À quelques mois de leur centenaire, Les éditions sociales (fondées en 1927) et les éditions La Dispute (créées en 1997 par d'anciens employés des Éditions sociales) jouent la carte du renouvellement après le passage de relais de Richard Lagache à la nouvelle équipe formée par Marina Simonin, responsable éditoriale depuis 2019, Clara Laspalas, responsable de la fabrication et de la direction artistique depuis 2016 et Noémie Brun, responsable depuis 2022 des relations libraires et presse, accompagnées de Floé Riffaud qui commence son alternance dans la maison (lire par ailleurs).
Dernier signe en date : l'arrivée en mai de l'éditeur Nicolas Vieillescazes, qui a quitté avec une partie de l’équipe la maison indépendante Amsterdam, qu’il avait relancée en 2016 et où il avait publié des auteurs comme David Harvey ou Fredric Jameson.
130 000 euros de pertes après l’effondrement de Makassar
Ce renfort accompagne un changement de diffuseur-distributeur décidé avant même la faillite de Makassar, en début d’été. L’arrivée chez Belles Lettres Diffusion-Distribution (BLDD), en remplacement du duo Hobo-Makassar, n'a pourtant pas épargné la maison des secousses provoquées par l'effondrement du distributeur : Les éditions sociales et La Dispute ont perdu 130 000 euros sur l’année. Pour y faire face, les deux maisons ont pu compter sur un prêt du centre national du livre (CNL) et ont lancé une campagne de souscription.
Marina Simonin précise qu’à sa connaissance, La Dispute et Les éditions sociales ont été « le seul éditeur de Makassar à avoir été aidé » par le CNL, regrettant l’absence d'aides exceptionnelles pour l'ensemble des éditeurs concernés malgré les dettes laissées par le distributeur.
BLDD a depuis changé la donne sur le réassort, nerf de la guerre pour cet éditeur de fonds : L'État et la révolution citoyenne, dernier titre de L'Institut La Boétie (le think tank affilié à la France Insoumise) publié à La Dispute, sorti le 4 septembre, écoule depuis entre 100 et 250 réassorts par jour. Un rythme jugé « impossible ou quasi impossible avec Makassar ».
Le programme de Jean-Luc Mélenchon
Début novembre, se profile également le livre-programme du candidat Insoumis à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon, L'avenir en commun : le programme de la nouvelle France. Il avait édité ses deux précédents au Seuil, en 2021, écoulé à près de 150 000 exemplaires, et en 2016, écoulé alors à 217 000 exemplaires.
Vendue à 4,90 euros, cette nouvelle édition publiée à La Dispute affiche déjà 80 000 exemplaires tirés pour plus de 30 000 mises en place, y compris sur des canaux moins investis par les marques installées dorénavant dans le XIIIe arrondissement parisien.
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Avec ce nouveau partenaire de diffusion-distribution, la maison mène une bataille de prescription en librairie, avec en guise de baïonnette la Grande Édition Marx et Engels (GEME). Cette collection offre pour la première fois en français des éditions et des traductions de référence des œuvres de Marx et Engels et compte aujourd’hui 14 titres qui s’écoulent chaque année à plusieurs centaines d’exemplaires.
« Si vous vendez du Marx, vendez-le aux éditions sociales parce que nos traductions sont les meilleures et les plus accessibles », revendique Marina Simonin. Si Les éditions sociales souffraient jusque-là de délais d’approvisionnement plus longs que des éditions concurrentes, l’arrivée chez BLDD rend possible la « bataille Marx en librairie ».
« Un Que sais-je ? de gauche »
La stratégie de rajeunissement des maisons s'appuie aussi sur la collection « Découvrir » qui propose des ouvrages de pédagogie critique à destination des jeunes : « un Que sais-je ? de gauche », clame l’équipe. Cette collection qui comprend déjà plus d’une trentaine de titres est particulièrement appréciée des libraires. Certains de ses titres se vendent à plusieurs milliers d’exemplaires, et toujours à plus d’une centaine de copies chaque mois, tels que Découvrir Marx, Découvrir Bourdieu, Découvrir Fanon, Découvrir Trotsky, Découvrir Lénine...
Parmi les nouveaux chantiers, la refonte des maquettes et des couvertures, mais aussi la poursuite d'une tournée en France pour rencontrer les libraires indépendants et faire connaître leur catalogue. Cent ans après la création des Éditions sociales, les deux marques, qui publient chacune une dizaine de nouveautés par an et revendiquent 300 titres à leur catalogue, devraient fusionner sous une entité unique dont la forme reste à définir.
Cent ans d'histoire, deux catalogues, une seule maison
Nées en 1927 sous la tutelle du Parti communiste français, et un temps sous la direction du Komintern, Les éditions sociales tentent, dès les années 1970, une première mue vers une maison d'édition à part entière, sous l'impulsion du philosophe communiste Lucien Sève et de Richard Lagache.
C'est autour de ce dernier qu’une équipe reprend, au moment de la faillite du groupe Messidor dans les années 1990, le fonds et la marque et relance la maison hors tutelle du PCF. Il crée dans la foulée La Dispute, catalogue de sciences sociales consacré à l’analyse des transformations du capitalisme, des rapports sociaux de classe et de genre et a publié certains auteurs depuis connus du grand public, comme l’économiste Bernard Friot.
C’est Richard Lagache, âgé aujourd’hui de 78 ans, qui a confié la relève à trois recrues arrivées entre 2016 et 2022, Clara Laspalas, Marina Simonin et Noémie Brun, rejointes en 2026 par Nicolas Vieillescazes. Alors même que Richard Lagache reste présent de manière informelle, l’équipe est depuis chargée de perpétuer la ligne en « fidélité créatrice ».
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