Rapport

Laïcité et religion en bibliothèque

Olivier Dion

Laïcité et religion en bibliothèque

Une étude de l’Inspection générale des bibliothèques explore la place des collections religieuses en lecture publique et le rôle que pourraient jouer les bibliothèques dans le débat, devenu plus sensible ces dernières années, autour des questions de religion, de laïcité, ainsi que dans la promotion du vivre ensemble.

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Par Véronique Heurtematte,
Créé le 06.01.2017 à 18h47 ,
Mis à jour le 12.01.2017 à 13h24

Alors que la France connaît des tensions, des questionnements et des actes de violence liés, pour une partie, à des questions religieuses, la place réservée à la laïcité et au fait religieux dans les bibliothèques publiques constitue un sujet au cœur de l’actualité.
 
L’Inspection générale des bibliothèques y consacre son dernier rapport, signé par Françoise Legendre et publié le 3 janvier 2017.
 
Le lien entre religions et bibliothèques est historique, rappelle l’auteure, les collections des bibliothèques françaises s’étant pour beaucoup élaborées à partir des confiscations des biens de l’Eglise lors de la Révolution française. Les collections religieuses, essentiellement sur le catholicisme mais également le protestantisme et le judaïsme, occupent donc aujourd’hui une place majeure dans les fonds anciens et patrimoniaux des bibliothèques françaises.  
 
Le cadre juridique

Plusieurs textes officiels donnent un cadre juridique à la place de la laïcité et du fait religieux en bibliothèque. Du côté des documents émanant de la profession, la Charte de l’ABF affirme "le droit d’accéder librement et sans discrimination à toutes les cultures et à une information plurielle". Mais seul un nombre assez restreint de bibliothèques formalisent leur démarche dans un document public. Dans les 145 villes adhérentes à l’ADBGV (Association des directeurs des bibliothèques municipales et des groupements intercommunaux des villes de France), 65 bibliothèques ne disposent ni d’un règlement intérieur ni d’une charte documentaire validée et publiée sur Internet. Les 80 établissements qui ont publié un document de cette nature posent tous la question de la laïcité et revendiquent les notions de "neutralité" et de "pluralisme" des collections, même si seulement 21 emploient explicitement le mot "laïcité" dans leur charte documentaire.
 
La question des livres d’éducation religieuse et du choix des auteurs

Les bibliothèques proposent toutes des collections documentaires plus ou moins développées sur le domaine religieux, pour les adultes et pour les enfants. Elles sont cependant divisées sur la pertinence d’offrir des documents en lien avec l’éducation religieuse. Certaines estiment qu’il s’agit de guides de mise en pratique qui ont toute leur place dans leurs fonds et n’excluent pas de proposer des ouvrages ayant des approches engagées et subjectives. D’autres établissements, en revanche, font une distinction nette entre les ouvrages offrant une information documentaire et ceux accompagnant la pratique religieuse, souvent exclus de leurs collections.
 
Pour Françoise Legendre, une offre de livres d’éducation religieuse, "n’est pas préconisée dans les bibliothèques publiques et doit être réservée à des établissements spécialisés, par exemple les bibliothèques de théologie".
 
Le même débat existe concernant le fait d'acheter des livres écrits par des auteurs eux-mêmes engagés religieusement. Certaines bibliothèques préfèrent ne pas proposer ce type d’ouvrages. D’autres, au contraire, considèrent qu’à condition que la qualité de l’auteur soit clairement annoncée, une réflexion menée de l’intérieur ou une pensée théologique ont un intérêt documentaire. Si, pour l’auteure du rapport, ces livres ont toute leur place dans les collections des bibliothèques, il est important de respecter un réel pluralisme, permettant aux lecteurs d’approfondir leurs connaissances sur des bases solides et non sur des propos sujets à caution.
 
Comme dans les autres secteurs, une bonne connaissance du paysage éditorial est indispensable. "La mutualisation des connaissances dans un domaine où la majorité des bibliothécaires ne dispose généralement pas d’une culture très développée peut s’avérer précieuse", souligne Françoise Legendre.
 
Affirmer les bibliothèques comme lieux du vivre ensemble

Les bibliothèques, de plus en plus nombreuses à se revendiquer comme des espaces du vivre ensemble, pourraient constituer des espaces privilégiés pour le débat autour de la laïcité et de la religion, pour l’éducation aux médias et la lutte contre la radicalisation.
 
Après les attentats de janvier 2015, la profession a engagé une réflexion dans ce sens qui a donné lieu notamment à la création, à l’initiative de deux bibliothécaires, d’un blog dès février 2015, et à plusieurs journées d’étude.  
 
Pourtant, les dispositifs et réflexions portés par l’Etat dans ces domaines ne mentionnent que très peu les bibliothèques comme des lieux ressources. 
 
Le rapport se clôt sur un certain nombre de préconisations, telles que doter la bibliothèque publique d’un cadre de fonctionnement explicite fondant le principe de laïcité, identifier les bibliothèques comme des partenaires actifs de la laïcité, de la citoyenneté et du vivre ensemble, favoriser l’inscription de l’action des bibliothèques dans les cadres de politique publique plus larges, créer un cercle de professionnels des bibliothèques experts dans ces domaines.
 

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