre instantanément à des questions sur l'histoire, les relations entre personnages et les éléments thématiques sans perturber la lecture ».

Acteur émergent de la voix générée par IA, ElevenLabs s'est également positionné avec son produit « ElevenReader Voice Chat », « qui transforme n'importe quel livre en une conversation ».

Des acteurs plus ou moins scrupuleux

Ces développements posent la question de la place des auteurs et des éditeurs dans le modèle économique de cette nouvelle offre. Sinai.ai assure ne donner, par abonnement ou achat unitaire, accès qu'à des titres tombés dans le domaine public ou avec le consentement de l'écrivain, de ses ayant-droits ou de l'éditeur.

iChatbook, un autre entrant de ce marché, a une approche différente et se présente « non pas comme une librairie de livres, mais de concepts, d'idées et de faits, qui s'entremêlent », décrit Brian Yang, le fondateur. Grâce à un modèle d'IA, « on extrait les idées et les faits » d'un ouvrage donné, dit-il, pour les restituer à un utilisateur qui aura un aperçu du contenu sans y être exposé directement. Une architecture qui a aussi pour intérêt de s'affranchir des droits d'auteur, en l'absence de citations directes des textes, souligne l'AFP.

Lire aussi : Lancement de My Smart Book, e-librairie qui propose de dialoguer avec son livre grâce à l'IA

Certaines plateformes, comme Myreader, laissent télécharger tout livre, sans filtrer ceux qui sont couverts par les droits d'auteur, pour les connecter ensuite avec une interface IA. L'application IA Gemini Notebook (anciennement NotebookLM) de Google, devenue très populaire, ne fait pas davantage le tri, pas plus que BookWorm AI, déclinaison de ChatGPT lancée par un développeur et non directement par OpenAI, clairement identifiée comme « un compagnon de lecture ».

« 100 % des réponses générées par notre chatbot sont issues du livre. On est dans le complet respect des droits d'auteur, des licences et des DRM fournis par les éditeurs », affirmait pour sa part Emmanuel Marie-Cardine, cofondateur de l'entreprise française My Smart Book, dans un entretien à Livres Hebdo réalisé en avril.

Des « droits IA »

En Californie, la société de Sunnyvale se vante d'avoir créé un nouvel écosystème, celui des « droits IA », qui instaure un système de rémunération quand le contenu est exploité pour un chatbot, un résumé, une référence.

Sinai.ai affirme être « en discussions actives » avec quatre des grandes maisons d'édition du marché américain, qui en compte cinq, Hachette, Penguin Random House, Simon & Schuster, HarperCollins et Macmillan. Mais aucune des « Big Five » n'a donné suite à des questions sur sa stratégie vis-à-vis de l'IA.

En décembre, la société américaine des auteurs, The Authors Guild, a critiqué publiquement Amazon au sujet de « Ask this Book », soulignant qu'il « ne (leur rapportait) aucun revenu supplémentaire » et ne leur laissait pas le choix d'y souscrire ou non.

En France, la proposition de loi Darcos sur l’IA et le droit d’auteur, votée à l'unanimité par le Sénat le 8 avril, instaurait une présomption d'utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d'IA, renversant ainsi la charge de la preuve. Mais elle n’a finalement pas pu être discutée en juin à l’Assemblée nationale après le dépôt (en majorité par le groupe Ensemble pour la République de Gabriel Attal) de 110 amendements sur un texte d'un seul article. La prochaine fenêtre pour son examen en séance ne devrait pas s'ouvrir avant la fin de l'année.

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