La Société des gens de lettres (SGDL) monte au créneau contre le risque de suppression du Centre national du livre (CNL). Dans un communiqué de presse, l’organisation dénonce un projet « mortifère » porté par les sénateurs et sénatrices Les Républicains Pauline Martin et Mathieu Darnaud, dans le cadre d’une proposition de loi visant à « repenser l’agencification pour renforcer l’action publique ».
Déposé en avril, le texte prévoit, dans son article 14, le transfert des missions et des crédits du CNL à l’administration centrale du ministère de la Culture au plus tard le 1er janvier 2027, avant une dissolution complète de l’établissement.
Une rationalisation administrative qui inquiète
Entre concurrence des écrans, développement de l’intelligence artificielle, tensions économiques et aujourd'hui risque de dissolution du CNL, le secteur du livre traverse une période de fragilité. À la Foire de Francfort, Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition (SNE), a résumé ce climat en citant Paul Valéry, « C’est un vent mauvais ».
Le 15 septembre, la proposition sénatoriale avait déjà donné lieu à un échange tendu avec Régine Hatchondo et Olivier Lombardie, présidente et directeur général du CNL, alors entendus par la commission spéciale du Sénat. Si les sénateurs LR défendent leur projet de loi en le justifiant par « l’agencification pour renforcer l’action publique », la SGDL y voit un processus plus profond qui consisterait à « cacher une volonté sournoise de conférer au pouvoir politique la faculté de décider arbitrairement quels auteurs, quels projets éditoriaux, quels festivals littéraires méritent d’être soutenus ».
Un rayonnement littéraire encore plus en danger sans le CNL
Créé en 1946, le CNL fête cette année ses 80 ans. Principal instrument de soutien public à la filière du livre, il accompagne la création, l’édition, la diffusion et la promotion des ouvrages, tout en favorisant la démocratisation culturelle et le développement de la lecture.
Pour la SGDL, sa disparition fragiliserait l’ensemble de la chaîne du livre et porterait atteinte à la diversité éditoriale. Faire disparaître le CNL reviendrait à faire disparaître « le principal instrument de la politique publique de soutien à la filière du livre en France ». La SDGL appelle les parlementaires à s’opposer à cette proposition, qui pourrait, selon elle, « affaiblir le rayonnement de la littérature française à l’international ».
Alors que le budget d’intervention du CNL s'élève seulement à 22 millions d’euros, soit 2,75 % de celui du Centre national du cinéma (CNC) et 0,55 % du budget de l’audiovisuel public français, cet acteur de la politique culturelle française reste l’un des piliers de l’industrie du livre.
