Centre national du livre en danger, livre d'occasion, menace protéiforme de l'IA, baisse des niveaux de lecture, librairies indépendantes fragilisées, nouvelle organisation de la Foire de Francfort… Les sujets de mécontentement ne manquaient pas pour les représentants français de l'édition, mercredi 7 octobre, lors de l'habituelle réception donnée sur le stand France au premier jour de la Foire de Francfort.
« C'est un vent mauvais », a résumé Vincent Montagne, président du Syndicat national de l'édition (SNE), citant Paul Valéry. Avant lui, Nicolas Roche (France Livre), Sébastien Bakhouche (ministère de la Culture) et Olivier Lombardie (CNL) avaient posé le même diagnostic.
Suppression du CNL : « Une grave erreur »
Premier sujet d'alarme, partagé par les quatre orateurs : l'inscription du Centre national du livre (CNL) sur la liste des opérateurs de l'État voués à la suppression. « Si rationaliser le nombre des agences de l'État est une démarche légitime et même salutaire compte tenu de l'état des finances publiques, encore faut-il frapper juste », a lancé Nicolas Roche, directeur général de France Livre. « France Livre le dit sans détour : inscrire le CNL sur cette liste serait une grave erreur ». « Démanteler ce qui fonctionne, ce serait fragiliser un secteur qui n'en a vraiment pas besoin », a-t-il ajouté.
Directeur général du CNL depuis janvier, Olivier Lombardie a détaillé son action internationale : près de 700 000 euros versés en 2025 pour 280 projets de traduction du français vers l'étranger, et un dispositif créé il y a deux ans pour les maisons d'édition francophones à l'étranger. Reconnaissant un « contexte inquiétant », il a plaidé pour un soutien aux librairies indépendantes calqué sur le modèle des cinémas d'art et essai, ou encore pour une taxe assise sur les plateformes numériques afin de financer la lecture.
Vincent Montagne aux politiques sur l'IA : « Ressaisissez-vous ! »
Vincent Montagne, à la tête du Syndicat national de l'édition et du groupe Média-Participations, a de son côté porté les interpellations les plus directes. Saluant « l'Appel de Francfort » lancé la veille pour une IA transparente et rémunératrice, qu'il a invité l'assistance à signer, le président du SNE a répété que la profession ne réclamait aucun financement supplémentaire. « Nous ne demandons pas plus d'argent public. Nous demandons que s'exprime clairement une volonté de faire cesser la prédation, en appliquant tout simplement le droit d'auteur », a-t-il exprimé.
Il s'est dit « consterné » que l'influence de certains acteurs de l'IA suffise à bloquer à l'Assemblée nationale la loi sur la présomption d'utilisation des œuvres, pourtant adoptée à l'unanimité au Sénat. « Ressaisissez-vous ! », a-t-il lancé à l'attention des dirigeants politiques. Même logique sur le livre d'occasion, pour lequel le SNE réclame un droit d'auteur sur l'ouvrage revendu, saluant la démarche annoncée par le ministère auprès de Bruxelles.
Baisse des niveaux de lecture : « Nous attendons du concret »
Sur la baisse des niveaux de lecture, enfin, le président du SNE attend des actes. Près d'un an après les conclusions des états généraux de la littérature pour la jeunesse, « nous attendons des choses concrètes. Il y a 14 recommandations : choisissez-en trois, quatre, cinq, mais appliquez-les, et mettez les moyens en face ».
Il a par ailleurs cité deux réalisations de la profession rendues possibles par le soutien du CNL : la plateforme de données de ventes Filéas, qui compte désormais plus de 10 000 auteurs inscrits et une centaine de maisons d'édition, et Livrempreinte, calculateur d'empreinte carbone permettant à tout éditeur de mesurer l'impact de chaque tirage.
Adjoint à la directrice générale des médias et des industries culturelles du ministère de la Culture, Sébastien Bakhouche a de son côté rappelé les acquis récents, au premier rang desquels la validation par le Conseil d'État, le 13 mai dernier, des trois euros de frais de livraison minimaux imposés par la loi de 2021, décision qui a conduit Amazon à mettre fin à ses livraisons gratuites.
Francfort aussi dans le viseur
Enfin, l'organisation même de la Foire de Francfort n'a pas échappé aux critiques, en premier lieu sur le sujet de la journée du mardi réservée aux agents, mais aussi sur les tarifs pratiqués pour les exposants en ces « temps difficiles ».
Après une réorganisation qui place cette année les maisons allemandes au rez-de-chaussée et les étrangères dans les étages, Nicolas Roche a aussi dit espérer que les organisateurs « mettront autant d'énergie à développer le volet festival pour les éditeurs allemands qu'à ramener vers la Foire des éditeurs étrangers qui s'en étaient détournés ». Le directeur général de France Livre en a profité pour saluer Juergen Boos, qui passe la main à Joachim Kaufmann après 21 années à la tête de la plus grande manifestation professionnelle du livre mondial.
Cette année, le stand France réunit 206 maisons d'édition sur 1 200 m² et près de 600 professionnels français ont fait le déplacement. Le livre français a donné lieu à plus de 13 500 cessions de droits en 2025, en recul d'environ 5 %.
